Transcription Podcast
Jeremy Fasquelle
Malgré l'apaisement des tensions entre les États-Unis et l'Iran ces dernières semaines, la défense demeure un thème d'investissement particulièrement porteur. Les pays européens membres de l'OTAN poursuivent leurs efforts pour renforcer leurs capacités militaires et augmenter leurs budgets de défense.
Depuis le début de l'année, l'indice Bloomberg Europe Defence progresse de plus de 10 %, après une année 2025 déjà remarquable.
Bienvenue dans ce podcast de BNP Paribas Wealth Management.
Pour en parler, je suis aujourd'hui avec Isabelle Enos.
Bonjour Isabelle.
Isabelle Enos
Bonjour Jeremy.
Jeremy Fasquelle
Quels sont les principaux facteurs qui expliquent aujourd'hui le regain d'intérêt pour les secteurs mondiaux de l'aéronautique et de la défense ?
Isabelle Enos
Plusieurs facteurs soutiennent cette dynamique.
Tout d'abord, le récent conflit au Moyen-Orient a mis en évidence l'ampleur des besoins de réapprovisionnement militaire. En seulement quelques mois, d'importantes quantités de missiles et d'équipements de défense ont été utilisées, ce qui nécessitera plusieurs années de production pour reconstituer les stocks.
Prenons l'exemple des missiles Patriot, utilisés pour intercepter d'autres missiles. Leur coût est d'environ 3 millions de dollars par unité. Selon les estimations, les combats dans le Golfe ont consommé l'équivalent de trois à quatre années de production de ces missiles. Il faudra donc plusieurs années pour reconstituer les stocks au niveau qui prévalait avant le conflit.
Le deuxième moteur est l'engagement de longue date des pays européens membres de l'OTAN à accroître leurs dépenses militaires. L'objectif historique était de consacrer 2 % du PIB à la défense. Désormais, de nombreux pays visent des niveaux proches de 3 %, voire supérieurs dans certains cas, comme la Pologne. Cette augmentation constitue naturellement un puissant soutien pour l'ensemble de la chaîne de valeur de l'aéronautique et de la défense.
Enfin, un troisième facteur concerne l'aéronautique civile, indépendamment des considérations géopolitiques. Le transport aérien mondial continue de croître, avec une progression annuelle d'environ 6 % des kilomètres-passagers transportés. Cette croissance est particulièrement portée par l'Asie et elle soutient durablement la demande en avions, pièces détachées, maintenance et services associés.
Jeremy Fasquelle
Comment évoluent les dépenses de défense en Europe ? Cette tendance devrait-elle se poursuivre dans les années à venir ?
Isabelle Enos
La réponse est clairement oui.
Les pays européens membres de l'OTAN se sont engagés à augmenter progressivement leurs dépenses militaires, mais cette montée en puissance ne peut pas se faire du jour au lendemain.
Augmenter les capacités industrielles prend du temps. On ne peut pas doubler instantanément la production de chars, de missiles ou d'autres équipements militaires.
Par ailleurs, la nature même des dépenses évolue. Les conflits récents, et plus particulièrement la guerre en Ukraine, ont profondément transformé la manière d'envisager les opérations militaires.
L'utilisation massive des drones, relativement peu coûteux mais très efficaces, a démontré l'importance croissante de ces nouvelles technologies. Les investissements concernent donc non seulement les drones militaires, mais également les systèmes anti-drones.
Nous observons également une montée en puissance d'autres domaines stratégiques comme les satellites et la cybersécurité.
Ainsi, les dépenses militaires devraient continuer à progresser au fil du temps, mais leur répartition évolue. Une part croissante des budgets est dirigée vers ces nouvelles technologies plutôt que vers des équipements plus traditionnels comme les chars, les bombes ou certains systèmes d'armement conventionnels.
Jeremy Fasquelle
Au-delà des dépenses militaires, quelles sont les perspectives pour le marché de l'aéronautique civile ?
Isabelle Enos
Les perspectives demeurent très favorables.
Lorsque l'on regarde les deux principaux constructeurs mondiaux, Airbus et Boeing, on constate que leurs carnets de commandes sont remplis sur plusieurs années.
Par exemple, si une compagnie aérienne souhaitait aujourd'hui commander un nouvel Airbus A320neo, elle devrait probablement patienter plusieurs années avant d'être livrée. Airbus dispose déjà d'un carnet de commandes couvrant environ quatre années de production.
Le défi vient notamment de la complexité des chaînes d'approvisionnement. Les grands constructeurs dépendent de centaines de fournisseurs de composants qui doivent eux-mêmes augmenter leurs capacités de production avant que les cadences puissent être relevées.
Cette situation crée des contraintes importantes sur l'offre.
Dans ce contexte, les compagnies aériennes sont amenées à prolonger la durée de vie de leurs appareils existants. Cela stimule la demande pour la maintenance, les pièces détachées et la modernisation des avions déjà en circulation.
Le marché de l'occasion bénéficie également de cette pénurie relative. Certains appareils comme l'Airbus A320 voient leur valeur se maintenir, voire progresser, compte tenu du manque d'avions neufs disponibles.
L'ensemble de ces éléments constitue un soutien important pour le secteur mondial de l'aéronautique.
Jeremy Fasquelle
Quels sont les moyens indirects de s'exposer à la thématique de la défense ?
Isabelle Enos
Plusieurs possibilités existent.
La première consiste naturellement à investir directement dans des entreprises spécialisées de la défense, via des fonds ou des ETF investis dans le secteur mondial de l'aéronautique et de la défense ou dans la défense européenne.
Mais il existe également des moyens plus indirects.
Les investissements militaires nécessitent des infrastructures adaptées. Cela concerne notamment les réseaux de transport, les télécommunications, l'énergie ou encore la logistique.
Tous ces secteurs bénéficient indirectement de l'augmentation des dépenses militaires.
C'est l'une des raisons pour lesquelles nous apprécions la classe d'actifs des infrastructures. Leur croissance repose sur plusieurs moteurs structurels, dont l'augmentation des investissements liés à la sécurité et à la défense.
Jeremy Fasquelle
Pour conclure, les investisseurs doivent-ils continuer à conserver leurs fonds et ETF exposés à cette thématique ?
Isabelle Enos
Selon nous, oui.
Il est vrai que depuis février, les fonds et ETF spécialisés dans la défense ont connu une période de performance plus modérée.
Toutefois, il faut la replacer dans son contexte. Cette consolidation intervient après une année 2025 exceptionnelle, au cours de laquelle le secteur européen de la défense avait progressé d'environ 60 %.
Depuis le début de l'année, les fonds mondiaux investis dans l'aéronautique et la défense, ainsi que les fonds spécialisés sur la défense européenne, affichent encore des gains supérieurs à 10 % en euros.
Les performances restent donc solides et les perspectives demeurent favorables, soutenues à la fois par la hausse des dépenses militaires, la modernisation des équipements et la bonne dynamique du marché aéronautique civil.
Jeremy Fasquelle
Merci Isabelle.
Et merci à tous de nous avoir suivis.
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