Transcription Podcast
Jeremy Fasquelle :
Bonjour et bienvenue dans ce nouveau podcast de BNP Paribas Wealth Management. Aujourd'hui, nous prenons une perspective de long terme sur les matières premières, une classe d'actifs souvent perçue comme tactique, mais qui revient fortement dans les stratégies d'allocation, en particulier dans ce contexte de guerre au Moyen-Orient. Et pour en parler, je suis aujourd'hui accompagné d'Hiba Mouallem, Investment Strategist. Bonjour Hiba.
Hiba Mouallem :
Bonjour Jérémy.
Jeremy Fasquelle :
Pour Commencer avant d'entrer dans le contexte actuel de guerre au Moyen-Orient que nous connaissons. Quelles seraient, selon vous, les caractéristiques qui rendent les matières premières si particulières par rapport aux autres grandes classes d'actifs ?
Hiba Mouallem :
Jérémy, les matières premières sont une classe d'actifs à part. Ce sont avant tout des actifs réels qui ont une utilité économique très concrète, mais contrairement aux actions ou aux obligations, elles ne génèrent aucun revenu financier. Il n’y a ni coupons ni dividendes. Leur performance dépend exclusivement de l'évolution des prix, qui est dictée par les équilibres d'offre et de demande. Les matières premières regroupent par ailleurs des segments en fonction très différentes. Par exemple, les matières premières énergétiques et industrielles sont des entrants essentiels de l'économie réelle et soutiennent directement la croissance. Les produits agricoles répondent à des besoins vitaux liés à l'alimentation mondiale. Quant aux métaux précieux, ils jouissent régulièrement de réserve de valeur sur le long terme, notamment dans les périodes d'incertitude économique, monétaire ou géopolitique. Donc, cette diversité explique pourquoi les matières premières occupent une place spécifique dans un portefeuille. Elles ne cherchent pas le rendement, mais apportent une exposition directe aux grandes dynamiques économiques mondiales.
Jeremy Fasquelle :
Il s'agit donc d'une classe d'actifs singulière. Historiquement, les matières premières ont pourtant été régulièrement délaissées par les investisseurs. Alors Hiba, comment expliquer cette perception, alors même que leur performance de long terme peut sembler solide ?
Hiba Mouallem :
Donc, les matières premières ont été régulièrement délaissées du principalement à leur profil cyclique. Elles ne sont clairement pas une classe d'actifs du type « buy and hold ». Il faut noter que sur le très long terme, leur performance est pourtant loin d'être négligeable. Depuis 1960, par exemple, l'indice Bloomberg Commodities affiche un rendement moyen annuel d'environ 6,8 % en dollars, supérieur à celui des obligations, même s'il reste un peu inférieur à celui des actions. Mais cette moyenne masque des réalités très contrastées. Il y a de longues périodes de stagnation, notamment entre 1984 et 2001 puis entre 2011 et 2020, durant lesquelles les matières premières évoluaient sans tendance. Donc dans ces phases-là, il est tout à fait rationnel pour un investisseur de se détourner. Tournées de cette classe d'actifs. En revanche, l'histoire montre que lorsque les matières premières entrent dans un cycle aussi bien identifié, les performances peuvent devenir exceptionnelles. Entre 1999 et 2008, par exemple, elles ont progressé de près de 470 % en 9 ans, soit un rendement moyen annuel de l'ordre de 26 %. Plus récemment, depuis les points bas de la pandémie du Covid début 2020, les matières premières ont déjà progressé d'environ 160%, avec un rendement annualisé proche de 17 % sur 6 ans. Ces super cycles ont toujours été déclenchés par un choc majeur sur l'offre et la demande, comme la guerre du Kippour en 1973, la révolution iranienne en 1979, ou encore l'entrée de la Chine à l'organisation mondiale du commerce en 2001.
Jeremy Fasquelle :
Les matières premières sont donc une classe d'actifs de nature cyclique, ce qui nous amène naturellement au contexte actuel. Après un cycle déjà très porteur depuis 2020, des performances particulièrement fortes en 2025 et en 2026, la question clé pour les investisseurs, c'est de savoir si l'essentiel du potentiel a déjà été consommé ou est-ce qu'il existe encore des opportunités ? Quel est votre regard aujourd'hui ?
Hiba Mouallem :
Le cycle actuel repose sur une combinaison très puissante de facteurs géopolitiques et structurels. Sur les 6 dernières années, quatre événements majeurs ont soutenu la tendance haussière. Tout d'abord, la réouverture de l'économie mondiale en 2021 après les confinements liés au Covid, ensuite le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022, puis l'imposition des droits de douane par les États-Unis en 2025, et plus récemment en 2026, la fermeture du Détroit d’Ormuz autour de l'Iran. Le droit est un point névralgique pour les flux mondiaux d'énergie. Cette année, les matières premières énergétiques se distingue très nettement. À la date du 24 avril, par exemple, l'indice Bloomberg énergie affiche une performance de plus de 58 % en dollars. Mais la hausse est aussi loin de se limiter à l'énergie, les métaux industriels progressent d'environ 11 %, l’agriculture d'environ 7 %, contribue ensemble à une performance globale proche de 25 % depuis le début de l'année pour l'indice Bloomberg Commodities. Depuis mars 2020, le segment le plus performant reste toutefois celui des métaux précieux, avec une hausse cumulée de 223 %, soit environ 21 % annualisé, portée par une demande mondiale soutenue pour l'or. Après une année 2025 déjà très solide et un début d'année 2026 particulièrement dynamique, nous pensons néanmoins qu'il existe encore du potentiel sur certains segments, les métaux industriels stratégiques comme le cuivre, l'aluminium, l'uranium dans le secteur de l'énergie, et bien sûr les métaux précieux notamment l'or et l'argent sur les 12 prochains mois. Les perturbations de l'offre liées à la fermeture du Détroit d’Ormuz continueront à peser, même en cas de réouverture rapide. Les prix du pétrole et du gaz ne devraient donc pas revenir à leur niveau d'avant crise à court terme.
Jeremy Fasquelle :
Et on suivra les évolutions des prix du pétrole et du gaz cette année. Et pour conclure, comment les matières premières doivent-elles, selon vous, Hiba, être intégrées dans une stratégie patrimoniale de long terme ? Et quel rôle peuvent-elles jouer dans la construction d'un portefeuille diversifié ?
Hiba Mouallem :
Les matières premières ne constituent pas le socle d'un portefeuille, mais elles jouent un rôle extrêmement important de diversification et de protection. Plusieurs tendances structurelles soutiennent durablement la demande : le sous-investissement historique dans les capacités de production, la démondialisation, la hausse de la consommation énergétique dans les marchés émergents, qui est aussi lié à l'intelligence artificielle, la transition énergétique, la dépréciation monétaire, ainsi que l'augmentation des dépenses de défense. Dans ce contexte, les matières premières constituent une couverture efficace, en particulier dans les phases d'inflation élevée. C'est pour cette raison que nous continuons de recommander une exposition mesurée aux matières premières au sein d'un portefeuille diversifié de long terme.
Jeremy Fasquelle :
Et on ne le dira jamais assez, hein, la diversification, ça reste le maître mot. Merci beaucoup, Hiba, pour cet éclairage complet. Merci à vous de nous avoir écoutés. Pensez à liker, partager et à vous abonner à notre série hebdomadaire sur vôtre plateforme préférée. Et pour plus d'informations, n'hésitez pas à rendez-vous sur notre site web, rubrique BNP Paribas Wealth Insights. À très bientôt.
Hiba Mouallem :
Merci.