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#Investissements — 06.04.2017

Investir pour le meilleur et… pour le pire

Jean-Patrick Mousset

Ou comment survivre dans un environnement menacé par des chocs imprévus…

2008… Bien sûr nous nous souvenons tous de cette année-là cristallisée en un seul mot « subprime » et des ravages de cette crise du crédit immobilier américain sur les marchés financiers du monde entier. Un choc d’une immense violence aux conséquences dramatiques. Mais qui aurait cru en 2007 que l’on vivrait un choc d’une telle ampleur et que l’une des plus grosses banques internationales ferait faillite ? Impossible, impensable, absurde…


Qu’appelle-t-on risque extrême en finance ?

On est bien ici face à ce qu’on appelle un risque extrême en finance… Un choc, ici financier (mais il peut être également économique ou politique), pouvant causer des dommages extrêmes et imprévisibles à un portefeuille financier. Autrement dit, on pourrait qualifier le risque extrême comme un évènement déclencheur d’une perte financière significative, auquel on ne s’attend absolument pas, car il n’a été anticipé et considéré comme probable ni par les économistes ni par les modèles prévisionnels les plus couramment utilisés. L’économiste, Nicholas Nassim Taleb qualifie ces évènements de « Black Swans », les fameux cygnes noirs, car, pendant très longtemps (jusqu’à la découverte de l’Australie), les occidentaux pensaient que les cygnes étaient blancs et que les cygnes noirs n’existaient pas. Ce qui est inconnu n’existe pas ! Pourtant, même l’impensable peut se matérialiser… En tant qu’investisseurs, cette dernière décennie ne nous laisse aucun doute là-dessus.

D’ailleurs, quand on adopte une approche empirique, là encore il convient d’être lucide : en effet, contrairement à ce que laissent penser certains outils de modélisation des marchés financiers, les cours de bourse/ les prix des actifs, n’obéissent pas à une loi statistique normale Gaussienne (c’est-à-dire en forme de cloche). Par exemple, si on applique un modèle basé sur une loi statistique normale, sur les actions européennes entre janvier 2000 et décembre 2016 (voir graphe ci-dessous), nous ne devrions nous attendre qu’à 6 mois (sur 204) de très lourdes pertes (c’est-à-dire de perte mensuelle supérieure à 8%). Or, sur cette période, il y eut 12 mois (soit 2x plus que ne le prévoyait le modèle) où la perte était supérieure à 8%.  Autre révélateur, lors de la crise Lehman, les actions européennes ont perdu 54% de leur valeur entre leur plus haut de juillet 2007 et leur plus bas de février 2009, montrant que les risques extrêmes dépassaient les prévisions des modèles traditionnels.

Répartition des performances mensuelles des actions européennes depuis janvier 2000 en comparaison d’une modélisation basée sur une loi normale

D’autre part, durant ces périodes de crise, les niveaux de volatilité (et plus spécifiquement ceux des actions) enregistrent des records, et les actifs se re-corrèlent entre eux, limitant les effets protecteurs de la diversification. Tout chute… Et aux risques de variations extrêmes des valeurs de marché, s’ajoutent alors également d’autres risques : liquidité, contrepartie,… faisant peser un risque sur le système financier dans son ensemble… Ce qu’on appelle le risque systémique.


Alors comment prendre en compte et se prémunir de ces risques extrêmes ?

Une première solution pourrait consister à souscrire une assurance, mais celles-ci ont souvent des coûts élevés sur le long terme. C’est pourquoi il est intéressant ici de mettre en exergue d’autres approches moins coûteuses et très concrètes (mentionnées ci-dessous) qui peuvent offrir un résultat tout aussi intéressant, notamment si elles sont combinées entre elles :
 

  • Diversifier son portefeuille non seulement en termes d’actifs mais surtout de sources de risque : le risque lié aux actions représente en général la majeure partie du risque total d’un portefeuille d’actifs, bien au-delà du simple poids des actions dans ce portefeuille. La diversification sera donc plus efficiente en période de crise, si elle est basée sur un portefeuille où la contribution en risque de chaque actif est la même (approche de Parité de Risque). Ainsi,  le risque lié à la duration, au crédit, aux matières premières, etc …. aura le même poids que le risque lié aux actions.
  • Gérer activement la volatilité, celle-ci augmentant en période de crise, implique de diminuer l’exposition du portefeuille aux actifs particulièrement sensibles aux mouvements de marché,
  • Se positionner sur les stratégies alternatives réellement dé-corrélées des marchés actions, telles les stratégies Global Macro, Equity Market Neutral, Managed Futures,…
  • Profiter des actions à faible-bêta, aussi appelées actions « défensives », qui bénéficient de la prime de risque des marchés actions sans en supporter la totalité du risque,
  • Appliquer des règles prédéterminées de gestion du portefeuille pour couper ses positions suffisamment tôt (c’est-à-dire à partir d’un seuil défini à l’avance) et ne pas subir la baisse en espérant que sa position reparte à la hausse ultérieurement

Eclatement de la bulle internet en 2000, crise des subprimes en 2008, crise des emprunts d’Etat de l’été 2011 : les chocs ne sont pas absents de l’histoire des marchés financiers et leurs effets sur les portefeuilles peuvent être désastreux, effaçant d’un seul trait une épargne longuement constituée … Mieux vaut donc s’y préparer et en tenir compte dans la gestion à long-terme de son portefeuille. Comme nous l’a enseigné Andy Grove, cofondateur d’Intel, mais sans tomber dans la névrose évidemment : « seuls les paranoïaques survivent » !