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#Stratégie d'investissement — 13.12.2016

Plus de potentiel de hausse pour le dollar

Guy Ertz

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"Le dollar s’est apprécié après l’élection de M. Trump.

Les nouvelles perspectives sur la croissance et les taux américains suggèrent une hausse du dollar."

Depuis la victoire de M. Trump, le dollar s’est fortement apprécié et a atteint 1,055 (valeur pour un euro) le 9 décembre, un niveau jamais observé depuis janvier 2003.

Les perspectives concernant l’économie américaine et les taux d’intérêt se sont bien améliorées et les prévisions suggèrent un écart plus grand entre les taux américains et européens et donc un dollar plus fort.

Nous avons ainsi décidé de revoir à la hausse notre taux de change cible pour le dollar à 1,05 dans 3 mois et 1,03 sur un horizon 12 mois.

Au regard de la juste valeur à long terme (Parité de Pouvoir d’Achat), le dollar est déjà cher. Nous pensons donc que la parité de change ne sera pas atteinte.

Les évolutions récentes

Au début de l’année 2016, le dollar s’échangeait aux alentours de 1,09 contre l’euro avant de se déprécier dans les mois qui suivirent. La valeur d’un euro a fortement augmenté, jusqu’à 1,15 au début du mois de mai, suite au recul des anticipations favorables à une hausse du taux directeur de la banque centrale. Par la suite, les probabilités de hausse de taux de la Fed ont été graduellement révisées à la hausse et ont permis au dollar de regagner progressivement du terrain. Depuis la victoire de M. Trump, le 8 novembre, les perspectives concernant l’économie américaine et les taux d’intérêt se sont encore améliorées et les prévisions suggèrent un accroissement de l’écart entre les taux américains et européens.

Soutenu pour ces différents facteurs, le dollar s’est apprécié jusqu’à atteindre 1,055 (valeur pour un euro) le 9 décembre, soit une hausse de 4,3% en seize jours. Un tel niveau n’avait pas été atteint depuis le mois de janvier 2003.

L’analyse technique nous montre que le dollar s’est trouvé en territoire de sur-achat à la fin du mois de novembre (Relative Strength Index ou indice de force relative). Une correction de tendance a eu lieu avec une dépréciation du dollar à 1,07. Depuis le dollar suit à nouveau une tendance haussière et a atteint 1,055 le 9 décembre.
 

Des facteurs clefs suggèrent plus d’appréciation du dollar

La principale raison justifiant notre positionnement en faveur d’une appréciation du dollar est la hausse probable du différentiel de taux d’intérêt avec l’Europe. Le taux 2 ans, qui reflète les anticipations de marché de la séquence de taux des banques centrales sur les deux prochaines années, est un indicateur très utile. Pour la Réserve fédérale, nous attendons une hausse de taux cette année, deux en 2017 et trois en 2018. En Europe, la BCE devrait laisser ses taux directeurs inchangés pour les deux prochaines années. Une partie du différentiel de séquence de taux est déjà intégrée dans les prix aujourd’hui mais nous attendons encore davantage de hausse pour le différentiel des taux 2 ans dans les prochains mois (cf. graphique). Ce mouvement est un élément clef d’appréciation du dollar contre l’euro.

Un second facteur d’appréciation du dollar est la récente révision à la hausse de la croissance économique aux Etats-Unis, où nous attendons 2,2% en 2017 et 2,8% en 2018. Nous avons aussi revu nos prévisions pour la croissance européenne, mais de manière plus modérée. Sur la même période, la croissance devrait y atteindre 1,2% et 1,5%. L’écart grandissant entre les croissances des deux régions suggère que le retour sur le capital investi devrait évoluer dans la même direction.

Enfin, le dollar pourrait profiter de l’intention de M. Trump  de créer un environnement propice au rapatriement des capitaux détenus à l’étranger par les grandes entreprises américaines. L’impact sur le dollar devrait cependant rester limité puisqu’une part importante des bénéfices réalisés à l’étranger sont détenus en dollar. Les avoirs en devises étrangères devraient être partiellement conservés en vue de financer des opérations à l’étranger.

Nous révisons donc notre objectif de change pour l’EUR/USD de 1,08 à 1,05 dans 3 mois et de 1,08 à 1,03 dans 12 mois (appréciation du dollar).

Le dollar devrait s’apprécier grâce à :

 

1. Un différentiel de taux plus grand
 

2. Une meilleure croissance aux Etats-Unis
 

3. Un rapatriement de capitaux.
 

4. Nous rehaussons notre cible 12 mois à 1,03.
 

Casser la parité semble peu probable

Nombre de prévisions mentionnent la possibilité de casser la parité (un euro pour un dollar). Nous ne partageons cependant pas cette opinion. Afin de comprendre pourquoi, étudions de plus près la théorie économique et les estimations à long terme.

L’indicateur le plus courant pour estimer la juste valeur à moyen terme est la « Parité de Pouvoir d’Achat ». Cette théorie est basée sur le postulat qu’un panier de biens (celui utilisé pour l’indice des prix à la consommation) devrait être vendu au même prix une fois converti dans la même devise. Le taux de change à la juste valeur devrait ainsi être celui qui égalise le niveau des prix dans une devise choisie. Même si la logique est simple (si un panier est moins cher dans un pays, alors les consommateurs rationnels devraient tous acheter leur panier dans ce pays), les coûts de transport et les différences dans la composition des paniers peuvent expliquer la persistance de certaines différences. La plupart des économistes s’accordent sur le fait que même si le taux de change peut diverger temporairement de la PPP, une tendance de convergence persiste, particulièrement en cas de divergence extrême.

L’une des estimations de PPP les plus utilisées actuellement est celle calculée par l’OCDE. Leur estimation est de 1,26 dollar pour un euro, un niveau nettement supérieur au taux de change actuel de 1,06 (9 décembre) Cela suggère qu’un euro devrait valoir 1,26 dollar et qu’il n’en vaut que 1,06 aujourd’hui. Selon cette théorie, le dollar est donc déjà surévalué

En cas de forte appréciation du dollar, la BCE et la Fed devraient probablement intervenir de manière orale.

Pour conclure, bien que nous ayons atteint la parité et même des niveaux plus bas durant la période 2000-2002, l’estimation actuelle de la PPP suggère que le dollar est déjà cher. C’est pourquoi nous pensons que la parité ne sera pas atteinte dans l’année à venir.