Le pic de l’incertitude ?
#Articles — 03.11.2020

La seconde vague de la pandémie précipitera probablement l’Europe dans un double creux

Xavier Timmermans Senior Investment Strategist, PRB

Les marchés actions ont connu leur pire semaine depuis le mois de mars. Les inquiétudes quant à la résurgence de la pandémie et aux résultats des élections américaines se sont accrues. Sur la semaine, le S&P 500 et le Stoxx Europe 600 ont perdu 5,6%.

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Les marchés actions ont connu leur pire semaine depuis le mois de mars. Les inquiétudes quant à la résurgence de la pandémie et aux résultats des élections américaines se sont accrues. Sur la semaine, le S&P 500 et le Stoxx Europe 600 ont perdu 5,6%. Après avoir bien résisté dans un premier temps, les géants de la technologique ont chuté vendredi malgré des résultats supérieurs aux attentes. Curieusement les obligations n’ont pas joué leur rôle de valeur refuge.

 

Mesures sanitaires plus drastiques

La semaine a été marquée par les mesures sanitaires de plus en plus drastiques prises par les pays européens pour lutter contre le soudain accroissement des hospitalisations. Aux États-Unis aussi, la résurgence des contaminations a fait craindre que des mesures plus strictes soient inévitables. L’absence d’accord sur un soutien budgétaire avant les élections a ajouté du désarroi aux marchés.

Les conséquences économiques seront négatives mais leur ampleur est difficile à estimer. Contrairement au début de l’année, l’industrie manufacturière continue de tourner, la population sait ce qu’elle doit faire et sur le plan médical, beaucoup de progrès ont été faits et seront encore faits. Malheureusement, il faudra au mieux deux à trois semaines avant de voir une baisse des contaminations.  

Les inquiétudes quant à la trajectoire de l’économie mondiale et en particulier l’impact sur le transport aérien ont fait chuter les prix du baril de Brent à 37$, soit -10% sur la semaine.

Le pire des scénarios électoraux serait l’indécision

Aux États-Unis, l’incertitude des élections présidentielles s’ajoute à celle de la Covid-19. L’avance dans les sondages du candidat démocrate Joe Biden a un peu diminué à l’échelle du pays mais dans les états clés, cette avance n’est plus que légèrement supérieure que celle qu’avait Hillary Clinton à la veille des élections de 2016. Le fait que l’histoire puisse se répéter fait craindre un résultat trop serré conduisant à des recomptages et des contestations, maintenant l’incertitude pendant des semaines.

Si les résultats sont tranchés, on peut s’attendre à un rebond des bourses quel que soit le parti vainqueur.

La volatilité attendue est très élevée

L’indice VIX mesure la volatilité attendue des actions américaines pour le mois suivant prise en compte dans le prix des options. Cet indice VIX a presque atteint 40 vendredi, plus de deux fois son niveau habituel.

Les bons résultats des géants Apple, Amazon, Facebook et Microsoft ne les ont pas empêché de chuter, entrainées par la vague de pessimisme qui a déferlé sur les marchés en fin de semaine.

Une curieuse anomalie

Étrangement, les rendements des obligations du Trésor US à 10 ans sont remonté à 0,87%, ces dernières ne jouant pas leur traditionnel rôle de valeur refuge. Habituellement, en période de stress boursier, les prix des obligations s’apprécient et les rendements baissent. C’est peut-être le signe que les traders ne sont pas encore en mode « risk-off » où le signe d’une méfiance par rapport à une possible victoire massive des démocrates.

Les banques centrales prêtes à en faire encore plus

Jeudi passé, le message de la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a été sans ambiguïté. La banque centrale fera le point sur tous les instruments à sa disposition pour veiller à ce que les conditions financières restent favorables pour les entreprises et aux particuliers. Rarement il n’a été aussi clair que la BCE agira en décembre.

Il faut dire que les chiffres de l’inflation ne vont pas dans la bonne direction. Pour le troisième mois consécutif, les prix à la consommation en zone euro ont baissé : -0,3% sur 1 an. Après 5 mois de redressement du marché du travail, le nombre de chômeurs en zone euro a augmenté de 75000.

Mercredi, ce sera au tour de la Fed de réunir son comité monétaire. Étant donné l’évolution de la pandémie, on s’attend à ce que la Fed ait un ton très accommodant malgré qu’elle injecte déjà 80 milliards de dollars par mois via ses rachats d’obligations. Elle pourrait notamment accroître son soutien d’urgence aux petites et moyennes entreprises.

Attachez vos ceintures

Le point bas des marchés correspond souvent avec le moment ou l’incertitude est maximale. On verra mercredi matin ce qu’il en est pour les résultats électoraux.  Les actions américaines devraient saluer une victoire nette (présidence et sénat) d’un camp comme de l’autre mais avec évidemment des évolutions sectorielles différentes.

Biden président avec un sénat qui reste avec une majorité républicaine rendrait l’adoption d’un soutien budgétaire massif plus ardu et plus lent. Mais vu l’urgence de la situation, les deux partis devraient s’entendre et c’est ce qui compte pour les marchés.    

Le pire des scénarios, celui de l’indécision, des recomptages et des contestations, devrait faire chuter les actions. Mais il faut penser à l’après-Covid et aux efforts sans précédent des banques centrales et gouvernements. Il convient donc de faire le gros dos avec les positions existantes et pour ceux qui ont du cash en réserve, profiter des prix bradés.