Plafond de la dette américaine : un jeu dangereuxPlafond de la d
#Articles — 30.09.2021

PLAFOND DE LA DETTE AMERICAINE : UN JEU DANGEREUX

Edouard Desbonnets, Investment Advisor

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Résumé

·         La question du relèvement du plafond de la dette américaine revient sur le devant de la scène, puisque celui-ci a été atteint.

·         Un vote doit avoir lieu au Congrès pour relever ou suspendre le plafond. Les Démocrates y ont la majorité, mais ils doivent compter sur le soutien des Républicains qui disposent d'une minorité de blocage.

·         Les négociations semblent dans l'impasse à la veille d'une première échéance. Les Républicains affirment qu'ils ne participeront à aucun effort pour régler le plafond de la dette. Les Démocrates, quant à eux, pensent que les Républicains finiront par céder.

·         Le premier risque (probabilité de 15% selon nous) est que les administrations fédérales non essentielles doivent rester fermées à partir du 1er octobre (government shutdown).

·         Le second risque (probabilité de 5% selon nous) est un défaut technique des États-Unis.

Plafond de la dette : le retour

La question du relèvement du plafond de la dette américaine revient sur le devant de la scène.

Cette notion, crée en 1917, avait pour but de permettre au Trésor américain de lever de la dette sans l’autorisation préalable du Congrès tant que la dette totale reste inférieure un certain plafond. Depuis, le plafond a été relevé 92 fois grâce à des négociations politiques souvent jusqu’à la dernière minute.

La limite de 28.400 milliards de dollar de dette a été atteinte. Le Congrès doit alors approuver un relèvement ou une suspension du plafond, sans quoi les conséquences politiques et économiques pourraient être graves.

Les Démocrates ont la majorité au Congrès, mais doivent s’entendre avec les Républicains qui ont une minorité de blocage.

30 septembre, minuit : première échéance et trois scénarios 

Les négociations semblent dans l’impasse alors que la fin de l’année fiscale au 30 septembre implique qu’un projet de budget 2022 soit voté de façon imminente pour que le gouvernement fédéral puisse continuer de fonctionner.

Premier scénario (probabilité de 10 %) : les Démocrates et les Républicains s’accordent sur le budget et sur le relèvement du plafond de la dette. Les Démocrates n'ont pas inclus d'instructions concernant le plafond de la dette dans leur projet de budget 2022, convaincus que les Républicains finiront par céder puisque dans le passé les relèvements du plafond de la dette ont été effectués de manière bipartisane. Les chances que ce projet soit adopté sont assez minces. Le chef de la minorité sénatoriale, M. McConnell, répète le même message depuis juillet, à savoir que les Républicains ne participeront à aucun effort visant à régler la question du plafond de la dette. En août, 47 sénateurs Républicains ont signé une lettre dans laquelle ils s'engageaient à ne pas voter en faveur d'une augmentation du plafond de la dette, "que cette augmentation se fasse par le biais d'un projet de loi autonome, d'une résolution permanente ou de tout autre moyen". Leur but est d’empêcher le président Biden à faire des dépenses qu’ils jugent « irresponsables ».

Deuxième scénario (probabilité de 75 %) : les Démocrates mettent le plafond de la dette de côté et ne soumettre que le projet de budget 2022. Dans ce cas, le sujet du plafond de la dette est reporté et doit être résolu avant la mi-octobre/novembre.

Troisième scénario (probabilité de 15 %) : government shutdown partiel/temporaire. Si le projet de budget n’est pas adopté, alors les administrations fédérales devront fermer au 1er octobre. Concrètement, les administrations non essentielles comme les parcs et les musées fédéraux ne pourraient pas ouvrir et les fonctionnaires, placés en chômage technique, ne seraient pas payés (dans le passé, ils ont perçu leur salaires a posteriori, une fois le budget voté). Le Bureau du budget du Congrès américain a estimé que la fermeture partielle de cinq semaines qui s'est produite à la fin de l'année 2018 a réduit la croissance du PIB (non annualisée) d'environ 0,06 % par semaine. Il devrait en être de même en cas d’arrêt partiel cette fois-ci.

Aux dernières nouvelles, le scénario 2 semble être en bonne voie et le scénario 3 de l’arrêt des administrations fédérales devrait être évité. Le Sénat serait sur le point de voter ce jeudi 30 matin pour prolonger le financement du gouvernement jusqu'au 3 décembre.

Entre mi-octobre et mi-novembre : seconde échéance et moult scénarios

Si l’impasse politique devrait perdurer, Janet Yellen, Secrétaire du Trésor, estime que le pays pourra probablement tenir jusqu’au 18 octobre. Il est possible que le Trésor puisse survivre un mois de plus compte tenu d'un rythme de dépenses probablement plus modéré avec la suppression du supplément fédéral d'assurance-chômage.

Passé cette date, si le Congrès n’a pas relevé ou suspendu le plafond, le Trésor aura très probablement épuisé ses liquidités et les États-Unis ne pourront plus emprunter sur les marchés pour se financer. Cela provoquerait alors une crise potentiellement profonde. Le gouvernement ne pourrait pas payer ses factures, des millions d’américains ne percevraient plus leurs salaires, près de 50 millions de retraités ne recevraient plus leur chèque de la sécurité Sociale et les soldats ne seraient plus payés, dixit Yellen. En outre, la confiance dans la signature des États-Unis et dans le dollar serait entachée. On peut alors redouter une réaction en chaine avec la baisse de la notation du pays, une remontée brutale des rendements obligataires et une chute des marchés actions. Un tel scénario est assez extrême et nous n’y attachons qu’une probabilité faible, de l’ordre de 5 %. Les expériences passées ont prouvé que les partis politiques, une fois dos au mur, ont su prendre les décisions qui s’imposaient à la dernière minute.

Le scénario le plus probable (probabilité de 55 %) reste celle d'un accord bipartisan pour suspendre le plafond de la dette avant la date butoir de la mi-octobre ou novembre. Ceci dit, le risque que les Démocrates utilisent le processus de réconciliation (qui permet un vote de 50+1 voix sur 100) a augmenté (probabilité maintenant de 40%), ce qui aurait probablement un impact sur la taille finale du programme d'infrastructure du président Biden.

Impacts sur les marchés

Les investisseurs sont un peu plus nerveux à l’approche de la première échéance qui pourrait entrainer l’arrêt des administrations fédérales. La volatilité sur les actions a augmenté dernièrement et les marchés actions américains étaient plutôt à la baisse.  Du côté des taux, les billets du Trésor à échéance 1 mois rémunèrent dorénavant plus que ceux à 2 mois, avec des taux de 0,0507 % et 0,0380 % respectivement au 29 septembre, ce qui suggère une prime de risque à très court terme, mais aussi que le marché est confiant que le problème sera résolu ensuite. D’ailleurs, sur le marché des devises, le dollar s’est même renforcé, ce qui ne témoigne pas d’une nervosité quand à un risque de défaut futur.