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TRANSCRIPTION TEXTUELLE

Jeremy Fasquelle:

Bonjour et bienvenue dans ce podcast hebdomadaire de BNP Paribas Wealth Management. Je suis Jeremy Fasquelle et je suis aujourd'hui accompagné d'Edmund Shing, Global Chief Investment Officer, qui nous dévoile sa stratégie d'investissement pour le mois de mars 2026.

Bonjour Edmund.

Edmund Shing:

Bonjour Jeremy.

Jeremy Fasquelle :

Depuis le début de l'année 2026, on observe une dispersion très marquée des performances boursières. D'un côté, on a les valeurs et les secteurs perçus comme les grands gagnants à long terme de l'intelligence artificielle, et de l'autre, ceux qui apparaissent comme un peu à la traîne, retardataires et plus vulnérables face au risque de disruption lié à l'IA. Cette divergence est frappante.

À titre d'exemple, les acteurs mondiaux des semi-conducteurs spécialisés dans la mémoire ont progressé de 65 % depuis le début de l'année, alors que, de l'autre côté, le secteur des logiciels est à la traîne, avec une baisse de 25 % sur la même période.

Face à cette situation, une question se pose : est-ce que les investisseurs ne surréagissent pas actuellement face à chaque annonce de nouvelles améliorations ? On pense à Anthropic avec Claude. Est-ce que finalement la réaction des investisseurs est souvent un peu exagérée ?

Edmund Shing :

Peut-être, oui. Mais c'est vrai que pour les investisseurs, c'est un environnement super difficile en ce moment. On a quand même de nouvelles fonctionnalités annoncées par Anthropic et les autres LLM tous les jours, dans des domaines très spécifiques, comme les assurances, les logiciels et autres. Donc c'est vrai que c'est difficile pour les investisseurs d'estimer l'impact de disruption potentiel de ces modèles d'IA sur ces industries, sur leur rentabilité, surtout à long terme.

Moi, je pense quand même que les investisseurs exagèrent un peu l'impact à moyen et long terme sur ces business models. Cela dit, il y a quand même une grande incertitude, et je n'ai pas envie aujourd'hui d'acheter, par exemple, le secteur des logiciels à un moment où le secteur tombe très vite dans le marché boursier. Donc il vaut mieux peut-être attendre une certaine stabilité avant de commencer à acheter, par exemple, le logiciel ou les autres secteurs qui sont énormément impactés en ce moment.

Jeremy Fasquelle :

On l'a vu récemment avec Nvidia, qui a publié ses résultats, conformes aux attentes, mais qui n'ont pas déclenché un grand engouement pour les investisseurs. Et justement, il y a une incertitude actuellement sur ce secteur. Est-ce que cette incertitude ne va pas pousser les investisseurs à se détourner des actifs technologiques pour aller vers d'autres secteurs ?

Edmund Shing :

Oui, depuis un bon moment quand même. Si on regarde la performance des secteurs différents et aussi des régions depuis le mois de novembre, on observe quand même une rotation sectorielle et régionale de tout ce qui est marché américain et surtout la technologie, vers, par exemple, les secteurs pétroliers, les secteurs miniers, et surtout les marchés mondiaux hors États-Unis. Et ça, c'est une tendance qu'on observe en 2025 et encore en 2026.

Et si on regarde en détail les gagnants de cette vague d'investissement dans tout ce qui est data centers, tout ce qui est lié à l'intelligence artificielle, c'est sûr que les matières premières essentielles pour les secteurs de défense et de technologie sont en tête. Par exemple, les métaux de terre rares, le cuivre, l'aluminium et autres métaux industriels stratégiques.

Sur l'infrastructure dédiée à l'énergie, la production d'énergie, par exemple les centrales nucléaires ou les panneaux solaires, tout ce qui est lié à la génération d'électricité pour alimenter ces data centers et les modèles d'IA, on voit encore une fois une surperformance marquée dans le temps.

Donc il faut absolument acheter les « picks and shovels », les infrastructures qui sont nécessaires et essentielles pour les data centers dédiés à l'IA, plutôt qu'acheter les 7 Magnifiques comme Amazon ou Google. Ça, c'est clair. Et je pense que c'est ce type de dispersion des tendances marquées qui va durer dans le temps.

Jeremy Fasquelle :

Diversifier, c'est le maître-mot, toujours. Si on devait focaliser sur un autre secteur, ce serait le secteur financier, en particulier les banques. Les banques font partie des secteurs qui se sont le plus emparés de l'intelligence artificielle, au détriment peut-être de l'assurance, par exemple. Est-ce que vous pensez que c'est le cas aujourd'hui ?

Edmund Shing :

Oui, parce que d'un côté, si je regarde à l'intérieur des banques, elles peuvent profiter énormément d'une vague de productivité, une croissance de productivité liée à l'implémentation des modèles d'IA et des algorithmes d'IA dans leurs processus internes. Donc pour améliorer tout ce qui se passe à l'intérieur d'une banque, parce que, quand même, on a des systèmes informatiques qui sont très vieux, donc on peut les mettre à jour avec l'aide de l'IA. Par exemple, l'Agentic IA qui va aider les banques à augmenter la productivité et même peut-être diminuer les effectifs dans le temps, diminuer les coûts.

Moi, je trouve que l'IA est plutôt bonne pour les banques. De l'autre côté, je trouve que les assureurs profitent énormément du fait que leurs clients sont captifs. En fait, les gens paient des prix encore plus élevés pour l'assurance, par exemple pour les maisons, pour les voitures. On ne cherche pas les prix moins élevés ou les prix plus compétitifs. Mais avec l'IA, ça va être de plus en plus facile de comparer toutes les assurances, notamment pour les maisons, pour les voitures, pour chercher une meilleure assurance à moindre prix. Et donc je pense que ça va augmenter le niveau de concurrence et ça va mettre la pression sur les prix pour les assurances. Et donc ce n'est pas forcément bon à terme pour les assureurs.

Oui, d'un côté, ils peuvent aussi bénéficier et profiter de l'augmentation de productivité, mais peut-être qu'ils vont rendre ces gains de productivité à leurs clients.

Jeremy Fasquelle :

Et si, plus largement, les investisseurs doivent-ils continuer à s'exposer à la méga-tendance de l'intelligence artificielle de manière indirecte, via les métaux stratégiques ou les métaux industriels, par exemple ?

Edmund Shing :

Oui, toujours, toujours.

Parce que je pense que si on regarde le niveau d'investissement pour 2026, on parle de 660 milliards de dollars qui vont être dépensés par les « hyperscalers » comme Amazon, Google, Microsoft. C'est beaucoup plus, quasiment 50 % de plus que ce qu'ils ont déjà dépensé sur l'IA en 2025. Donc on a une vague d'investissements encore plus importante en 2026.

Effectivement, une demande d'infrastructures beaucoup plus importante qu'en 2025. Donc avec cette croissance, on commence quand même à percevoir un bouchon. Le bouchon, c'est l'électricité : comment fournir suffisamment d'électricité 24h/24, 7j/7, aux data centers, sans avoir un impact négatif sur les autres utilisateurs d'énergie, notamment les ménages et les autres sociétés industrielles ? Et là, pour l'instant, on a du mal à voir comment résoudre cette histoire.

Je pense que la résolution va être faite par un investissement massif dans le réseau de génération et de transmission d'électricité. Et c'est pour ça que je préfère aujourd'hui jouer les sociétés thématiques, les sociétés liées à cette thématique, comme prévoir l'électricité nécessaire pour les data centers.

Jeremy Fasquelle :

Pour terminer, on va rester sur l'IA. Vous avez parlé de concentration autour de ces valeurs de l'IA. Est-ce qu'il n'y aurait pas une crainte que cette disruption de l'IA va délaisser certaines valeurs ?

Edmund Shing :

C'est possible, mais je pense aussi qu'on est en train de voir une espèce d'exagération par les investisseurs. Donc effectivement, les actions baissent peut-être un peu trop vite face à cette incertitude qui est quand même profonde. Mais je pense que ça va donner l'occasion de regarder les valeurs qui sont vraiment assez peu chères, où les business models sont plutôt résistants ou peuvent peut-être même profiter de l'IA à terme, même si aujourd'hui les investisseurs les valorisent comme des sociétés qui vont être attaquées plutôt par l'IA à moyen terme. Moi, je pense que ce n'est pas forcément vrai.

On est en train d'exagérer, mais attention, il faut quand même attendre un tout petit peu pour voir une stabilisation des cours. Mais je trouve que oui, certaines valeurs vont être fortement impactées par l'IA, mais d'autres valeurs, qui sont assez peu chères, pourraient profiter de l'IA à moyen terme.

Jeremy Fasquelle :

Et vous pensez à quels secteurs en particulier ?

Edmund Shing :

Même dans le secteur logiciel. Mais le problème, c'est qu'on n'achète pas tout le secteur, on achète certains acteurs qui sont peut-être trop dévalorisés. Mais il faut avoir l'expertise pour identifier quels business models vont être impactés de manière nettement positive par l'IA et ceux qui vont être négativement impactés.

Donc il faut quand même regarder les deux et peut-être un moyen de jouer cette espèce de dispersion, même dans le secteur tech, c'est plutôt d'acheter des « Hedge Funds » qui sont plutôt exposés à cette dispersion avec des stratégies « Market Neutral », c'est-à-dire long-short. Ils achètent plusieurs sociétés qui pensent profiter de l'IA à moyen terme, tout en vendant d'autres sociétés qui vont être impactées négativement par l'IA en même temps. Donc ils profitent de cette dispersion des performances entre les deux groupes dans le temps.

Jeremy Fasquelle:

Cela fait des recommandations qui peuvent être attractives pour vos investisseurs. Merci beaucoup, Edmund. Et merci beaucoup à notre audience d'avoir suivi ce podcast. Pour plus d'informations, consultez notre site web. À bientôt.

Transcription Podcast - Notre stratégie d'investissement pour mars 2026