#Articles — 09.11.2020

Sans vague bleue, l’election de Joe Biden est saluée par les marches financiers

Prashant Bhayani, Chief Investment Advisor, Asia

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Joseph Biden, Président élu, à confirmer

 

De nombreuses agences de presse ont déclaré Joseph Biden comme futur président élu et Kamala Harris comme vice-président élu. En outre, l'élection de Kamala Harris au poste de vice-président élu est historique sous trois aspects, comme Américaine asiatique, noir et femme. Le Président Trump n'a pas concédé sa défaite et les contentieux pourraient perdurer des semaines. Jusqu'à présent, aucune requête juridique de l’équipe Trump n'a eu de conséquences matérielles, et nous continuerons à suivre ces développements. À cet égard, Biden est actuellement en tête dans les États où le résultat n’est pas encore définitif ; ce qui pourraient aboutir à lui donner plus de 300 grands électeurs, soit largement au-dessus du nombre requis, à savoir 270. Même si les élections sont beaucoup plus proches que prévu, elles ne sont pas aussi proches qu'en 2000, lorsque seulement 537 voix ont séparé Bush et Gore dans le seul État de Floride, état qui avait décidé de l’élection.

 

Qui va gagner le Sénat ?

 

Biden pourrait être le premier nouveau président élu en 32 ans sans le contrôle des deux chambres du Congrès - le Sénat, la Chambre et les Représentants. À l'heure actuelle, les Républicains et les Démocrates ont chacun 48 sièges au Sénat. Les Républicains auront besoin de 51 sièges pour obtenir une majorité (le Vice-Président vote si les deux partis ont 50 sièges). Deux sièges républicains, en Alaska et en Caroline du Nord, qui n'ont pas été finalisés, vont probablement rester Républicains. En Géorgie, deux autres sièges au Sénat seront élus au second tour le 5 janvier. Dans ce scénario, les Démocrates devraient gagner les deux sièges, et les Républicains doivent prendre l'un des deux sièges pour revendiquer la majorité.

 

Lors des élections présidentielles de 1992 et 2008, les deux fois où un président démocrate a remporté la victoire et où la Géorgie a ensuite revoté plus tard, le taux de participation des électeurs a chuté d'environ 40 %. Toutefois, cette fois, le taux de participation pourrait baisser beaucoup moins, car à la présidentielles il a été le plus élevé depuis plus de 100 ans. De plus, ces sièges seront trsè importants dans la décision éventuelle de la majorité au Sénat. Il est clair que la vague bleue de 52 à 55 sièges au Sénat, prévue par les sondages, n'a pas eu lieu.

 

Dans quelle mesure le Blue Ripple peut-il devenir un Blue Current ?

 

À l'heure actuelle, selon PreidictIt, il y a un peu moins de 30 % de probabilité que le Sénat devienne à majorité Démocrate. Par conséquent, les marchés anticipent actuellement un blocage entre un sénat républicain et une chambre des représentants démocrate. En outre, à la Chambre des représentants, l'autre chambre du Congrès, les Démocrates ont gardé le contrôle, comme prévu, mais ont probablement perdu des sièges contre toute attente. À ce stade, les électeurs ont voté pour garder un équilibre du pouvoir entre sénat républicain et chambre des représentant démocrate, mais seulement pour un changement présidentiel. Biden s'est présenté sur une plate-forme unificatrice et il aura besoin de ses compétences en matière de bipartialité. Toutefois, nous ne saurons avec certitude jusqu'en janvier si les Républicains peuvent conserver le contrôle du Sénat.  

 

Quid du calendrier et de la taille de la Stimulus budgétaire ?

 

Parlant de bipartisme, Mitch McConnell, le leader de la majorité au Sénat, a déclaré après l'élection que l'obtention d'un plan de relance économique est « Job One », prioritaire. Toutefois, comme nous le savons, il est facile de le dire, plus difficile à faire. Le Congrès pourrait faire un paquet budgétaire provisoire de faible ampleur avant la fin de l'année, en élargissant l'éligibilité à l'assurance chômage et aux prêts aux petites entreprises, à condition que les deux parties arrivent à un compromis sur l'aide aux Etats et l'aide locale. Un accord plus important et plus complet avant la fin de l'année reste possible mais semble moins probable, à suivre en fonction de l’évolution politique des prochaines semaines. Néanmoins, le niveau global des mesures de relance budgétaire sera plus faible que dans le cadre d'une « vague bleue » comme anticipé par les sondages avant les élections. Si un plan de relance budgétaire est adopté, il est peu probable qu'il affecte la croissance au quatrième trimestre, il aura plutôt un impact sur l'année prochaine. Toutefois, cette question du timing semble secondaire.

 

La Réserve fédérale est reconfirmée en tant que « président » des marchés financiers...

 

Si la politique budgétaire est décevante ou reportée à l'année prochaine, cela ajouterait une pression supplémentaire sur la Réserve fédérale pour qu'elle agisse en vue d'assouplir sa politique en décembre. Alors que la Réserve fédérale a maintenu ses taux d'intérêt comme prévu la semaine dernière, elle a évoqué le programme d'achat d'actifs et son rôle de soutien à la reprise économique. Compte tenu de la détérioration de la situation du Covid et en fonction de l'issue de la politique budgétaire, la Réserve fédérale pourrait augmenter la taille, prolonger la durée et/ou s'engager dans le programme d'achat d'actifs actuel. L'attention portée à la Réserve fédérale et aux autres banques centrales de la BCE et de la Banque d'Angleterre pourrait progresser d'ici décembre. Par exemple, la BCE a déjà mentionné un recalibrage de la politique monétaire en décembre en raison de la deuxième vague. C'est l'histoire sans fin depuis la grande crise financière du « put » des banques centrales qui continuent d’agir pour limiter les effets négatifs des récessions.

 

Qu'est-ce que nous envisageons ?

 

Dans nos notes préalables aux élections « Priorité à la politique NON politicienne », nous expliquions que les élections constituent un événement politique plus important que sur le plan économique, et ce qui importe, c'est leur impact sur le cycle économique. Nous avons recommandé d'acheter les actifs risqués sur repli, les marchés actions ayant historiquement une correction modérée avant les élections et un rebond après, quel que soit le parti élu, étant donné la dissipation de l'incertitude. Nous avons eu deux corrections distinctes qui se sont produites en septembre et la semaine qui a précédé les élections en raison de la deuxième vague européenne. En outre, nous avons souligné que la volatilité était supérieure de 50 % à son niveau normal en raison de l'incertitude sur les élections à court terme et du Covid-19, et que la volatilité pourrait chuter sur les marchés d'actions et de devises après les élections.

La réaction du marché a été dans ce sens la semaine dernière. L'indice de volatilité du S&P 500 (VIX) a chuté de 40 % de 41 à 25 (toujours haut historiquement) et sur la semaine les marchés ont rebondi avec les indices S&P 500 + 7 %, Euro Stoxx 50 + 8 % (+10 % en USD), MSCI China +6 % et Gold +4 %. Les volatilités des devises ont également baissé et le Dollar s'est déprécié à des plus bas sur deux ans ; il est proche des niveaux critiques atteint en septembre. Il est intéressant de noter que les rendements des bons du Trésor à 10 ans ont baissé de 5 pb en raison de la révision à la baisse des prévisions de relance budgétaire, mais pas autant que prévu après la reprise de vendredi. À moyen terme, nous prévoyons une hausse des rendements à mesure que les économies américaine et mondiale se redresseront l'année prochaine.

 

Le discours dominant sur les marchés est maintenant en train de se focaliser sur les points positifs :

(1) Le risque d'événement électoral diminue, mais nous attendons une confirmation « officielle ».

2) Un Congrès actuellement divisé signifie : (A) moins de mesures de relance budgétaire, (b) pas de hausse majeure des impôts et (c) pas de changement majeur dans la réglementation, comme en témoigne le rebond des secteurs de la technologie et de la santé après les élections.

(3) La pression sur les plans de relance monétaire pourrait augmenter en décembre compte tenu de la seconde vague COVID19 en Europe et en Amérique du Nord. Le virus semble prospérer à des températures froides

4) Les progrès en matière de vaccins seront essentiels pour le rythme de la réouverture et de l'économie mondiale en 2021. En particulier, pour les secteurs cycliques du marché et l'évolution à moyen terme des rendements obligataires.

Nous restons surpondérés sur les actions, les obligations d'entreprises de bonne qualité ( investment grade) et l'or, tout en restant prudents sur le dollar en général.

 

Lisez le marc de café / quels sont les risques ?  Les questions post-électorales américaines à surveiller incluent la discussion sur les postes clés du gouvernement, qui sera suivie de près par Wall Street. Le compromis entre les démocrates modérés et les démocrates plus progressistes pourrait avoir du mal à être approuvé par un éventuel Sénat républicain. Enfin, les marchés seront sensibles à tout commentaire sur le commerce si le changement conduit à des perspectives légèrement plus positives sur le commerce mondial avec des primes de risque plus faibles, ce qui est positif pour l'Asie émergente.