Prudence sur les actions : nous modifions notre avis de positif
#Articles — 15.02.2022

Prudence sur les actions : nous modifions notre avis de positif à neutre

Edmund Shing, Guy Ertz, Alain Gérard

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En bref

Les prix élevés de l'énergie créent une « taxe » mondiale : la combinaison des prix élevés du gaz naturel et du pétrole brut (pétrole brut Brent à 95 USD/baril actuellement) continue d'agir comme une véritable taxe sur l'économie mondiale. Plus cela perdurera, à cause d'une éventuelle action militaire de la Russie en Ukraine, plus l'effet sur le ralentissement de la croissance mondiale sera important.

Une inflation élevée impacte la consommation : les taux d'inflation élevés, dont souffrent particulièrement les ménages américains, se sont déjà traduits par une forte baisse du sentiment de confiance des consommateurs, au plus bas depuis mi-2020 (première vague de pandémie de COVID-19). Cela se traduit par des prévisions plus faibles pour la croissance économique américaine à court terme.

Les taux d'inflation vont baisser, mais le calendrier reste incertain : nous pensons néanmoins que les taux d'inflation devraient atteindre un pic dans l’année. La question clé est donc de savoir à quel rythme ils vont baisser. Cela dépendra, dans une certaine mesure, de l'évolution des prix de l'énergie, qui restent très incertains.

Sur le marché des actions, les valorisations devraient baisser, à court terme. Nous sommes positifs sur les actions en tant que classe d'actifs depuis plusieurs années. Mais nous souhaitons gérer la montée des risques sur les valeurs ayant réalisé d’impressionnants gains boursiers en 2021.

Conclusion :

Nous abaissons à neutre notre opinion sur les actions (au lieu de positive). En ce qui concerne les marchés actions des principales régions, nous évoluons à la baisse comme suit : US à négatif (de neutre), Europe à neutre (de positif). Nous abaissons également à négatif les secteurs de la technologie américaine et de la consommation discrétionnaire. Nous relevons nos allocations sur l'or (bénéficiaire à la fois des incertitudes et des inquiétudes liées à la stagflation et du besoin de diversification de portefeuille) et les produits d'investissement à plus faible volatilité.

Les points suivants pourraient ramener notre position à un niveau positif sur les marchés actions :

a) Une baisse des prix du pétrole en cas de désescalade des tensions entre la Russie et l'Ukraine. b) Un signe clair d'atténuation des pressions inflationnistes sur les biens (lié à l'amélioration de la chaîne d'approvisionnement). c) Un rebond du secteur des services après la poursuite de la baisse des taux d'infection au variant Omicron, conduisant à la libération des restrictions restantes.

Positif sur les actions à plus long terme, mais gestion des risques à plus court terme

 Il y a de nombreuses raisons pour avoir une vue positive à plus long terme sur les actions : a) une croissance soutenue des bénéfices et des flux de trésorerie, soutenue par b) une croissance économique réelle et nominale supérieure à la tendance (soutenue par des programmes d'infrastructure gouvernementaux), c) des rendements réels à long terme encore inférieurs à zéro, d) des niveaux élevés d'épargne accumulée et e) un coup de pouce à venir de l'élimination des restrictions de mobilité liées à la COVID à l'échelle mondiale.

Toutefois, à court terme, nous constatons qu'un certain nombre de risques macroéconomiques clés se sont fortement accrus récemment :

1.       Les taux d'inflation élevés sur plusieurs décennies (dont une inflation des prix du pétrole et du gaz supérieur à 40 %) dépriment le sentiment des consommateurs plus que prévu, et indiquent une baisse de la demande des consommateurs (le consommateur américain représente les deux tiers de l'économie américaine) ;

 

2.       Resserrement des conditions financières et affaiblissement de la croissance du crédit, avant même que la Réserve fédérale américaine ne relève ses taux, mettant sous pression la valorisation des actifs risqués ;

 

3.       Les tensions géopolitiques Russie/Ukraine pourraient se détériorer davantage, augmentant encore les prix du pétrole et du gaz. Cela pourrait retarder la normalisation de l'inflation, maintenir la pression sur les banques centrales mondiales, et entraîner un nouveau ralentissement de la croissance économique mondiale.

 

4.       Une incertitude accrue sur la politique des banques centrales pèse sur l'appétit pour le risque des actions : Depuis fin janvier, le marché des contrats à terme sur taux valorise près de 7 au lieu de 4 hausses de taux des Fed Funds en 2022. Cela suggère que les marchés craignent un cycle de hausse des taux beaucoup plus rapide, historiquement moins favorable aux marchés actions. L'incertitude devrait baisser plus tard dans l'année avec le pic d'inflation.

Gérer le risque boursier, jusqu'à ce que l'incertitude sur la croissance disparaisse

Nous prévoyons toujours une accélération de la croissance sur le reste de l'année, car plusieurs facteurs vont la favoriser. En effet, les consommateurs vont voir l'inflation plafonner, les règles de mobilité vont s’assouplir et une énorme quantité d'épargne a été accumulée.

Les tendances à moyen terme, liées aux programmes gouvernementaux massifs de relance joueront également un rôle clé. Les effets multiplicateurs liés devraient être élevés. La croissance devrait donc se stabiliser au-dessus des niveaux d'avant Covid au cours de l'année.

La Fed devrait continuer à annoncer une ligne « dure » pour éviter que les investisseurs n'extrapolent sur l'avenir les dernières données record de l'inflation : à ce stade, les anticipations d'inflation à long terme restent bien ancrées. La pression politique sur la Fed devrait baisser quand l'inflation aura atteint son point haut. Elle ne devrait donc pas être poussée à relever ses taux directeurs à chaque réunion cette année (selon les attentes actuelles du marché).

Notre analyse serait exactement la même au sujet de la BCE car le potentiel de hausse des taux d'intérêt nous semble limité, une fois que les pressions inflationnistes à court terme se seront atténuées. D'ici fin 2023, les taux directeurs devraient se stabiliser autour de 2 % aux États-Unis et autour de 0,75 % en zone euro. Nous maintenons nos objectifs inchangés pour le rendement à 10 ans avec 2 % aux États-Unis et 0,25 % en Allemagne. Toutefois, nous ne pouvons exclure un dépassement de ces niveaux de rendements obligataires à court terme.

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Dans le sillage a) des incertitudes élevées actuelles autour de l'inflation et des réactions des banques centrales combinées b) au risque des baisses de valorisation des actions du fait de la poursuite de la hausse des tensions géopolitiques, nous préférons adopter une position neutre sur les actions en tant que classe d'actifs. Le potentiel d'une « peur de la croissance » pour se développer, en grande partie à partir d'une révision à la baisse des dépenses de consommation, reste vif. Cela pourrait entraîner une nouvelle correction des bourses à court terme, érodant les gains des bourses en 2021.

Modification de l'allocation sectorielle

Les actions américaines sont chères (hors P/E 2022 = 21x), et les incertitudes se sont accrues, notamment sur l'inflation et les taux d'intérêt. En consacrant plus d'argent à payer des factures énergétiques sans cesse croissantes, les consommateurs devraient réduire d'autres domaines de dépenses. Ainsi, les actions et secteurs de croissance onéreux restent vulnérables, notamment les secteurs technologiques américains et de la consommation discrétionnaire américaine.

Par conséquent, nous abaissons de neutre à négatif les secteurs de la technologie américaine et de la consommation discrétionnaire américaine. A moyen terme, quelques segments de ces secteurs devraient mieux performer que le reste, du fait de taux de croissance attendus plus élevés (cf. thème Metaverse). Alors que la plupart des valeurs technologiques devraient sous-performer à court terme, nous restons neutres sur les semi-conducteurs, la 5G, les e-gaming, la cyber-sécurité, les paiements électroniques et l'intelligence artificielle. Le secteur technologique européen est plus exposé à ces segments ; nous conservons donc une note neutre sur la technologie européenne. La consommation discrétionnaire européenne est également relativement moins chère que son pendant américain, et offre de bonnes perspectives de croissance - nous conservons ainsi une note neutre.

Pour conclure

Nous abaissons notre opinion sur les actions à neutre (contre positive). Nous abaissons nos vues sur les actions régionales comme suit :

-       US à négatif (de neutre),

-       L'Europe à neutre (de positif).

Nous relevons les allocations aux classes d'actifs suivantes

-       L'or (bénéficie à la fois de l'incertitude et des inquiétudes liées à la stagflation, renforce la diversification du portefeuille),

-       Les produits d'investissement à plus faible volatilité, tels que les fonds d'obligations à rendement absolu, les stratégies de fonds alternatifs UCITS à plus faible volatilité, les fonds d'obligations à taux variables et les fonds de crédit.

-       La diversification reste un élément crucial pour lisser la volatilité dans les portefeuilles des investisseurs, via les classes d'actifs alternatives, notamment l'immobilier, les infrastructures, l'exposition aux matières premières et les fonds UCITS alternatifs présentant un faible risque.