#Articles — 24.07.2020

Focus Secteurs

Alain Gerard, Senior Investment Advisor, Equities

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EN UN MOT :

·       Un ralentissement dans l’amélioration des nouvelles économiques est observé et les marchés d’actions occidentaux consolident depuis début juin. Nous suivons de près la résurgence de la pandémie dans certaines régions du monde, en particulier dans le sud et l’ouest américains car sa persistance pourrait jeter de nouveaux doutes et impacter notre positionnement actuel.

·       Vu que l’embellie économique devrait se poursuivre dans notre scénario de base (très fort soutien des autorités politiques et monétaires), nous conseillons un biais vers les actions cycliques/ de valeur : nous restons positifs sur les matériaux, les soins de santé hors pharma et l’assurance au niveau global ainsi que l’énergie et l’IT au niveau européen (ce dernier secteur est toutefois sous revue suite aux excellentes performances récentes). Les mines d’or (+) constituent une bonne diversification et protection des portefeuilles en ces temps incertains.

 

·       Inversement, nous continuons à éviter les biens de consommation de base (-) qui traditionnellement sous-performent dans un contexte de reprise.

·       La visibilité reste relativement faible au sein de certains secteurs cycliques qui montrent une grande volatilité. Ceci nous incite à maintenir une certaine prudence par exemple pour les banques et les industrielles (opinions neutres; la sélectivité y reste de mise). Nous pensons qu’il y a aussi des opportunités dans l’automobile, industrie trop bon marché.

L’embellie économique profite aux actions cycliques et de ‘valeur’. Mais nous recommandons de s'en tenir aux entreprises les plus solides car elles sont plus à même de survivre à la crise. 

 

Sur le premier semestre, les secteurs de croissance ont surperformé, du moins les technologiques et les soins de santé. Dans ces secteurs, nous avons depuis le début de l’année mis en avant la 5G, l’e-commerce, l’innovation dans les soins de santé globalement ainsi que les technologiques européennes avec beaucoup de succès. Plusieurs leaders technologiques européens viennent d’annoncer des résultats pour le 1er semestre 2020 et/ ou des perspectives bien meilleurs qu’attendu.

Les taux d’intérêts toujours très bas sont un autre soutien non négligeable pour ces secteurs de croissance. Tant que l’inflation ne remontera pas drastiquement et tant que l’action des banques centrales maintiendra les rendements à des niveaux très bas - avec en outre le soutien des plans de relance votés dans de nombreux pays - nous ne pensons pas qu’une correction majeure affectera ces thématiques et secteurs.

En fait, la crise sanitaire a amplifié le mouvement de hausse des technologiques car beaucoup de particuliers et d’entreprises ont dû mieux s’équiper : il valait mieux rester/ travailler de la maison lorsque c’était possible.  De même, les consommateurs ont pris l’habitude de commander de plus en plus de biens et services en ligne car beaucoup de magasins étaient fermés et ils ne pouvaient pas sortir de chez eux ou pour une durée limitée.

Les valorisations sont maintenant chères, surtout en ce qui concerne les ‘FAANGs’ (Facebook, Amazon, Apple, Netflix, Google, etc), mais le momentum reste fort et il semble encore trop tôt pour prendre massivement des bénéfices sur l’ensemble des technologiques.

Depuis début juin, les actions technologiques européennes enregistrent d’excellentes performances (+13,5% entre le 31/5 et le 23/7). Elles étaient relativement moins chères que les américaines alors que leurs perspectives étaient bonnes ; nous l’avons souligné à de multiples reprises. Après les fortes hausses de ces dernières semaines, nous mettons maintenant ce secteur ‘sous revue’ pour une baisse de recommandation possible de positif à neutre.

Enfin, les résultats dans le secteur des soins de santé furent souvent meilleurs qu’attendu en 2020, une rareté dans le contexte de la crise du COVID-19. Et bien entendu, ce secteur reçoit en ce moment un soutien exceptionnel des autorités politiques et de la population.

Lorsque le COVID-19 a envahi l’Europe et les Etats-Unis, beaucoup de pays ont dû arrêter de nombreuses activités économiques et largement freiner les contacts sociaux et les voyages pour endiguer la pandémie. Dès lors, les secteurs liés aux voyages, à l’aéronautique, aux déplacements et plus généralement aux loisirs traditionnels (restaurants, cinémas, hôtels, etc) se sont effondrés. La situation reste compliquée pour ces secteurs sur lesquels nous restons prudents. Les coûts fixes y sont très élevés et la rentabilité mettra du temps à revenir.

Par contre, certains secteurs cycliques avaient exagérément corrigé et ils renferment toujours de la ‘valeur’. C’est particulièrement le cas pour l’énergie (recommandation positive, surtout pour l’énergie européenne). L’offre a été drastiquement réduite par l’OPEP+ et les Etats-Unis alors que la demande remonte progressivement partout dans le monde. Même si les voyages en avion mettront des années avant de revenir à leur niveau de 2019, il semble par contre que les déplacements en voiture seront favorisés à court terme (c’est en tout cas ce qui se passe en Chine). Dès lors, la demande de pétrole (et de voitures) devrait continuer à remonter dans les mois qui viennent ainsi que le cours de l’or noir.

Nous aimons aussi sélectivement l’automobile mais il semble encore un peu tôt pour passer le secteur dans son ensemble en positif vu les nombreux défis dans cette industrie, en particulier la transition vers des technologies moins polluantes. Nous verrons lors de la publication des résultats du 1S-2020 comment s’en sortent les différents groupes et quelles perspectives ils annoncent.

La baisse du USD est un facteur de soutien supplémentaire pour les matières premières, qu’il s’agisse du pétrole, des mines et minerais ou encore de l’or et des mines d’or. C’est une autre raison pour laquelle nous restons positifs quant à des investissements dans les actions liées aux matières premières. Elles restent orientées à la hausse et le resteront sauf recrudescence majeure des cas de COVID-19 et reconfinements massifs.

De manière générale, nous restons positifs sur le secteur des matériaux qui est sensible à la forte reprise dans beaucoup de pays, en particulier la Chine. Et les mines d’or (+) constituent une bonne diversification en ces temps incertains, voire aussi une protection contre une résurgence future de l’inflation que certains craignent. La plupart des actions des mines d’or sont loin d’être revenues à leurs niveaux de 2011 alors que l’or a atteint de nouveaux sommets et que ces sociétés sont mieux gérées aujourd’hui qu’elles ne l’ont jamais été. Les bilans sont solides.

Pour d’autres secteurs cycliques, notamment les financières, les industrielles et la consommation discrétionnaire (nous restons neutres sur ces trois secteurs), la situation reste fort disparate d’un segment à l’autre ou d’une société à l’autre. La sélectivité reste de mise.

Parmi les financières, notre préférence va à l’assurance (+), secteur relativement solide et pas cher. Parmi les industrielles/ consommation discrétionnaire, comme exposé ci-dessus, nous trouvons encore de la ‘valeur’ dans l’automobile où une certaine sélectivité est toutefois recommandée.

 

Voici une mise à jour de nos vues sectorielles (pas de changement en juillet) :

Matériaux (positif) : ce secteur nous semble idéal pour jouer notre repositionnement vers les valeurs cycliques de qualité. On y observe en effet une grande discipline dans la gestion des bilans et des investissements ces dernières années. Les bilans sont en général solides et, en comparaison avec d’autres secteurs cycliques, les cash flows et les dividendes semblent relativement mieux assurés. Même si le secteur s’est déjà bien redressé tout comme le reste des marchés d’actions, nous pensons qu’il y a encore du potentiel. Les indicateurs économiques devraient continuer leur embellie et ce secteur y est fort corrélé, de même qu’avec la Chine, très gros importateur de matières premières et autres matériaux de base.  La reprise économique y est très claire là-bas et est sans doute le prélude à ce qui va se passer en Europe et en Amérique du Nord. Les plans de relance publics gigantesques devraient aussi directement et indirectement soutenir les matériaux (nécessaires à la construction, au logement, verre et acier pour l’automobile, etc). Enfin, avec le retour du goût du risque sur les marchés financiers et le dollar ayant entamé un mouvement de baisse (il semble moins nécessaire de privilégier cette devise ‘refuge’), les matières premières devraient continuer à remonter et aussi le secteur des matériaux.

Soins de santé (positif) : pour rappel, notre préférence va aux sociétés innovatrices dans les segments des biotechs, des med-techs et autres ‘technologiques de la santé’ (un de nos thèmes d’investissement favoris pour 2020). Nous sommes par contre plus prudents à court terme sur les sociétés pharmaceutiques traditionnelles (recommandation neutre pour ce segment) après les bonnes performances en début d’année. Notre biais à court terme va aux actions cycliques qui devraient surperformer dans notre scénario d’embellie économique. Certaines pharmaceutiques ont atteint des nouveaux plus hauts durant les mois d’avril-mai vu leurs bons fondamentaux et vu la nécessité de soutenir le secteur pour endiguer la crise sanitaire et pouvoir réagir plus rapidement lors de l’apparition de nouvelles maladies. Mais une pause est nécessaire pour les pharmaceutiques, d’autant que le débat traditionnel sur la cherté des soins de santé aux Etats-Unis pourrait revenir lors des campagnes électorales présidentielles. Les pressions sur les prix impacteront davantage les médicaments anciens et les services d’intermédiation plutôt que les nouvelles thérapies, bien nécessaires en ce moment !

Energie (positif) : le secteur reste bon marché malgré la remontée récente, surtout les majors pétrolières européennes (+) d’autant que nous nous attendons à une poursuite de la remontée des prix du pétrole d’ici fin 2020 vers une fourchette de 45 à 55 USD. Peu de mesures ont été prises pour soutenir l'industrie pétrolière et gazière américaine suite au double cygne noir de ce début d’année (COVID-19 & tensions politiques entre la Russie et l'Arabie Saoudite menant à un effondrement des cours du pétrole). Dès lors, de nombreux derricks et plateformes ont arrêté leur production, réduisant l’offre de manière accélérée. L’industrie du pétrole et du gaz de schiste souffre particulièrement avec par exemple la société américaine Chesapeake en faillite.

Par contre, la demande se reprend rapidement avec le déconfinement et la reprise des activités économiques. Dès lors, le pétrole est vite remonté à 40 USD début juin avant de consolider. Même si de nombreux défis persistent pour le secteur – surtout la transition écologique – nous pensons que les nombreuses restructurations en cours le soutiendront. Notre préférence va aux acteurs les plus solides vu le contexte toujours fort incertain. Les Major pétrolières européennes (+) sont peu exposées au pétrole et gaz de schiste et ont des bilans plus solides.

 

Secteurs en neutres :

Financières : Début mars, nous sommes devenus plus prudents en général sur les financières (=) en raison de la crise économique à venir. Alors que, comme expliqué, les banques américaines devront faire face à des faillites dans le secteur de l'énergie (cf. Chesapeake aux Etats-Unis) et dans d'autres secteurs, de nombreux consommateurs ne seront pas non plus capables de rembourser leurs prêts ni leurs cartes de crédit. De manière générale, les taux d’intérêts restent fort bas.

Nous souhaiterions avant de redevenir plus positifs sur les bancaires de voir une reprise économique plus affirmée menant à une reprise de l’inflation et à la hausse des rendements et des taux d’intérêts, ce qui serait un contexte beaucoup plus favorable pour le secteur bancaire.

Les dividendes sont sous pression de part et d’autre de l’Atlantique. Bien que cette situation devrait être temporaire, les banques perdent ainsi un de leurs principaux attraits. La visibilité sur les dividendes s'est détériorée et certaines banques pourraient en effet être tentées de "réinitialiser" structurellement leurs dividendes à un niveau inférieur. Enfin, les événements à Hong Kong et le Brexit rendent les financières britanniques peu attrayantes.

Dès lors, nous recommandons toujours la sélectivité en favorisant les bancaires les plus solides aux Etats-Unis et dans le cœur de la zone euro.

Parmi les financières, nous préférons le secteur de l'assurance (+). La solvabilité reste très bonne (environ 200 % en moyenne). Les ratios C/B 2021 en Europe sont maintenant d'environ 8,8x pour l’assurance contre 15,4x pour le marché et aux Etats-Unis, c’est 10,4x contre 20,1x. Les rendements des dividendes en Europe y semblent relativement sûrs à environ 5% (bien que de nombreux dividendes ne seront sans doute payés qu'à la fin de l'année).

Il y a bien certains doutes quant à des dédommagements possibles de businesses affectés par la crise. Mais nous pensons que ces réclamations ne devraient pas pénaliser significativement les profits des assureurs et certainement pas leurs bilans solides. En outre, ces litiges pourraient prendre des années avant d’être réglés. Par contre, de nouvelles opportunités sont apparues de rehausser les prix vu les nouveaux risques encourus. Ou carrément de développer des nouvelles assurances ‘COVID’ ou ‘pandémie’.

Technologie : nous continuons d’y privilégier l'Europe (‘+’ sur ce continent mais ‘sous revue’ pour une baisse possible à ‘=’ après +13,5% entre le 31/5 et le 23/7) ainsi que les thèmes de la 5G et de l’Intelligence Artificielle. Les technologiques européennes étaient décotées par rapport aux américaines. En outre, certains débats et litiges réapparaissent régulièrement aux Etats-Unis quant à la toute puissance et à l’attitude peu sociale de certaines ‘Méga Tech’. Davantage de contrôles et de régulations pourraient apparaître dans les années qui viennent afin de contrer les abus et de permettre une concurrence plus saine.

Par ailleurs, le confinement a montré certains bienfaits du télétravail et a aussi entraîné un développement accéléré des loisirs et des achats sur le web. Mais tout ceci nécessite de meilleures connexions à l'internet et de nombreux autres développements informatiques. En outre, dans le cadre des traitements des nouvelles maladies, les recherches médicales et pharmaceutiques nécessitent des capacités d’échanges et de traitements de données beaucoup plus puissants et plus rapides. C’est un autre facteur de soutien pour ces technologies.

Industrielles : la crise sanitaire semble relativement sous contrôle en Europe et dans les états du nord-est américain, même si en ce moment, de gros doutes sont réapparus quant à un déconfinement qui s’est sans doute fait trop rapidement dans certains états américains du sud et de l’ouest. Néanmoins, les indicateurs de tendance avancés sont en amélioration et les industrielles y sont bien sûr corrélées. Nous pensons que cette forte reprise devrait soutenir le secteur. L’expérience de la Chine a montré que la plupart des industries ont redémarré assez rapidement et nous pensons qu’il en ira de même pour l’Europe et les Etats-Unis. Nous recommandons toutefois la sélectivité pour ce secteur car la visibilité reste faible et le risque élevé pour de nombreux segments, en particulier l’aéronautique. Il vaut mieux aussi rester positionné sur les sociétés les plus solides car de nombreuses restructurations, recapitalisations, voire des faillites y sont attendues.

Le secteur de la consommation discrétionnaire (avis neutre) souffre également mais l'impact des crises actuelles sur la consommation finale reste difficile à estimer. Comme mentionné à plusieurs reprises, il s'agit d'un secteur très disparate. Il offre aussi plusieurs "grands gagnants" des nouvelles tendances de la consommation. À court terme, nous continuons de recommander la prudence sur les titres liés aux loisirs traditionnels (restaurants, cinémas, hôtels, etc.) et au voyage en général. Nous préférons en ce moment le sous-secteur de l’automobile, trop décoté, alors que le secteur de l’e-commerce devrait quelque peu consolider après les belles performances récentes. De manière générale, il faut être sélectif et nous privilégions une approche plutôt thématique pour ce secteur.

De même, pour les services de communication, les services aux collectivités et pour l’immobilier (recommandations globalement neutres), nous recommandons la sélectivité et/ ou une approche thématique.

 

Secteur en négatif

Le secteur des biens de consommations de base:  Suite à son rebond avec le reste du marché en mars-avril et suite à la fin des « lockdowns », le secteur est de nouveau bien valorisé (ratios cours/ bénéfices proches de 19 en moyenne) et devrait sous-performer dans le contexte actuel de reprise économique.