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#Investissements — 28.03.2018

Actions : Le retour du protectionnisme ?

Guillaume Duchesne

Le protectionnisme constitue un risque pour les marchés actions. quels impacts sur les différentes industries?

L’environnement économique mondial reste porteur, mais les questions protectionnistes sont à nouveau au premier plan des préoccupations des investisseurs.  Les commentaires et annonces de D. Trump  ont récemment attisé les craintes de relations plus difficiles avec les principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis, et ce à plusieurs titres :  

  1. Mise en place d’un droit de douane sur l’acier et  l’aluminium importés aux Etats-Unis.
  2. Mesures à l’encontre de la Chine qui viole les droits à la propriété intellectuelle selon les Etats-Unis. L’objectif du Président Trump est de réduire le déficit commercial abyssal des Etats-Unis avec la Chine.
  3. Critique des droits de douane trop élevés, pratiqués par les autorités européennes, notamment à l’égard des constructeurs automobiles américains.  
  4. Remise en cause de rapprochements stratégiques pour des raisons de sécurité intérieure (par exemple, entre Broadcom et Qualcomm, dans les semiconducteurs)
  5. Renégociation en cours des accords de l’Aléna avec le Mexique et le Canada.

 

Jusqu’à il y a peu, les investisseurs ne semblaient pas croire au scénario du pire. Portés par l’espoir de possibles négociations entre les pays, ils ont écarté la possibilité d’une guerre commerciale impliquant des mesures de rétorsion massives. Une telle issue serait dramatique pour l’économie mondiale et remettrait en cause la croissance actuellement synchronisée ainsi que les perspectives solides des bénéfices des entreprises. La tension est pourtant montée sur les marchés boursiers ces derniers jours. Jeudi 22 mars, les actions ont réagi violemment à la conférence de presse de Donald Trump confirmant ses intentions à l’égard de la Chine: près de 2% de baisse dans les pays développés et émergents. Il est à ce stade extrêmement difficile de dire jusqu’où les tensions entre les différents pays iront, mais une escalade serait défavorable à toutes les parties. Nous pensons donc que les tensions commerciales persisteront, mais ne dégénéreront pas en guerres commerciales. Il est toutefois intéressant d’estimer les conséquences de telles mesures sur les différentes industries :  

 

  • L’automobile européenne sous pression : Le secteur européen exporte 38 milliards d’euros (dont 22 milliards en provenance d’Allemagne) vers les Etats-Unis. Certains constructeurs assemblent une partie de  leur production aux Etats-Unis, mais une hausse de droit de douane à 35% (évoquée en janvier par D. Trump contre 10,5% actuellement) aurait un effet très négatif sur leurs revenus.  Nous sommes par ailleurs prudents sur l’industrie. Pour plus de détails, voir l'article " Actions : l’automobile, un secteur dans la tourmente ?"

  • Droits de douane sur l’acier et l’aluminium, un effet finalement limité. Des droits de douane sur l’acier et l’aluminium (respectivement de 25% et 10%) ont été annoncés afin de réduire les surcapacités de production de ces deux industries. Elle s’ajoutent à des mesures symboliques prises fin 2017 sur les panneaux solaires (30% de droits de douane) et les machines à laver (20%). Pour autant, les effets sur l’acier et l’aluminium mondial pourraient être limités. D’une part, les Etats-Unis ne représentent que 5% de la demande mondiale d’acier. D’autre part, les partenaires commerciaux les plus concernés ne sont pas la Chine, mais bien le Canada (6 milliards de dollars d’imports), le Brésil (4 milliards de dollars), puis la Corée du Sud  et le Mexique… qui se trouvent être pour le moment exemptés de droits de douane (l’exemption définitive dépendra des futures discussions). Au final, la mesure ne concerne que 30% des importations américaines d’acier.

    Au-delà de ces annonces récentes, des mesures à l’encontre d’autres secteurs d’activité ne sont pas à exclure au regard des commentaires de l’administration américaine. Si nous reprenons la dialectique de D. Trump, les  secteurs les plus à risque pourraient  être ceux dont la capacité d’utilisation aux Etats-Unis est actuellement faible. Il s’agirait du secteur du textile, de la fabrication de machines et d’ordinateurs.

  • Les  mesures à l’encontre des importations en provenance de Chine pour violation de la propriété intellectuelle sont plus problématiques. Leur ampleur n’est toujours pas très claire, même après la conférence de presse de D. Trump. Mises en place dans un mois, elles devraient concerner a priori 50 à 60 milliards de dollars de produits chinois, soit environ 10% des importations totales. Les secteurs pouvant être visés sont les produits de télécommunication et l’électronique. Une telle mesure aurait un impact négatif sur l’ensemble de la chaîne de valeurs technologiques.

  •  Des mesures possibles de rétorsion des Chinois. Les craintes d’une escalade sur le plan commercial poussent certains à envisager des représailles de la Chine. Cette dernière importe peu des Etats-Unis (186 milliards de dollars), et principalement des produits agricoles (soja), autos et aéronautique. En réponse à la conférence de presse du 23 mars, la Chine a annoncé des droits de douane pour un montant de 3 milliards sur des produits très spécifiques (vin, fruits,…). A ce stade, ni le soja, ni l’aéronautique n’ont été évoqués.  

 

En bref, les activités globales (technologie, matériaux, industriels, auto) sont à risque. Les industries les plus avantagées seront les acteurs locaux américains (ou étrangers établis sur le territoire américain). Ils seront protégés par les nouveaux droits de douane à condition que d’éventuelles hausses de coût (inflation) ne les pénalisent pas.

Les activités domestiques faiblement exportatrices, comme les banques, les services aux collectivités ou les services télécoms sont peu concernées. Mais leur performance dépendra aussi des conditions de marché. En effet, les tensions commerciales ne doivent pas remettre en cause la dynamique de croissance économique (perte de confiance, réduction de la croissance économique, baisse des taux d’intérêt) qui serait pénalisante pour certaines de ces activités domestiques (les banques, en premier lieu).