#Articles — 15.07.2022

Focus Actions Juillet 2022

Edmund Shing Global Chief Investment Officer, Alain Gerard, Senior Investment Advisor, Equities

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Résumé

  1. Il est trop tôt pour revoir à la hausse notre opinion à Neutre : trop d’incertitudes demeurent concernant les conditions financières et la liquidité, les prévisions de bénéfices 2022/2023 et l’évolution des taux réels. Le principal facteur déclencheur attendu est l’amorce d’un assouplissement des conditions financières.
  2. Le sentiment au plus bas depuis une décennie n’est pas suffisant : le sentiment des investisseurs à l’égard des actions a atteint un point bas jamais atteint depuis 2008. Le pessimisme des investisseurs a par le passé précédé des performances positives des marchés actions au cours des 6-12 mois suivants. Mais cet indicateur n’est pas suffisant à lui seul pour accréditer une opinion plus positive à l’égard des actions.
  3. La faiblesse des valorisations n’est pas encore suffisante. Les valorisations sont historiquement bon marché pour les valeurs boursières européennes, britanniques et japonaises. Elles sont par contre tout juste en dessous de la moyenne pour les valeurs américaines. Les valorisations ne sont donc pas suffisamment basses pour justifier une opinion positive à l’égard des actions.
  4. La réalité économique n’est pas reflétée dans les prévisions des bénéfices : les analystes tardent à abaisser leurs prévisions des bénéfices. Jusqu’à présent, les prévisions agrégées des bénéfices n’ont que légèrement baissé en Europe, et pas du tout aux États-Unis.

 

Principales recommandations

Nous restons acheteurs de l’énergie : le secteur du pétrole et du gaz est, de loin, celui qui a pour l’instant le mieux performé en 2022. Il convient toutefois de ne pas oublier l’ampleur de la précédente sous-performance des valeurs mondiales du pétrole et du gaz par rapport à l’indice MSCI World depuis mi-2008. Les valeurs pétrolières et gazières ont encore un fort potentiel, surtout si les prix de l’énergie se maintiennent ou dépassent leurs niveaux actuels.

Les stratégies de dividendes et de rachats d’actions sont très performantes : ces stratégies sont actuellement orientées vers les secteurs à haut rendement/ flux de trésorerie disponible élevés tels que l’énergie, les minières, les produits pharmaceutiques et les financières.

Thème : le moment est venu de porter notre attention sur les actions japonaises. L’affaiblissement spectaculaire du yen japonais (qui est retombé à des niveaux plus vus depuis 2007) et le niveau extrêmement bas de sa valorisation (ratio C/B prospectif inférieur à 12x) portent à croire que le cours du Nikkei a déjà intégré un fort ralentissement économique. Il pourrait s’agir là d’une excellente opportunité d’achat.

Principaux risques : le risque d’une récession technique (à savoir deux trimestres consécutifs de croissance négative) augmente en Europe et aux États-Unis, compte tenu de la hausse des coûts de l’énergie (y compris du gaz naturel) et de l’engagement des banques centrales à ralentir l’inflation via des hausses de taux d’intérêt.

 

1. Le resserrement des conditions financières, l’un des principaux freins pour les actions

La hausse des spreads de crédit et des taux d’intérêt ont pesé sur les actions

En 2022, les spreads de crédit se sont considérablement élargis, tant pour les obligations d’entreprises investment grade que pour celles à haut rendement. Le crédit high yield est notamment très corrélé à l’orientation du marché boursier. Tant que les spreads de crédit ne se seront pas stabilisés et que les conditions financières ne se seront pas améliorées, il sera difficile d’envisager avec confiance un rebond des marchés boursiers à court terme. Les conditions financières aux États-Unis se sont déjà durcies beaucoup plus rapidement que lors des précédents cycles de relèvement des taux de la Fed.

Le niveau de peur extrême est un indicateur à contre-courant

Les périodes où tout le monde a peur et où les fonds actions subissent des sorties de capitaux ont, historiquement, été de bons moments pour investir dans les actions. L’indice du sentiment de CNN/Money pointe, actuellement, vers un niveau de « peur extrême ». Par le passé, investir lorsque cet indice indiquait une peur extrême a donné lieu à des rendements positifs, par exemple après le niveau de peur extrême atteint en mars 2020.

 

2. Haussier sur le secteur de l’énergie et les stratégies de hauts dividendes/rachats d’actions

Les stratégies à haut rendement résistent mieux

Au cours des cinq premiers mois de l’année, l’indice des actions américaines et l’indice mondial hors États-Unis (Europe, Japon et marchés émergents) ont connu une évolution globalement similaire, perdant tous deux 17 % sur l’année jusqu’à début juin. Depuis, l’indice mondial hors États-Unis a commencé à bien mieux résister que celui des actions américaines, qui continue d’être tiré vers le bas à cause de sa plus forte exposition à la croissance/technologie. Les marchés actions fortement exposés au pétrole et au gaz, comme le Royaume-Uni et le Brésil, ont été les principaux moteurs de la surperformance de l’indice mondial hors États-Unis.

Les marchés exposés aux matières premières offrent des rendements élevés

Notons que l’indice MSCI World High Dividend (dividendes inclus) n’a baissé que de 4 % depuis le début de l’année, alors que l’indice des actions américaines a perdu 17 % sur une base similaire, dividendes inclus.

Nous continuons à privilégier les fonds et ETF axés sur les dividendes élevés et les rachats d’actions, tant en Europe (où les rendements sont généralement plus élevés) qu’à l’échelle internationale.

 

3. Prévisions des bénéfices

Les prévisions des analystes sont (trop) optimistes

Pour l’année 2022, les prévisions tablent sur une progression des bénéfices de près de +10 % aux États-Unis et de pas moins de +14,4 % en Europe. Elles ont récemment été revues à la baisse pour certains secteurs, en raison de la pression exercée par l’inflation et les coûts. Ces baisses ont été compensées par des révisions à la hausse, venant surtout des sociétés liées aux matières premières. Il est fort probable que les anticipations pour 2022 doivent être revues à la baisse au vu du ralentissement économique mondial et de l’effondrement des prix des matières premières (le marché actions réagit actuellement à cette forte baisse des prix des matières premières ; voir le graphique ci-dessous).

La faible visibilité et le ralentissement économique plaident en faveur d’un biais défensif à court terme

La visibilité est faible : par exemple, il est difficile de prévoir ce qui se passera en Ukraine ou en Chine. Les « méga-banques » américaines seront les premières à publier leurs résultats semestriels (le 14 juillet pour JP Morgan & Morgan Stanley). Leurs commentaires et leurs perspectives seront examinés à la loupe. Dans l’ensemble, nous pensons que les résultats devraient bien résister dans la santé, dans certains autres secteurs défensifs, dans l’énergie et chez certaines valeurs technologiques solides et jouissant d’un pouvoir de fixation des prix. Mais la situation semble empirer pour les valeurs cycliques. Par conséquent, cet été, conservez un biais défensif !

 

4. Notre vision sur les actions asiatiques

Les actions chinoises rebondissent, à la faveur de l’assouplissement des restrictions mises en place pour lutter contre la Covid et des stimuli potentiels

• Après avoir maîtrisé les récentes flambées, la Chine allège progressivement ses restrictions mises en place pour lutter contre la COVID. Elle a également assoupli les règles prévues par sa politique de quarantaine des arrivées internationales. Nous recommandons de vous exposer à la Chine via les actions de catégorie A, car elles dépendent du marché intérieur (elles ont tendance à être moins affectées par la volatilité des marchés actions internationaux) et le sentiment des investisseurs onshore s’améliore.

• Les nouvelles réglementaires concernant le secteur internet chinois sont plus encourageantes. Selon nous, le pire est passé. Cela dit, il n’y a pas d’assouplissement réglementaire et il est peu probable que nous retrouvions le « bon vieux temps » d’une croissance très élevée des bénéfices des sociétés de plateformes internet. Le rebond du secteur en juin pourrait entraîner des prises de bénéfices à court terme.

• Nous envisagerons de relever notre opinion sur les actions chinoises offshore lorsque le marché mondial se stabilisera et/ou lorsque l’orientation politique sera plus claire à la suite du 20e Congrès du Parti chinois (qui a lieu à l’automne et au cours duquel des changements majeurs au niveau du leadership seront annoncés).

•  Les autres actions asiatiques ont souffert en juin, affectées par le sentiment négatif à l’égard des inquiétudes liées à la croissance, en raison d’un resserrement plus rapide que prévu de la politique monétaire à l’échelle mondiale dans l’optique de contenir l’inflation. Nous continuons de recommander les valeurs défensives et demeurons surexposés aux actions de Singapour, en raison de leurs dividendes élevés.

 

5. Allocation sectorielle

En cette période d’incertitude, nous privilégions les secteurs défensifs, mais restons couverts contre une inflation élevée.

Les dernières données économiques ont contrarié le marché, notamment les chiffres sur l’inflation, toujours supérieurs aux attentes aux États-Unis et en Europe, alors que les données PMI (indicateurs de confiance des entreprises) sont ressorties inférieures aux attentes. Le marché a conclu que le resserrement monétaire pourrait se révéler plus conséquent que prévu, le rendement des bons du Trésor à 10 ans atteignant de nouveaux sommets que l’on n’avait plus observés depuis 2011 aux États-Unis !

- Malgré le ralentissement de l’économie, la probabilité d’une récession profonde et durable reste faible, compte tenu de la solidité des bilans des entreprises et des ménages. En revanche, nous ne nions pas que l’inflation diminue leur pouvoir d’achat et sape la confiance.

- Le mois de juin a été très difficile, en raison de l’envolée de l’inflation et des rendements obligataires. Tous les secteurs ont clôturé le mois dans le rouge, avec une surperformance des secteurs défensifs. La santé a été le secteur le plus performant (-2,5%). Celui des matériaux de base européens a signé la performance la plus mauvaise, avec -19% ! Même le secteur vedette de cette année, l’énergie, s’est effondré de -15% en juin.

Dans cet environnement, nous recommandons aux investisseurs de conserver des positions importantes dans les secteurs qui se comportent bien en période d’inflation, en particulier l’énergie, les métaux et les minières. Les valeurs financières ont également tendance à bénéficier de la pentification des courbes des rendements et, surtout, ce secteur est très bon marché (préférence actuelle pour les assureurs et les établissements financiers diversifiés, compte tenu du ralentissement économique qui touche davantage les banques).

- Les révisions des bénéfices continuent de favoriser les secteurs décotés et mentionnés ci-dessus, ce qui les rend encore meilleur marché.

- Après un effondrement cette année en raison de la forte hausse des rendements obligataires, les REIT européens se négocient aussi à des prix très attractifs.

- En revanche, les entreprises dotées d’un pouvoir de fixation des prix et/ou distribuant des dividendes élevés surperforment.  Elles devraient représenter une part importante de tout portefeuille.

- À court terme, nous sommes prudents à l’égard des cycliques fortement corrélées à l’économie mondiale: les industrielles, ainsi que certains sous-secteurs des matériaux et de la consommation discrétionnaire.

- À l’inverse, nous anticipons un rebond des secteurs de croissance qui ont trop baissé et/ou qui apparaissent désormais relativement bon marché (semi-conducteurs, jeux en ligne, luxe, santé).

 

7. Idée d’investissement

Actions de croissance qui cotent à des niveaux bon marché

Les marchés actions se sont effondrés au 1er semestre 2022. Le secteur de la technologie (certes très onéreux en début d’année), mais aussi d’autres secteurs de croissance comme le luxe (et certains autres segments de la consommation discrétionnaire), les services de communication, les équipementiers médicaux, etc., en ont été les principales victimes. Certains de ces secteurs se targuent d’un fort pouvoir de fixation des prix et de carnets de commandes bien étoffés. Les valorisations apparaissent désormais très attractives, en particulier dans le secteur des semi-conducteurs.

Nous apprécions la santé. La biotechnologie sur le point de se reprendre ?

Les secteurs de croissance cyclique pourraient avoir besoin de temps pour rebondir. Les investisseurs préfèrent rester défensifs pour le moment. Si l’inflation venait à culminer, la biotechnologie offrirait un bon potentiel. N’oubliez pas également que la santé reste un de nos secteurs de prédilection, en raison de bonnes prévisions des bénéfices et de valorisations très raisonnables (voir les prévisions IBES en annexe). Bank of America note le début d’une « grande rotation des actifs d’inflation vers des actifs de déflation ».