#SRI — 17.02.2020

Les propriétés risque-rendement des stratégies d'investissement ESG

Guy ERTZ, Chief Investment Advisor, Luxembourg

Les propriétés risque-rendement des stratégies d'investissement Environnementales, Sociales et de Gouvernance (ESG)

Investment theme 7 | BNP PARIBAS WEALTH MANAGEMENT

EN UN MOT :

La finance durable est définie comme « l’intégration des principes environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans les décisions des entreprises, le développement économique et les stratégies d'investissement[1] ». Dans cet article, nous passons en revue la littérature universitaire et constatons que dans la plupart des études, il existe un lien positif ou nul entre les critères ESG et la performance financière des entreprises. En outre, il est prouvé que l'intégration des critères ESG dans la stratégie et la culture d'entreprise peut conduire à la réduction des risques, en particulier les risques extrêmes. Nous pensons que les tendances liées aux questions environnementales et sociales seront des moteurs clés de la demande future, en particulier dans des domaines tels que la gestion de l'eau et des déchets, les énergies renouvelables, l'éducation et l'alimentation.

Quels sont les critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) ?

Les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance peuvent être analysés individuellement ou ensemble. Dans cet article, nous passons en revue la littérature académique afin d'examiner si l'utilisation de critères ESG pour sélectionner les investissements peut impacter négativement l'arbitrage risque-rendement, toutes choses étant égales par ailleurs. Nous examinons également les tendances liées aux questions environnementales et sociales. Celles-ci devraient permettre aux entreprises de bénéficier d'une demande plus élevée qui générera davantage de bénéfices, et/ou attirer les investisseurs en raison d'un changement de leur profil risque-rendement. Pour illustrer ce dernier argument, une entreprise peut devenir plus attractive par la diminution des risques de fluctuations des bénéfices ou des risques de réputation.

Quels sont les facteurs clés pour l’ESG ?

Environnement

Social

Gouvernance

Eau

Meilleur employeur

Gouvernance d'entreprise

Déchets et plastiques

Diversité

Structure du conseil d'administration et dispositifs de rémunération

Énergies propres et renouvelables

Capital humain (éducation et droit du travail)

Transparence et contrôle des risques

Émissions de carbone et risques climatiques

Santé & sécurité alimentaire

Les systèmes de rémunération et la responsabilité financière

Source : FMI (2019) et Clark, Feiner et Viehs (2015) [2]

Nous estimons important de souligner, à ce stade, que les producteurs d'Investissement Socialement Responsable (ISR) utilisent des critères ESG pour un filtrage positif des entreprises. Ils ajoutent également des « filtres négatifs » basés sur des exclusions normatives et/ou sectorielles, comme les armes, le tabac, l'alcool, etc.

 

Les propriétés risque-rendement des stratégies utilisant des critères ESG par rapport aux critères traditionnels

Un certain nombre de recherches ont été réalisées sur ce sujet. Deux rapports principaux fournissent un résumé d'un grand nombre d'études. Le premier est Clark, Feiner et Viehs (2015) et le second est Friede, Busch et Bassen (2015)[3]. La plupart des études constatent qu'il n'y a pas de corrélation négative entre les performances ESG et les performances financières des entreprises. Le dernier rapport sur la stabilité financière du FMI (2019) confirme ces résultats. De plus, la plupart des études trouvent même une corrélation positive. Toutefois, les investisseurs doivent être conscients qu'un portefeuille prenant en compte des critères ESG peut se comporter différemment de l'ensemble du marché à court terme. En effet, certains secteurs peuvent avoir une pondération plus faible (ou plus élevée) que le marché, ce qui peut expliquer des divergences de performances. Sur le long terme, l'impact sur la performance financière des entreprises est généralement positif. Une comparaison entre l'indice MSCI Global Equity Market et l'indice MSCI ESG équivalent montre que ce dernier a surperformé depuis 2010 (cf. graphique 1). Les performances passées ne sont pas un indicateur des performances futures.

Tableau récapitulatif :

Nom de l'étude

Contenu

Principales conclusions

Clark, Feiner et Viehs (2015)

Analyse de plus de 200 études académiques

90% des études sur le coût du capital montrent que de bonnes pratiques ESG réduisent le coût du capital.

88% des études montrent que de solides pratiques ESG se traduisent par une meilleure performance opérationnelle.

80% des études montrent que la performance du cours de l'action est positivement influencée par les bonnes pratiques de durabilité.

Friede, Busch et Bassen (2015)

Analyse de plus de 200 études

Environ 90% des études trouvent une relation non négative entre la prise en compte de critères ESG et la performance financière des entreprises. La grande majorité des études fait état de résultats positifs.  Ils se réfèrent aux conclusions des études de portefeuille qui présentent en moyenne une relation neutre/mixte de performance ESG CFP.

 

Regardons de plus près l'influence des différents facteurs.

L’ESG et la performance des entreprises

L'application de critères ESG à ses investissements implique une restriction de l'univers d'investissement mondial. Il est donc important de comprendre quels mécanismes, dans un univers restreint, peuvent expliquer pourquoi le risque/rendement n'est pas affecté négativement. Le coût du capital dans les entreprises est un mécanisme clé très discuté dans le cadre de la recherche ESG. Clark, Feiner et Viehs (2015) ont souligné ce sujet. Le rapport montre que 90% des études suggèrent que des pratiques plus durables, réduisent le coût du capital. Les principaux moteurs sont les bonnes structures de gouvernance d'entreprise, les mesures anti-OPA, les bonnes politiques environnementales, les bonnes relations sociales et la sécurité des produits.

Un autre mécanisme clé discuté dans le rapport Clark, Feiner et Viehs (2015) concerne la performance opérationnelle. Les études montrent que les trois facteurs ESG jouent un rôle positif. En ce qui concerne la gouvernance, les questions telles que la structure du conseil d'administration, la rémunération des dirigeants, les mécanismes anti-OPA sont considérés comme les plus importantes. S'agissant des questions environnementales, les pratiques environnementales des entreprises, la réduction de la pollution et l'efficacité de l’utilisation des ressources sont mentionnées comme les plus pertinentes pour la performance opérationnelle. 

Étant donné que les stratégies utilisant des critères ESG obtiennent des rendements attendus similaires (ou meilleurs) sur le long terme, il est important de se concentrer sur les risques.

ESG et gestion des risques

Il est vrai que l'intégration des critères ESG dans la stratégie et la culture d'entreprise peut entraîner une réduction des risques[4]. Si les entreprises négligent les questions liées à l'ESG, elles sont exposées à des risques plus élevés, tels que les accidents environnementaux (E), le risque de réputation lié aux conditions de travail ou à l'inégalité entre les sexes (S) et les risques liés à la gouvernance d'entreprise, tels que la fraude, les systèmes de rémunération inadaptés et l'absence de contrôle des risques (G).

Lee et Faff (2009)[5] constatent que les entreprises leaders dans le domaine de la performance sociale présentent un risque idiosyncratique nettement plus faible. Ce dernier peut être évalué par l'ensemble du marché actions. Ilhan, Emirhan, Zacharias Sautner et Grigory Vilkov (2019)[6] proposent une analyse approfondie sur le risque de pertes extrêmes liées aux émissions de carbone. Ils montrent que le coût de la protection via des options contre les risques baissiers est plus élevé pour les entreprises ayant des modèles économiques plus intensifs en carbone. Cela suggère l’existence de risques extrêmes pour certaines entreprises. La décision du gouvernement allemand de sortir du nucléaire à la suite de la catastrophe de Fukushima a eu un impact énorme sur les valorisations boursières des sociétés de services aux collectivités. Un récent rapport du FMI[7] souligne que les expositions aux risques environnementaux peuvent entraîner des pertes financières importantes pour les entreprises et les changements climatiques peuvent avoir les mêmes effets pour les institutions financières, les détenteurs d'actifs et les entreprises. L'intégration des facteurs ESG dans les modèles économiques des entreprises peut contribuer à atténuer ces risques.

Clark, Feiner et Viehs (2015) discutent également des raisons pour lesquelles des normes ESG inférieures peuvent constituer une menace pour la réputation d'une entreprise. Au-delà des questions environnementales, cela peut conduire à des effets négatifs durables sur la valorisation de l'entreprise, voire à un défaut, dans des cas extrêmes. Des exemples typiques sont les nouvelles négatives entourant les conditions de travail, les inégalités entre les sexes ainsi que les questions de gouvernance, comme la conformité et le contrôle des risques. 

Les questions environnementales et sociales stimulent la demande de biens et de services[8]

On prend de plus en plus conscience que la société humaine et l'économie mondiale sont étroitement liées à l'écosystème en particulier dans les domaines de l'eau, des déchets et des sources d'énergie. Cela a conduit à des actions impliquant les gouvernements telles que l'accord de la Conférence de Paris sur le climat (COP21) et les Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations unies pour n'en citer que quelques-unes. Concernant l'environnement, nous anticipons une demande croissante de biens et services liés à l’accès à l'eau, à la gestion des déchets ainsi qu'aux énergies propres et renouvelables. Les méthodes de collecte, le recyclage et les solutions de revalorisation des déchets en sont des exemples. Les autres domaines couvrent l'innovation technologique et les équipements dans le solaire, l'éolien, la géothermie et l'hydroélectricité. Parmi les segments clés figurent les batteries et les produits chimiques connexes ainsi que les fabricants d'équipements électriques et de réseau. Nous voyons également un potentiel dans le domaine de l'éducation, des aliments alternatifs, de la sécurité alimentaire ainsi que de l'alimentation saine et naturelle.

En conclusion

L'intégration de critères ESG peut être une source d’optimisation du couple risque-rendement. En effet, la plupart des études trouvent une relation positive ou nulle entre les critères ESG et la performance financière des entreprises. En outre, l'intégration de critères ESG peut également être considérée comme un moyen de réduire le risque, en particulier le risque extrême. En effet, les risques extrêmes les plus courants sont les risques environnementaux et ceux liés aux émissions de carbone[9]. Les filtres sociaux et de gouvernance peuvent contribuer à réduire le « risque de réputation ». En plus de cet argument risque-rendement, nous identifions des opportunités liées aux questions environnementales et sociales. En effet, on assiste à une prise de conscience, en particulier médiatique, de plus en plus franche que la société humaine et l'économie mondiale sont étroitement liées à la nature et en particulier à l'eau, aux déchets et aux sources d'énergie. Cela devrait entraîner une demande croissante de biens et de services dans ces domaines, et au-delà dans les secteurs de l'éducation, des aliments alternatifs, de la sécurité alimentaire ainsi que de l'alimentation saine et naturelle.

Retrouvez toutes les annexes dans les PDF ci-dessous.

Plus d'informations ∨

Références :

Clark, Feiner and Viehs (2015) “From the stockholder to the shareholder: How sustainability can drive financial performance”, University of Oxford and Arabesque Partners.

Gunnar Friede, Timo Busch and Alexander Bassen (2015), “ESG and financial performance: aggregated evidence from more than 2000 empirical studies”, Journal of Sustainable finance and investment, 5:4, p210-233.

Ilhan, Emirhan, Zacharias Sautner, and Grigory Vilkov. (2019). “Carbon Tail Risk.”

D. Lee and R. Faff (2009) “Corporate sustainability performance and idiosyncratic risk: A global perspective”, The financial review, Vol. 44, N°2.

IMF (2019) Global Financial Stability Report “Lower for Longer”, chapitre 6 sur “Sustainable Finance”. October Report.

[1] IMF (2019) Global Financial Stability Report “Lower for Longer”, chapitre 6 sur “sustainable finance”. Octobre 2019.   

[2] Clark, Feiner and Viehs (2015) “From the stockholder to the shareholder: How sustainability can drive financial performance”, University of Oxford and Arabesque Partners.

[3] Gunnar Friede, Timo Busch and Alexander Bassen (2015), “ESG and Financial Performance: aggregated evidence from more than 2,000 empirical studies”, Journal of Sustainable Finance and Investment, 5:4, p210-233.

[4] Voir aussi Clark, Feiner and Viehs (2015). 

[5] D. Lee and R. Faff (2009) “Corporate sustainability performance and idiosyncratic risk: A global perspective”, The financial review, Vol. 44, N°2, May 2009.

[6] Ilhan, Emirhan, Zacharias Sautner, and Grigory Vilkov. 2019. “Carbon Tail Risk.”

[7] IMF (2019) Global Financial Stability Report “Lower for Longer”, chapitre 6 sur “Sustainable Finance”. Octobre.

[8] Voir aussi les thèmes d’investissement 2020 de BNP Paribas WM (thème 6 et 7). 

[9] Ilhan, Emirhan, Zacharias Sautner, and Grigory Vilkov.