Hiba Mouallem :
Bonjour et bienvenue dans ce podcast hebdomadaire de BNP Paribas Wealth Management. Je suis Hiba Mouallem, Investment Strategist, et je suis aujourd'hui accompagnée par Isabelle Enos, notre Responsable Stratégie Marchés de BNP Paribas Banque Privée France, pour répondre à de nouvelles questions qui nous sont remontées par nos clients dans le contexte actuel. Bonjour Isabelle.
Isabelle Enos :
Bonjour Hiba
Hiba Mouallem :
Isabelle, plus d'un mois après le début du conflit, le 7 avril au soir, les États-Unis et l'Iran se sont accordés sur un cessez-le-feu pour deux semaines qui prévoit la réouverture du détroit d'Ormuz. Donc, pour commencer, notre première question qui concerne comment vous pouvez vous en douter les matières premières et en particulier le pétrole. Croyez-vous que les marchés pétroliers sous-estiment les effets à long terme de la perturbation de l'approvisionnement qui a eu lieu jusque-là ?
Isabelle Enos :
Oui, c'est probable. Pour cela, il suffit de regarder les prix sur les marchés à terme de pétrole. Il laisse à penser que les marchés ont suivi une forte baisse des prix entre aujourd'hui et la fin d’année 2026. Les prix au comptant sont aujourd'hui juste en dessous des 100 dollars, en prenant en compte les événements récents. Après quinze jours, au-dessus des 110 dollars, alors que les prix pour une livraison de fin d'année s'établissent plutôt autour des 80 dollars. Les marchés anticipent donc une désescalade durable du conflit actuel en Iran et la reprise du trafic dans le détroit d'Ormuz. Pourtant, même dans ce scénario optimiste de désescalade, il est peu probable que les perturbations d'approvisionnement pétrolier et en gaz disparaitront. Il faudra des mois voire des années pour que les exportations de pétrole et de gaz naturel du Golfe retrouvent les niveaux d'avant le conflit. Le risque est donc que les prix du pétrole au comptant baissent, mais que les prix du pétrole à plus long terme trouvent un nouvel équilibre bien au-dessus des niveaux d'avant le conflit, à un prix qui pourrait s'établir à plus de 80 dollars. Pour l'instant, le marché pétrolier semble évaluer un scénario relativement optimiste en Iran. Le risque est que le conflit dure plus longtemps et que les prix des contrats à terme de pétrole pour décembre et au-delà ne prennent pas suffisamment en compte cette hypothèse.
Hiba Mouallem :
Dans ce contexte de marché volatile et alors que les marchés boursiers et obligataires semblent de plus en plus positivement corrélés lors des crises surtout, devons-nous penser au-delà d'une allocation d'actifs 60/40 entre les actions et les obligations ?
Isabelle Enos :
Oui, le paradigme de l'allocation en 60% actions et 40% obligations a très bien fonctionné au fil du temps depuis la fin des années 90. Il repose sur le postulat que lorsque les marchés boursiers chutent en période de crise ou en récession économique, les prix des obligations augmentent généralement et amortissent ainsi les effets de la chute des actions. Cependant, cette corrélation négative entre actions et obligations ne s'applique que lorsque l'inflation reste autour de l'objectif de 2% des banques centrales. Cela a été largement le cas pour les grandes économies avancées de 1994 à 2021. Alors que nous prévoyons que les prix du pétrole et du gaz resteront bien au-delà des niveaux d'avant le conflit à moyen terme, les taux d'inflation globaux pourraient rester plus proches des 3% que des 2% sur la même période. À 3% d'inflation, la corrélation entre les actions et les obligations mondiales passe de négative à positive. Dans un environnement plus inflationniste comme celui de 2022, les rendements obligataires ont tendance à augmenter et le prix des obligations à baisser. Cela met également une pression sur le prix des actions par un niveau de valorisation en relative plus faible. Nous devons nous attendre à d'autres périodes comme 2022 à l’avenir, compte tenu des tensions géopolitiques accrues et donc du risque de perturbations futures de l'approvisionnement. Cela souligne la nécessité de diversifier les portefeuilles d'investissement, bien au-delà des actions et des obligations. Nous recommandons donc de privilégier les matières premières, en particulier l'or, les infrastructures, qu'elles soient cotées ou privées, ainsi des fonds alternatifs ou des hedge funds afin d'améliorer la diversification et la robustesse des portefeuilles.
Hiba Mouallem :
Notre troisième question concerne les nouvelles opportunités. Pensez-vous Isabelle que les prix actuels élevés du pétrole et du gaz vont stimuler la demande accrue pour les solutions de production et de stockage d'énergie renouvelable ?
Isabelle Enos :
Oui, c'est probable. Pour les régions importatrices d'énergie comme l'Asie et l'Europe, l'environnement actuel des prix d'énergie, douloureusement élevés, ne manquera pas de recentrer les efforts sur l'amélioration de la sécurité énergétique au niveau national comme régional. Cela protégera mieux ces régions contre les perturbations futures de l'approvisionnement en combustibles fossiles et la volatilité inflationniste des prix. Fait intéressant, même les États-Unis, aujourd'hui le plus grand producteur mondial d'hydrocarbures, ne sont pas à l'abri de la volatilité mondiale des prix d'énergie. Les prix de l’essence et du diesel au détail aux États-Unis ont bondi de 30 à 40 % depuis début mars. Pour l'Europe et l'Asie, nous prévoyons un investissement accru dans la production d'énergies renouvelables et de nucléaire en raison du conflit actuel en Iran. De même, pour améliorer la robustesse des réseaux électriques, nous attendons également à ce que l'Europe suive le chemin de la Chine en investissant de plus en plus dans les systèmes de stockage électriques par batteries, les productions solaires et éoliennes, et ainsi permettre un accès continu à la production d'électricité renouvelable dans les réseaux. À plus long terme, cela pourrait également encourager fortement à trouver des alternatives diesel pour le fret maritime et routier, telles que les piles à combustible à base d'hydrogène.
Hiba Mouallem :
Finalement, notre dernière question concerne le dollar américain. La force actuelle du dollar est-elle durable, doit-on s’attendre à un dollar plus faible?
Isabelle Enos :
Pour répondre à cette question, il est important de mettre en perspective la force actuelle du dollar américain. L'indice Bloomberg du dollar américain n'a progressé que de 3 % depuis le plus bas récent de fin janvier, donc 2 % sur le mois de mars. Selon cet indice, le dollar américain reste toujours 8 % plus faible qu'au début de l'année 2025, et il se négocie aussi dans une fourchette principalement étroite depuis 2025. Sur cette base, le statut de valeur refuge du dollar américain n'est pas très évident. Dans le même temps, il faut se rappeler que le gouvernement américain dépense entre 1 et 2 milliards de dollars par jour, juste pour la défense, soit 30 à 60 milliards de dollars rien qu'au mois de mars. Et que le déficit budgétaire fédéral américain de 2026 était prévu à plus de 6% du PIB hors ses dépenses supplémentaires. Donc la combinaison d'une inflation attendue plus élevée et d'un besoin accru de refinancement de la dette a fait grimper le rendement des obligations du Trésor américain de 4,3% fin mars contre 3,9% fin février. À l'avenir, il est probable que le recyclage des revenus pétroliers et gaziers du Moyen-Orient dans les actifs en dollars américains soit plus limité, alors que l'État fédéral américain a des besoins accrus de refinancement court terme. Cela conduira finalement le dollar américain à baisser face aux autres grandes monnaies. Nous maintenons donc notre objectif euro-dollar à 12 mois à 1,20 dollar pour un euro contre 1,16 actuellement.
Hiba Mouallem :
Merci beaucoup Isabelle pour toutes vos réponses et merci à tous pour votre écoute. N'hésitez pas à poser toutes vos questions à vos contacts chez BNP Paribas Wealth Management afin qu'on puisse y répondre. Si vous avez apprécié ce podcast, merci de liker, partager et vous abonner à notre chaîne. Pour plus d'informations, rendez-vous sur notre site BNP Paribas Wealth Management. À bientôt.