#Articles — 20.06.2022

Focus Actions Juin 2022

Edmund Shing Global Chief Investment Officer, Alain Gerard, Senior Investment Advisor, Equities

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Résumé

  1. Globalement neutre : nous restons globalement neutres sur les actions en tant que classe d'actifs (y compris en Europe, et sur les marchés émergents), dans l'attente d'une nouvelle réduction des incertitudes (inflation, hausse des rendements obligataires, politiques monétaires, guerre en Ukraine, crise énergétique).
  2. Les signes positifs pour les actions incluent : baisse des spreads de crédit, baisse des rendements obligataires réels, moins de volatilité sur les marchés financiers, extrême pessimisme des investisseurs.
  3. Une reprise du marché baissier, ou un rebond plus durable ? Les marchés boursiers ont commencé à rebondir après avoir atteint leur plus bas niveau à la mi-mai, malgré les signes évidents de ralentissement de la croissance économique. S'agit-il simplement d'une reprise du marché baissier ou d'un rebond plus durable ? La réponse dépend du risque de récession. S'il s'agit, comme nous le pensons, d'une peur de la récession, le rebond pourrait alors durer.
  4. Révisions à la hausse/baisse des bénéfices : les secteurs liés aux matières premières sont ceux qui ont le plus revu à la hausse leurs prévisions de bénéfices en Europe et aux États-Unis. Les secteurs de la consommation discrétionnaire et de l'industrie risquent le plus de revoir leurs prévisions à la baisse suite à la hausse des coûts et la baisse de la demande.

Principales recommandations

Conserver une position longue sur le pétrole et le gaz : Le pétrole et le gaz sont, de loin, les secteurs qui ont, pour l’instant, le mieux performé en 2022. Mais n'oubliez pas l'ampleur de la précédente sous-performance des valeurs mondiales du pétrole et du gaz par rapport à l'indice MSCI World depuis la mi-2008. Les valeurs pétrolières et gazières pourraient avoir encore de beaux jours devant elles, si les prix de l'énergie se maintiennent ou dépassent leurs niveaux actuels.

Les stratégies de dividendes et de rachats d'actions sont très performantes : ces stratégies sont actuellement orientées vers les secteurs à haut rendement tels que le pétrole et le gaz, les mines et les banques. Les banques européennes ont récemment affiché des performances étonnamment robustes, grâce à des résultats supérieurs au consensus.

Focus sur le thème de l'économie circulaire : les prix très élevés de l'énergie et des matières premières soulignent la nécessité d'optimiser notre utilisation des ressources naturelles – le point central du modèle d'économie circulaire.

Risque principal : un resserrement trop sévère de la Réserve fédérale américaine dans une économie déjà en voie de ralentissement ? Un taux de 3 % des fonds fédéraux est désormais intégré dans les cours pour 2023. Nous avons des doutes. Nous pensons que la Fed va probablement adoucir son discours dans les prochains mois. Si tel n’est pas le cas, assisterons-nous à une récession dans 12-18 mois ?

1. Une simple reprise du marché baissier ou un véritable rallye boursier ?

De solides rebonds ont été enregistrés au cours des précédents marchés baissiers

Au cours des longues périodes de marché baissier de 2007-09, 2000-03 et du marché baissier japonais du début des années 90, les marchés boursiers ont rebondi à plusieurs reprises de plus de 10 %. La hausse de 7 % des indices américains S&P 500 et Nasdaq et de 8 % de l'Euro STOXX 50 par rapport à leurs points bas de la mi-mai marque-t-elle le début d'une reprise durable des marchés boursiers ou n’est-elle que l’un de ces rebonds baissiers du marché qui pourrait bientôt s'essouffler ?

Les conditions financières commencent à s’assouplir aux États-Unis

L'un des principaux freins pour les actions a été le net resserrement des conditions financières aux États-Unis. Cela signifie que le financement est devenu plus difficile et plus coûteux aussi bien pour les entreprises que pour les ménages. Notons que les conditions financières américaines ont finalement commencé à s'assouplir, avec une baisse des rendements obligataires, un resserrement des spreads de crédit et une baisse de la volatilité sur les marchés boursiers. La poursuite de ces tendances devrait être aider les actions.

2. La baisse des spreads de crédit est bénéfique aux actions

La montée des risques s'étend également au marché du crédit

En 2022, les spreads de crédit se sont considérablement élargis, tant pour les obligations d'entreprises investment grade que pour celles à haut rendement. Le crédit high yield est notamment très corrélé à l'orientation du marché boursier. Il convient de noter que les spreads de crédit ont cessé de s'élargir et commencent désormais à se rétrécir, le crédit devenant enfin plus attractif pour les investisseurs obligataires. Il s'agit là d'un signe positif, indiquant que la montée des risques enregistrée sur le marché des actions s'étend à d'autres marchés d'actifs à risque clés, tels que le crédit.

Un niveau de peur extrême est un indicateur à contre-courant

Les périodes où tout le monde a peur et où les fonds actions subissent des sorties de capitaux ont, historiquement, été de bons moments pour investir dans les actions. L'indice du sentiment de CNN/Money pointe,  actuellement, vers un niveau de « peur extrême ». Par le passé, investir lorsque cet indice indiquait une peur extrême a donné lieu à des rendements positifs, comme par exemple après que l’indice ait atteint le niveau de peur extrême en mars 2020.

3. Toujours optimistes à l'égard du pétrole et du gaz et des des actions à dividendes

Le monde hors États-Unis commence à surperformer les États-Unis

Au cours des quatre premiers mois de l'année, les actions américaines et les actions mondiales hors États-Unis (Europe, Japon et marchés émergents) ont connu une évolution globalement similaire, perdant 15 % sur l'année jusqu'à début mai. Mais en mai, le monde hors États-Unis a commencé à bien mieux résister que les actions américaines, qui continuent d'être tirées vers le bas par le biais sur la croissance/technologie de l'indice américain. Les marchés boursiers fortement exposés au pétrole et au gaz, comme le Royaume-Uni et le Brésil, ont été les principaux moteurs de la surperformance du monde hors États-Unis.

Les marchés axés sur les matières premières offrent des rendements élevés

Notons que l'indice MSCI World High Dividend (dividendes inclus) n'a baissé que de 4 % depuis le début de l'année, alors que les actions américaines ont perdu 17 % sur une base similaire, dividendes inclus.

Nous continuons à privilégier les fonds et ETF axés sur les dividendes élevés et les rachats d'actions, tant en Europe (où les rendements sont généralement plus élevés) qu'à l'échelle internationale. Sur le plan régional, les marchés britanniques et brésiliens, riches en matières premières, offrent des rendements plus élevés.

4. L’eau - précieuse dans la conception

Un facteur clé de la croissance de l'alimentation et de l’activité économique

La croissance démographique et le développement économique entraînent une forte augmentation de la demande d'eau. Des milliards de personnes supplémentaires s'attendent à prendre des douches régulières et à consommer plus d’aliments gourmands en eau. Au même moment, le changement climatique et l'évolution des conditions météorologiques rendent la répartition des précipitations moins prévisible. Cela contribue à accroître le stress hydrique au niveau mondial. Il sera nécessaire, pour faire face à ces problèmes, d’effectuer des investissements importants dans les nouvelles technologies et les nouveaux services.

Une approche défensive aux thèmes ESG – Investir

Par rapport aux thèmes ESG plus axés sur la croissance et donc plus volatils, l'eau offre une approche peu volatile et orientée sur la valeur. La plupart des indices liés à l'eau incluent un nombre importants de sociétés de services aux collectivités, qui offrent souvent des rendements en dividendes attrayants et sont moins influencées par le cycle économique. Ces caractéristiques ont permis au thème d'enregistrer une surperformance d’environ 70 % au cours de la dernière décennie.

5. Notre vision sur les actions asiatiques

Chine : assouplissement des restrictions COVID, mesures de relance en vue

  • La Chine s'apprête à assouplir les restrictions COVID à Pékin et à Shanghai, les autorités locales ayant confirmé que l'épidémie était désormais sous contrôle. Cet assouplissement couvre notamment la réouverture des entreprises, des zones commerciales et de la plupart des transports publics, le nombre d'infections étant tombé à son niveau le plus bas depuis début mars. Le gouvernement local de Shanghai a également mis en place des mesures ciblées pour soutenir l'économie affectée par le confinement avec, notamment, le redémarrage de l'activité manufacturière le 1 juin.
  • L'activité dans le secteur manufacturier et le secteur des services en Chine a "rebondi" en mai, mais la reprise reste "tiède". L'indice PMI manufacturier officiel est passé de 47,4 en avril à 49,6, alors que l'indice PMI non manufacturier est passé de 41,9 en avril à 47,8 en mai.
  • Le marché chinois reste volatil en raison des incertitudes politiques actuelles et de la politique zéro COVID de longue date. Des mesures de relance et des preuves plus déterminantes seront nécessaires pour donner suite aux promesses politiques effectuées précédemment. Néanmoins, les signes de ralentissement des cas de coronavirus contribuent à inverser le sentiment négatif.
  •  Les actions asiatiques ont surperformé la plupart des régions, la réouverture de cette région ayant permis d'amortir les incertitudes persistantes entourant le conflit entre l’Ukraine et la Russie, le resserrement de la Fed et les confinements en Chine. Nous restons surpondérés sur Singapour suite à sa réouverture et sur l'Indonésie en raison de son exposition aux matières premières, les deux pays étant toujours en hausse depuis le début de l'année.

6. Focus sur le Brésil

Positionnement positif à l’égard du Brésil en raison de son exposition aux matières premières

Nous avons de bonnes raisons d'être optimistes en termes d'exposition aux actions et aux obligations brésiliennes malgré la volatilité de la devise et les taux d'inflation élevés (12 % à l'heure actuelle).

Premièrement, l'inflation est élevée dans la plupart des pays développés ! Le Brésil n'est donc pas le seul pays dans ce cas. Deuxièmement, les rendements historiques à long terme ont été solides depuis 2001 pour les actions et 2003 pour les obligations souveraines, même lorsqu'elles sont libellées en euros ou en dollars américains. Depuis 2003, les obligations souveraines brésiliennes ont dégagé un rendement total annuel moyen de 9,7 % en dollars américains, grâce aux rendements historiquement élevés offerts par les obligations souveraines brésiliennes en devise forte (USD).  Il est encore possible, à l’heure actuelle, de bénéficier d'un rendement de 5,5 % en dollars américains pour une obligation souveraine brésilienne à 10 ans, soit 2,6 % de plus qu'une obligation équivalente du Trésor américain ou une obligation souveraine chinoise en dollars US.

Les actions brésiliennes se sont également bien comportées, surperformant l'indice MSCI World en monnaie commune depuis 2001. Cette surperformance s'est toutefois manifestée par des poussées concentrées, généralement lorsque les prix des matières premières étaient en phase de marché haussier (1999-2000, 2002-2008, 2016-18, 2020-). Il convient de souligner que la performance des actions brésiliennes a divergé de la performance globale de l'indice MSCI Emerging Market depuis 2021, suite aux écarts de performance entre les valeurs technologiques chinoises et les valeurs minières et énergétiques brésiliennes.

Si nous parvenons à éviter une récession mondiale en 2023, les prix élevés des matières premières (énergie, métaux et denrées alimentaires) laissent
entrevoir une nouvelle hausse pour le marché boursier brésilien. Il convient toutefois de tenir compte de la faiblesse du ratio PER et du rendement du dividende de plus de 8 % soutenu par les énormes flux de trésorerie liés aux matières premières. Oui, la croissance du PIB devrait s'établir dans une fourchette de 1 à 2 % en 2022 et 2023, mais comme l'IPC devrait chuter rapidement au cours des deux prochaines années, cela soutient les obligations souveraines, alors que la demande mondiale de matières premières reste le principal moteur des actions.

7. Allocation sectorielle

En cette période d'incertitude, nous privilégions les secteurs défensifs mais restons couverts contre une inflation élevée.

Le secteur de l'énergie est passé à positif suite à la récente consolidation.

Nous recommandons, en raison des incertitudes persistantes, de rester relativement prudents et bien diversifiés. Les chiffres de l'inflation restent très élevés, les rendements obligataires augmentent et il est difficile de prévoir si, et quand, les banques centrales cesseront de resserrer leur politique monétaire. Les risques semblent toutefois bien mieux valorisés aujourd'hui qu'au début de l'année.

  • L'économie mondiale ralentit et de nombreux investisseurs sont de plus en plus nerveux suite à l'aplatissement/l'inversion de la courbe des taux. Et désormais, la Chine se ralentit également. Nous ne prévoyons pas de récession en 2022, mais nous pensons qu'il faut rester un peu plus défensif à court terme. Notre secteur défensif préféré, la santé, a été le secteur le plus performant en Europe depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie : +10 % (du 24/02 au 25/04) contre +1,4 % pour le Stoxx Europe.
  • D'autres secteurs défensifs du marché, comme les stratégies à dividendes élevés, ont également surperformé.
  • Les secteurs les moins performants depuis le 24/2 sont la distribution, l'automobile, les banques, les voyages et les loisirs, etc.

La sécurité énergétique est devenue un problème majeur en Europe, souvent critiquée pour avoir "financé la guerre en Ukraine". L'Europe recherche des alternatives au pétrole et au gaz russe. Il s’agit là d’un autre facteur favorable pour les sociétés pétrolières et gazières occidentales. Le secteur est très bon marché, il a publié d'excellents résultats et génère d'énormes flux de trésorerie, ce qui permet de nouveaux investissements, des dividendes élevés et des rachats d'actions. Nous passons le secteur de l'énergie à positif.

  • Cette année, nous avons fortement préconisé la couverture des portefeuilles contre l'inflation dont les principaux bénéficiaires ont été : les matières premières, l'immobilier européen, mais aussi certains sociétés immobilières américaines et certaines financières (notre préférence va désormais aux assureurs et aux financières diversifiées).
  •  Les révisions de bénéfices soutiennent également ces secteurs.
  • Les sociétés disposant d'un pouvoir de fixation des prix ont également publié des performances nettement supérieures et devraient occuper une place plus importante dans tout portefeuille.
  •  A court terme, nous nous montrons prudents à l'égard des secteurs exposés à la Chine (industrie, matériaux, certains domaines de consommation discrétionnaire) en raison du ralentissement économique enregistré par le pays.