La Fed achète des bons du Trésor, mais ce n’est pas un QE
#Articles — 16.10.2019

La Fed achète des bons du Trésor, mais ce n’est pas un QE

Edouard Desbonnets



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EN UN MOT :

Après les programmes d’assouplissement quantitatif Quantitative Easing 1, 2 et 3, la Fed augmente à nouveau la taille de son bilan afin de fournir des liquidités aux banques. Il ne s’agit pas cependant d’un Quantitative Easing 4, mais plutôt d’un ajustement technique afin d’éviter un nouveau stress sur le marché monétaire américain.

 

Le 16 septembre, le taux du marché interbancaire américain des « mises en pension » (repo) monte en flèche, de 2% à temporairement 10%. Le marché repo permet d’échanger des obligations du Trésor américain contre des liquidités au jour le jour. C’est donc un marché essentiel du système bancaire américain. Les raisons de l’emballement du taux du marché repo tiennent à un ensemble de facteurs concomitants et fortuits, qui ont engendré un déséquilibre entre offre et demande. Côté offre, le Trésor américain avait émis un montant conséquent d’obligations pour financer le déficit. Côté demande, elle était faible car i/ certains primary dealers (grandes banques) avaient peu de liquidités disponibles puisqu’ils devaient payer les taxes fédérales et/ou faire face à des appels de marge suite à l’envolée du prix du pétrole et ii/ d’autres ne voulaient/pouvaient pas participer pour des raisons inconnues (la Fed de New York enquête).

 

Le taux du marché repo étant devenu trop cher, les banques se sont tournées vers un autre marché pour trouver des liquidités, celui des échanges de réserves auprès de Fed. De fait, le taux qui régit ce marché, le taux Fed funds effectif, s’est tendu et est même sorti de sa fourchette de cotation fixée par la Fed, la forçant à intervenir. La Fed a alors injecté des liquidités pour faire baisser ce taux, 75 milliards de dollars maximum, chaque jour jusqu’au 10 octobre. Les deux premières injections ont été largement sursouscrites, ce qui montre que les intervenants avaient un réel besoin de liquidité. Ce n’était plus vraiment le cas les jours suivants. Le taux Fed funds effectif et celui du marché repo sont alors revenus à leur niveau d’avant stress.

 

L’intervention rapide de la Fed montre qu’elle n’a pas voulu laisser déraper les choses. Ses interventions répétées suggèrent qu’elle avance à vue.

 

Pour apporter une solution pérenne au problème, la Fed a décidé de ré-augmenter la taille de son bilan. Rappelons en effet qu’elle s’était engagée dans un processus de réduction de la taille de son bilan en octobre 2017, pour l’achever prématurément en août 2019, deux mois avant la date initialement prévue. La Fed reconnaît donc avoir été trop loin dans ce processus. Dès le 15 octobre, elle achètera des bons du Trésor, à un rythme approximatif de 60 milliards de dollars par mois, au moins jusqu’au deuxième trimestre 2020.

 

Pour autant, ce n’est pas un programme de Quantitative Easing, c’est un programme de Liquidity Expansion. Quelle différence ? Le Quantitative Easing est un outil de politique monétaire dont le but est de faire baisser les taux d’intérêt à long terme, en vue de soutenir la croissance et de faire remonter les anticipations d’inflation. Ce n’est pas l’objectif recherché ici. Ce que veut la Fed, c’est empêcher de nouvelles perturbations sur le marché monétaire. En achetant des bons du Trésor (obligations à court terme), elle influencera peu les taux d’intérêt à long terme. C’est donc essentiellement un ajustement technique. Nous ne voyons pas à ce stade d’éléments inquiétants liés à cette décision.



 

Edouard Desbonnets

Investment Advisor, Fixed Income
BNP Paribas Wealth Management

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