Sustainability in business aviation Secteur bancaire au service d'une aviation verte
#ISR — 19.08.2021

Le secteur bancaire au service d’une aviation verte

Marie-Laure Gassier, Senior adviser, business jets and yachts finance, BNP Paribas Wealth Management

Les banques et les institutions financières ont un rôle clé à jouer dans la promotion d’une aviation d’affaires pérenne.

Cette année était censée être la « nouvelle norme », mais plus personne ne sait ce que cela signifie. Ce qui est certain toutefois, c’est que les questions environnementales, qui ont été mises de côté lors d’autres crises économiques, sont restées au premier plan des préoccupations de chacun. Ces questions ont pris une ampleur inédite dans l’esprit de nos clients, surtout en Europe. Les fabricants et les législateurs, de même que les entreprises et les financiers, se doivent donc d’anticiper ces questions et d’y répondre en innovant.

Remi Frank

 

L’aviation a une grande visibilité. Bien qu’elle ne soit à l’origine que de 2 % de l’ensemble des émissions de dioxyde de carbone (Co2) d’origine humaine, la pollution aéronautique est considérée comme inutile, d’autant qu’elle émane d’un secteur dont ne profite qu’un très petit nombre d’individus. La question n’est plus de savoir si c’est vrai ou non. Le secteur de l’aviation, qui est confronté à la plus grave récession de son histoire, doit sortir de la crise actuelle beaucoup plus vert s’il veut être pérenne demain.

La question est de savoir ce que c’est que d’être vert. Qui est chargé de rendre le secteur plus vert ? S’agit-il essentiellement d’un défi réglementaire et sectoriel, ou les banques et les institutions financières doivent-elles jouer un rôle dans ce processus de transformation ? L’aviation commerciale et l’aviation d’affaires sont-elles « dans le même bateau » ou chacune peut-elle trouver sa propre voie vers un avenir plus durable ?

L’aviation d’affaires a prouvé son utilité pendant la crise. Elle a assuré des vols de rapatriement et des missions d’évacuation sanitaire. Le secteur a répondu avec souplesse aux besoins de déplacement urgents lorsqu’aucun vol commercial n’était disponible et a permis aux passagers d’éviter les foules.

Beaucoup moins touché que l’aviation commerciale, le secteur se remet plus rapidement. En effet, la baisse d’activité de l’aviation commerciale est l’occasion par excellence pour l’aviation d’affaires d’élargir sa clientèle et d’assurer sa croissance à long terme. À condition, bien sûr, de s’attaquer au défi environnemental. L’avantage qu’il y a à être petit, c’est qu’il devrait être plus facile, à une échelle restreinte, de changer les choses pour être exemplaire.

"De nouvelles technologies, incluant les avions électriques, contribueront à réduire davantage les émissions de carbone."

Le régime de compensation et de réduction de carbone pour l’aviation internationale (CORSIA) et les mesures connexes basées sur le marché sont très complexes à mettre en œuvre. Le secteur ne peut pas attendre que le régulateur commence à développer une fibre écologique. Certains pays ont déjà pris diverses mesures (telles que des taxes sur la fortune, l’atterrissage, les réservations ou l’annulation de nouveaux projets d’aéroports) pour satisfaire leurs électeurs. Il est clair que les programmes de compensation volontaire des émissions de carbone ne suffisent plus. Le secteur doit être proactif et prendre les devants pour se protéger et préserver la réputation de ses différents acteurs.

Les bonnes nouvelles en provenance du secteur de l’aviation sont nombreuses. Conformément à l’engagement pris par CORSIA de réduire de moitié les émissions de carbone d’ici 2050, par rapport à 2005, la plupart des chefs d’entreprise continuent de souligner que l’action climatique est une priorité, avec la reprise économique, pour les années à venir. Un exemple en a été donné lors du Forum mondial de l’aviation durable organisé par l’Air Transport Group l’année dernière.

“Des taxis aériens électriques ou EVtols sont également attendus dans le ciel parisien pour les Jeux olympiques de 2024 .” 

 

“Enfin, les banques diversifient également leur offre d’investissement impactant, ce qui permet à leurs clients de sélectionner des investissements qui ont un impact social et/ou environnemental positif en plus de générer un rendement financier. Il peut s’agir d’investissements dans des projets visant à rendre l’aviation plus propre ou de projets visant à fournir des services d’aviation qui profitent à la société.”

Marie-Laure Gassier*, Senior adviser, Business Jets and Yachts Finance BNP Paribas Wealth Management

 

De nouvelles technologies, telles que les avions à la conception radicale, les avions électriques et à hydrogène, devraient faire leur entrée dans la flotte à partir de 2035‑2040 environ pour les vols court-courriers. Et des taxis aériens électriques ou EVtols sont également attendus dans le ciel parisien pour les Jeux olympiques de 2024. Certaines améliorations opérationnelles, telles qu’une gestion plus efficace du trafic aérien et une meilleure utilisation des avions existants, joueront également un rôle fondamental et contribueront à réduire davantage les émissions. Plus important encore, le passage prometteur aux carburants durables pour l’aviation (SAF) jouera un rôle essentiel dans la réalisation de l’objectif climatique du secteur. Mais même si les nouveaux carburants sont d’ores et déjà utilisés aujourd’hui (ils ont permis d’assurer environ 250 000 vols depuis 2016) et peuvent être produits à partir de sources totalement durables sans avoir d’impact sur l’utilisation des terres ou de l’eau, ils n’en représentent pas moins qu’une infime partie du mix énergétique global.

L’an dernier, 40 millions de litres de SAF ont été produits, soit à peine 0,015 % de la production totale de kérosène. Le développement massif de la production (jusqu’à 450-500 millions de tonnes de cette source d’énergie à faible teneur en carbone seront nécessaires) nécessitera un soutien important de la part des gouvernements au cours de la prochaine décennie.

Les progrès positifs réalisés dans le domaine de l’aviation commerciale sont utiles à l’aviation d’affaires. Des mesures spécifiques peuvent toutefois également être prises pour que l’aviation d’affaires devienne exemplaire et pour couper court au débat. L’European Business Aviation Association (EBAA) a notamment vocation à permettre une croissance responsable et durable de l’aviation d’affaires et à renforcer sa compétitivité. L’association a commencé à se faire l’écho d’idées nouvelles pour accélérer le développement durable du secteur.

Par exemple, un label vert appelé STARS (Standards & Training for Aviation Responsibility and Sustainability) sera intégré à la certification IS-BAO (International Standard for Business Aircraft Operations) conçue pour les opérateurs. Cela permettra de sensibiliser, de récompenser les efforts en matière de durabilité et d’aider les clients à faire des choix responsables en matière de gestion de leurs avions d’affaires.

De plus, les constructeurs d’avions, qui collectent des données pour leurs programmes de maintenance, envisagent d’inclure la compensation carbone dans ces programmes. Un certain nombre de clients, qu’il s’agisse de particuliers ou d’entreprises, seraient heureux de pouvoir compenser leurs émissions aussi facilement et de déclarer qu’ils voyagent dans des avions privés parce qu’ils sont plus respectueux de l’environnement que les avions commerciaux. Ce sont là quelques idées qui pourraient contribuer dans une large mesure à rendre l’avenir de l’aviation d’affaires plus écologique et à préserver ainsi la réputation des acteurs et du secteur lui-même, tout en lui permettant de bénéficier d’un avantage concurrentiel par rapport aux avions commerciaux.

Dans ce contexte, que peuvent faire les banques ? 

La plupart des institutions financières se soucient réellement de la question de la durabilité et sont prêtes à jouer un rôle en ce sens. Elles veulent être des « faiseuses d’avenir » et la pandémie à laquelle nous sommes actuellement confrontés n’a fait que renforcer leur conviction selon laquelle elles doivent joindre le geste à la parole. Outre les États et les responsables politiques, les entreprises ont en effet elles aussi un rôle à jouer dans la réalisation des objectifs de l’Accord de Paris, qui définit un cadre mondial pour limiter le réchauffement de la planète. Au nombre de ces mesures figurent:

-la compensation volontaire de leurs émissions directes de carbone, par le biais de diverses plateformes (comme Atmosfair et ClimateSeed),

-et l’incitation faite à leurs clients à agir dans le même sens, en utilisant les mêmes outils pour les actifs qu’ils financent.

Les entreprises peuvent également soutenir des organisations caritatives qui ont vocation à améliorer le bilan de l’aviation en matière de développement durable. Aviation sans frontières, pour ne citer que cette organisation, fournit une aide humanitaire par le biais de services aériens et va directement dans le sens des objectifs sociaux, sociétaux et sanitaires des Objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU.

Les institutions financières soutiennent également la transformation de l’économie en ne finançant plus les secteurs les plus polluants, mais aussi en encourageant la transformation des entreprises de leurs clients. Pour ce faire, elles réduisent par exemple, les frais de financement lorsque certains indicateurs environnementaux convenus au préalable sont respectés. Ceci est particulièrement valable pour l’aviation et le transport maritime et l’on pourrait imaginer que le financement d’un jet d’affaires pour un client qui a souscrit à un programme de compensation des émissions de carbone pourrait être moins cher que pour un autre client qui ne l’a pas fait. Les financements disponibles pour les appareils les plus récents et les moins polluants pourraient également être moins chers que les taux offerts au titre d’avions plus anciens.

Enfin, les banques diversifient également leur offre d’investissement impactant, ce qui permet à leurs clients de sélectionner des investissements qui ont un impact social et/ou environnemental positif en plus de générer un rendement financier. Il peut s’agir d’investissements dans des projets visant à rendre l’aviation plus propre ou de projets visant à fournir des services d’aviation qui profitent à la société.

Le mot d’ordre est le suivant : TINA - There Is No Alternative (Il n’y a pas d’alternative). Que ce soit par le recours systématique à la compensations carbone, aux nouvelles technologies, à l’amélioration de l’infrastructure et de l’exploitation des avions, à des carburants de substitution ou des mesures basées sur un panier de produits, l’aviation d’affaires a toute latitude pour devenir exemplaire. La crise actuelle exige que l’on innove massivement.

S’orienter vers une aviation d’affaires écologique et propre, avec l’aide de la communauté financière, est certainement le meilleur moyen de transformer le défi actuel en opportunité. Je passe par l’aviation privée parce qu’elle est soucieuse de l’environnement : cela pourrait devenir un argument de poids.

*Marie-Laure Gassier est une professionnelle de la finance forte de plus de 20 ans d’expérience dans le domaine bancaire en France, en Asie et en Suisse. Au cours des 12 dernières années, elle a développé la franchise de financement de jets d’affaires de BNP Paribas, au service de clients privés et d’entreprises. Depuis 2016, elle est conseillère principale pour le financement des jets d’affaires et des yachts, basée à Genève.

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