Messages clés
- Après une performance déjà remarquable en 2025, les métaux précieux ont encore intensifié leur rallye en janvier, avant de connaître une phase de correction en fin de mois.
- Si une certaine volatilité demeure probable à court terme, la tendance haussière de long terme reste intacte, selon nous.
- Nous maintenons nos objectifs de cours : 5 000 USD pour l’or et 80 USD pour l’argent. Malgré le dépassement marqué de ces objectifs en janvier, la correction récente laisse encore un potentiel de hausse suffisant pour l’or, sur lequel nous maintenons une opinion Positive. En revanche, les perspectives pour l’argent sont désormais plus limitées, ce qui justifie une opinion Neutre.
Rallye hors norme
Au plus haut de la semaine dernière, l’or affichait une hausse de 28 % depuis le début de l’année, le platine +35 % et l’argent +65 %. Depuis début 2025, le cours de l’or a plus que doublé, tandis que le platine a été multiplié par trois et l’argent par quatre
Au-delà des baisses de taux de la Réserve fédérale et du repli du dollar, cette flambée a été alimentée par un appétit marqué des investisseurs privés pour les actifs refuges, dans un contexte géopolitique particulièrement instable. S’y ajoute l’accumulation continue d’or par les banques centrales et des conditions d’offre tendues, plus particulièrement pour l’argent et le platine.
Depuis le début de l’année, la ruée vers les valeurs refuges s’est intensifiée sous l’effet d’une série de chocs géopolitiques et politiques : l’intervention américaine au Venezuela, la tentative de Donald Trump d’annexer le Groenland, qui a tendu les relations avec l’OTAN et l’Europe, ainsi que la perspective de nouveaux droits de douane. À cela se sont ajoutées la montée des tensions autour de l’Iran et, aux États‑Unis, les problèmes intérieurs liés au Service de l’immigration et des douanes (ICE), le risque de nouveau « shutdown » et les doutes sur l’indépendance de la Fed. Ensemble, ces facteurs ont alimenté un regain marqué d’appétit pour les actifs refuges.
Après la forte correction observée ces derniers jours, de nouvelles opportunités d’achat réapparaissent.
La flambée spéculative de janvier, qui avait poussé l’or à 5 600 USD et l’argent à 120 USD, bien au‑delà de nos objectifs, a vite laissé place à un repli. Le principal déclencheur a été la nomination de Kevin Warsh comme prochain président de la Fed. M. Warsh étant perçu comme plus « hawkish » que Jerome Powell, et ayant affiché sa volonté de réduire le bilan de la Fed, les marchés ont été rassurés concernant l’indépendance de la Fed. Le dollar s’est renforcé et les investisseurs ont réalisé des prises de bénéfices sur les métaux précieux. L’apaisement relatif des tensions géopolitiques, avec des discussions entre Washington et Téhéran pour éviter une action militaire (avec un éventuel deal sur le nucléaire iranien) et un début de levée des sanctions pétrolières au Venezuela, a également contribué à calmer le marché.
Tendance haussière de long terme toujours intacte
Le déséquilibre entre une offre contrainte et une demande soutenue continue de soutenir un scénario haussier. Le mouvement de diversification hors dollar vers des actifs réels, tant par les banques centrales que par les investisseurs institutionnels, reste puissant dans un environnement marqué par une inflation élevée, une dette publique importante et des incertitudes politiques persistantes.
L’intérêt pour les valeurs refuges pourrait d’ailleurs rebondir rapidement en cas de nouvelles décisions politiques inattendues, d’une résurgence des tensions géopolitiques, ou encore si la Cour suprême américaine venait à annuler les droits de douane instaurés par Trump, créant ainsi un nouveau cycle d’incertitudes et ravivant les inquiétudes liées au déficit budgétaire américain.
Argent : une volatilité accrue, appelant davantage de prudence
Le marché de l’argent reste particulièrement volatil, ce qui nous incite à adopter une approche plus prudente à court terme. La hausse récente du métal blanc a été encore plus excessive que celle de l’or, alimentée par une spéculation généralisée dans un marché déjà tendu.
Malgré la correction brutale des derniers jours, le cours de l’argent demeure supérieur à son niveau de début 2026 et reste trois fois plus élevé qu’au début de 2025.
Une telle envolée pourrait provoquer des effets de destruction de demande ou de substitution dans les usages physiques, en particulier dans les secteurs industriels et électroniques, où les marges sont sensibles aux variations de prix.
Si l'ajustement de la demande liée au solaire est déjà en cours, l’enjeu majeur réside désormais dans la durabilité de la demande d’investissement, notamment via les ETF, qui constitue le principal moteur de soutien.
Contrairement à l’or, l’argent ne bénéficie pas du soutien structurel des achats de banques centrales, un facteur qui limite son socle fondamental. Après le rallye historique de l’an dernier, et compte tenu de conditions de marché toujours nerveuses, nous adoptons donc une opinion Neutre à court terme sur le métal blanc.
Cuivre et métaux industriels
La hausse des métaux industriels s’est nettement accélérée en janvier. Le cuivre, l’aluminium, le zinc et le nickel ont tous progressé de plus de 10 % depuis le début de l’année, tandis que certains métaux stratégiques liés à la technologie et à l’énergie ont flambé encore davantage : l’uranium a gagné près de 20 %, et l’étain comme le lithium se sont envolés de plus de 40 %. Cette poussée est alimentée par une demande en forte expansion liée à la transition énergétique, aux infrastructures et aux technologies, combinée à des perturbations d’approvisionnement, à des reconstitutions de stocks et à un intérêt croissant des investisseurs.
Même si une partie de ces tensions (notamment les ruptures d’offre, l’accumulation de stocks ou certaines phases spéculatives) pourrait n’être que temporaire (pour exemple, la mine de cuivre de Grasberg, l’une des plus importantes au monde, devrait revenir à pleine capacité dans les prochains mois), les fondamentaux restent solides. Nous demeurons optimistes sur les métaux industriels pour les prochaines années, portés par une croissance structurellement élevée de la demande dans les secteurs de la transition énergétique et des infrastructures, alors que l’augmentation de l’offre reste contrainte et lente.
Dans ce contexte, toute correction de court terme sur les métaux industriels pourrait constituer une opportunité d’entrée attractive, tant les perspectives de moyen-long terme demeurent favorables.