Dans cet entretien, Virginie Delaunay, Deputy CEO de BNP Paribas Wealth Management, et Isabelle Mateos y Lago, Chief Economist de BNP Paribas, analysent les grandes forces à l’œuvre dans l’économie mondiale, dans un environnement marqué par les tensions géopolitiques, la montée en puissance de l’intelligence artificielle et les enjeux croissants liés aux dettes publiques.
Un choc énergétique contenu, mais porteur de risques
Avant l’annonce de la signature d'un accord le 17 juin dernier, le conflit au Moyen-Orient et les perturbations du détroit d’Ormuz avaient entraîné une hausse marquée des prix de l’énergie, ravivant les pressions inflationnistes. À ce stade, l’impact sur la croissance reste limité, soutenu par la résilience de l’activité mondiale et par des mécanismes d’amortissement tels que les stocks ou la réallocation des flux. Un retour du pétrole au-delà de 150 dollars le baril constituerait un risque significatif pour la croissance et la stabilité des prix.
Des marchés financiers globalement résilients
Malgré un environnement géopolitique incertain, les marchés actions ont rapidement retrouvé une orientation positive après une phase de correction. Les performances demeurent néanmoins contrastées selon les régions, en grande partie en raison du poids différencié du secteur technologique. Les marchés fortement exposés à la tech, notamment aux États-Unis et en Asie, continuent de surperformer, tandis que l’Europe évolue dans une trajectoire plus stable.
Dette publique : une vigilance accrue des marchés
La remontée des taux observée sur les marchés obligataires traduit à la fois des anticipations d’inflation plus élevées et des interrogations persistantes sur la soutenabilité des finances publiques. Si les États adoptent globalement une posture budgétaire prudente, la hausse du coût de financement constitue un défi structurel dans un contexte de croissance modérée.
L’intelligence artificielle, moteur de croissance en diffusion
Le cycle d’investissement massif dans l’intelligence artificielle soutient fortement la dynamique économique, en particulier aux États-Unis. Ses effets se diffusent progressivement au-delà du seul secteur technologique, alimentant l’activité dans des domaines comme l’énergie, les infrastructures ou la construction. Si le risque d’un excès d’investissement ne peut être totalement écarté, les moteurs de croissance apparaissent aujourd’hui plus diversifiés qu’il y a un an.
Emploi et productivité : des effets encore en construction
À l’instar des précédentes révolutions technologiques, l’IA nourrit des interrogations sur ses effets sur l’emploi. À ce stade, elle semble davantage agir comme un levier de productivité que comme un substitut direct au travail. Si des ajustements sectoriels sont probables, l’impact global reste incertain et devra être évalué au fur et à mesure de l’adoption des technologies.
Europe : une dynamique de rattrapage qui s’accélère
Face à l’accumulation des chocs, l’Europe amorce un mouvement d’adaptation plus marqué. Les efforts en matière de défense, d’innovation et d’autonomie stratégique s’intensifient, tandis que les processus décisionnels gagnent en efficacité. Encore récente, cette dynamique pourrait soutenir la trajectoire de croissance à moyen terme si elle se confirme.
Un scénario globalement constructif, sous conditions
Dans l’ensemble, l’économie mondiale fait preuve d’une certaine résilience, portée par des cycles d’investissement soutenus et des transformations structurelles profondes. Ce scénario reste toutefois conditionné à l’absence de chocs majeurs, en particulier sur le front énergétique ou en matière de politiques économiques.