Focus secteurs
#Articles — 16.06.2020

Focus Secteurs

Alain Gerard, Senior Investment Advisor, Equities

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EN UN MOT :

·       Les nouvelles se sont améliorées tant du côté de la pandémie que du côté de la reprise économique. Les indicateurs avancés sont en en nette progression et une certaine normalisation prend place en Chine. Il pourrait assez vite en aller de même en Europe. Le déconfinement et la confiance retrouvée par de nombreux acteurs économiques ont continué à alimenter la hausse des marchés et favorisent un repositionnement vers davantage de cyclicité et vers les secteurs en retard/ le style ‘Valeur’.

·       Dans notre allocation sectorielle, nous conseillons de revenir vers les actions cycliques/ de valeur en prenant quelques profits sur les défensives de croissance relativement fort chères : nous rehaussons le secteur des matériaux de = à + et les industrielles de – à =. Nous apprécions également toujours les assureurs au niveau mondial (+) car trop bon marché ainsi que l'énergie (européenne en particulier) et certains segments technologiques (5G, AI, Europe).

·       Inversement, le secteur pharmaceutique baisse de + à = (les soins de santé restent toutefois en positifs) et les produits de consommation courante repassent de = à – à la suite de  leur rebond récent.

·       La visibilité est relativement faible au sein de certains secteurs cycliques qui montrent une grande volatilité. Ceci nous incite à maintenir une certaine prudence par exemple pour les banques et les industrielles (opinions neutres; la sélectivité y reste de mise). 

L’embellie économique nous invite à revenir vers les actions cycliques et de ‘valeur’. Mais nous recommandons de s'en tenir aux entreprises les plus solides car elles sont plus à même de survivre à la crise. Ce mois de juin:

·        Nous rehaussons

o   les matériaux de neutre à positif

o   les industrielles de négatif à neutre

·        Inversement, nous baissons

o   la pharmacie de positif à neutre

o   les biens de consommation de base de neutre à négatif.

Explications:

Ces changements de recommandation s’inscrivent dans le cadre de la rotation sectorielle que nous suggérons en ce moment : privilégier les titres de valeur et cycliques de qualité en réduisant si nécessaire et/ ou en prenant quelques profits sur les valeurs défensives et de croissance. Les secteurs cycliques et de valeur sont fort à la traîne cette année. 

1.      Matériaux de neutre à positif : ce secteur nous semble idéal pour jouer notre repositionnement vers les valeurs cycliques de qualité. On y observe en effet une grande discipline dans la gestion des bilans et des investissements ces dernières années. Ceux-ci sont en général solides et, en comparaison avec d’autres secteurs cycliques, les cash flows et les dividendes semblent relativement mieux assurés. Même si le secteur s’est déjà bien redressé tout comme le reste des marchés d’actions, nous pensons qu’il y a encore du potentiel. Les indicateurs économiques devraient continuer leur embellie et ce secteur y est fort corrélé, de même qu’avec la Chine, très gros importateur de matières premières et autres matériaux de base.  La reprise économique y est très claire là-bas et est sans doute le prélude à ce qui va se passer en Europe et en Amérique du Nord. Les plans de relance publics gigantesques devraient aussi directement et indirectement soutenir les matériaux (nécessaires à la construction, au logement, verre et acier pour l’automobile, etc). Enfin, avec le retour du goût du risque sur les marchés financiers et le dollar ayant entamé un mouvement de baisse (il semble moins nécessaire de privilégier cette devise ‘refuge’), les matières premières devraient continuer à remonter et aussi le secteur des matériaux.

 

2.      Industrielles de négatif à neutre : la crise sanitaire semble assez bien sous contrôle dans le monde occidental, même si en ce moment, quelques doutes sont réapparus quant à un déconfinement qui s’est sans doute fait  un peu trop rapidement dans certains états américains. Néanmoins, les indicateurs de tendance avancés sont en nette amélioration et les industrielles y sont bien sûr corrélées. Nous pensons que cette forte reprise devrait soutenir le secteur. L’expérience de la Chine a montré que la plupart des industries peuvent repartir assez rapidement et nous pensons qu’il en ira de même pour l’Europe et les Etats-Unis. Nous recommandons toutefois la sélectivité pour ce secteur car la visibilité reste faible et le risque élevé pour de nombreux segments, en particulier l’aéronautique. Il vaut mieux aussi rester sur les sociétés les plus solides car de nombreuses restructurations, recapitalisations, voire des faillites y sont attendues. C’est pour cela que notre hausse de recommandation se limite à neutre. Parmi les industrielles au sens large, il nous semble que l’automobile est trop décotée en ce moment (à noter que strictu senso, cette industrie est reprise dans les indices MSCI consommation discrétionnaire). On y trouve de belles opportunités d’achat sur repli (attention toutefois à sa très grande volatilité en ce moment).

 

3.      Les pharmaceutiques passent de positif à neutre : il s’agit ici d’un call tactique. Notre préférence à court terme va aux cycliques qui devraient surperformer dans notre scénario d’embellie économique accélérée. Certaines pharmaceutiques ont atteint des nouveaux plus hauts durant les mois d’avril- mai vu leurs bons fondamentaux et vu la nécessité de soutenir le secteur pour endiguer la crise sanitaire et pouvoir réagir plus rapidement lors de l’apparition de nouvelles maladies. Mais une pause est nécessaire pour les pharmaceutiques même si nous considérons qu’elles ont encore du potentiel à moyen-long terme et qu’elles ne sont pas vraiment chères (ratio cours/ bénéfices 2021 : environ 16x pour l’Europe et 14x pour les US). D’où notre maintien du secteur des soins de santé en général à positif. En outre, le potentiel semble encore plus grand pour toute une série de biotechs, medtechs (avec une normalisation de leur business suite au déconfinement) et autres ‘innovateurs technologiques de la santé’.

4.      Le secteur des biens de consommations de base retombe de neutre à négatif : il avait aussi chuté lors de la dislocation générale du marché des actions en mars, alors que certains segments (en particulier les magasins d’alimentation, mais aussi les produits d'entretien et de soins personnels, les aliments ‘sains’, les snacks, etc. – cf. notre thématique ‘Rester à la maison’) se comporteraient très bien lors de la crise sanitaire. Il y avait moins de raisons de rester négatif.  Suite à son rebond avec le reste du marché et suite à la fin des « lockdowns », le secteur est de nouveau bien valorisé (ratios cours/ bénéfices aux environs de 18) et devrait sous-performer dans le contexte de reprise économique actuel. 

 

Recommandations actuelles :

Secteurs en positifs :

·        Matériaux (de = à +) : voir ci-dessus

·        Soins de santé, surtout la med-tech, les biotechs et autres technologiques de la santé en favorisant plutôt les petites et moyennes sociétés prometteuses : voir ci-dessus, notamment la baisse de recommandation de + à = pour la pharma.

·        Energie : le secteur reste bon marché malgré la remontée récente, surtout les majors pétrolières européennes (+) d’autant que nous nous attendons à une poursuite de la remontée des prix du pétrole d’ici fin 2020 vers une fourchette de 45 à 55 USD. Peu de mesures ont été prises pour soutenir l'industrie pétrolière et gazière américaine suite au double cygne noir de ce début d’année (Covid-19 & tensions politiques entre la Russie et l'Arabie Saoudite menant à un effondrement des cours du pétrole). Dès lors, de nombreux derricks et plateformes ont arrêté leur production, réduisant l’offre de manière accélérée. L’industrie du pétrole et du gaz de schiste souffre particulièrement avec par exemple la société américaine Chesapeake qui va sans doute voler en faillite.

Inversement, la demande se reprend rapidement avec le déconfinement et la reprise des activités économiques. Dès lors, le pétrole est vite remonté à 40 USD début juin avant de consolider. Même si de nombreux défis persistent – surtout la transition écologique – nous pensons que les nombreuses restructurations en cours soutiendront le secteur. Il faut bien entendu être plus sélectif maintenant après la remontée des cours de nombreuses actions. Notre préférence va toujours aux acteurs les plus solides du secteur vu le contexte. Les Major pétrolières européennes (+) sont peu exposées au pétrole et gaz de schiste et ont des bilans plus solides.

Secteurs en neutres :

·        Financières : Début mars, nous sommes devenus plus prudents en général sur les financières (=) en raison de la crise économique à venir. Alors que, comme expliqué, les banques américaines devront faire face à des faillites dans le secteur de l'énergie (cf. Chesapeake, faillite attendue aux Etats-Unis) et dans d'autres secteurs, de nombreux consommateurs ne seront pas non plus capables de rembourser leurs prêts ni leurs cartes de crédit. De manière générale, les taux d’intérêt restent fort bas.

Nous souhaiterions avant de redevenir plus positifs sur les bancaires de voir une reprise économique plus affirmée menant à une reprise de l’inflation et à la hausse des rendements et des taux d’intérêt, ce qui serait un contexte beaucoup plus favorable pour le secteur bancaire.

De leur côté, les banques européennes (=) souffrent également de la décision de la BCE de ne pas autoriser le payement des dividendes au printemps (cf. notre ‘Flash Strategy’ concernant nos attentes générales quant aux paiements des dividendes). Et il y a maintenant des discussions en cours au comité risque de la BCE pour refuser tout payement en 2020! Bien que cette situation est probablement temporaire, les banques européennes viennent de perdre un de leurs principaux attraits. La visibilité sur les dividendes s'est détériorée et certaines banques pourraient en effet être tentées de "réinitialiser" structurellement leurs dividendes à un niveau inférieur. Enfin, les événements à Hong Kong et le Brexit rendent les britanniques peu attrayantes.

Dès lors, nous recommandons toujours la sélectivité en favorisant les bancaires les plus solides aux Etats-Unis et dans le cœur de la zone euro

 

Parmi les financières, nous préférons le secteur de l'assurance (+) qui, au plus bas des marchés cette année, chutait de -40 % - beaucoup trop, selon nous - avant que de nombreuses entreprises et analystes ne confirment la solidité du secteur. La solvabilité a dans certains cas doublé (d'environ 100 % à 200 %) au cours des 12 dernières années ! Les ratios C/B 2021 en Europe sont maintenant d'environ 8x pour l’assurance contre 15x pour le marché et aux Etats-Unis, c’est 10x contre 19x. Les rendements des dividendes en Europe y semblent relativement sûrs à environ 6 % (bien que de nombreux dividendes ne seront sans doute payés qu'à la fin de l'année).

Il y a bien certains doutes quant à des dédommagements possibles de businesses affectés par la crise. Mais nous pensons que ces réclamations ne devraient pas gruger significativement les profits des assureurs et certainement pas leurs bilans solides. En outre, ces litiges pourraient prendre des années avant d’être réglés. Par contre, de nouvelles opportunités sont apparues de rehausser les prix vu les nouveaux risques encourus. Ou carrément de développer des nouvelles assurances ‘covid’ ou ‘pandémie’.

·        Industrielles (de – à =) : voir ci-dessus

·        Technologie : nous continuons d’y privilégier l'Europe (+) ainsi que les thèmes de la 5G et de l’Intelligence Artificielle (IA): Les technologiques européennes sont toujours anormalement décotées par rapport aux américaines. D’autant que certains débats et litiges réapparaissent régulièrement aux Etats-Unis quant à la toute puissance et à l’attitude peu sociale de certaines ‘Tech Giants’. Davantage de contrôle et de régulation pourraient apparaître dans les années qui viennent afin de contrer les abus et de permettre une concurrence plus saine.

Par ailleurs, le confinement a montré certains bienfaits du télétravail et a aussi entraîné un développement accéléré des loisirs et des achats sur le web. Mais tout ceci nécessite de meilleures connexions à l'internet et de nombreux autres développements informatiques. En outre, dans le cadre des traitements des nouvelles maladies, les recherches médicale et pharmaceutique nécessitent des capacités d’échanges et de traitements de données beaucoup plus puissants et plus rapides. C’est un autre facteur de soutien pour ces technologies.

·        Le secteur de la consommation discrétionnaire (avis neutre) souffre également mais l'impact des crises actuelles sur la consommation finale reste difficile à estimer. Comme mentionné à plusieurs reprises, il s'agit d'un secteur très disparate. Il offre aussi plusieurs "grands gagnants" des nouvelles tendances de la consommation. À court terme, nous continuons de recommander la prudence sur les titres liés aux loisirs traditionnels (restaurants, cinémas, parcs à thème, etc.) et au voyage en général. Nous préférons en ce moment le sous-secteur de l’automobile, trop décoté, alors que le secteur de l’e-commerce devrait quelque peu consolider après les belles performances récentes. De manière générale, il faut être sélectif et nous privilégions une approche plus thématique pour ce secteur.

·       De même, pour les services de communication, les services aux collectivités et pour l’immobilier (recommandations globalement neutres), nous recommandons la sélectivité et/ ou une approche thématique.

 

Secteur en négatif

Biens de consommation de base (de = à -)

Retrouvez toutes les annexes dans le PDF ci-dessous.

Mais 2019 avait moins bien commencé, du moins en relatif. C’était dû notamment à des prises de bénéfices et aux débats au Congrès américain sur comment baisser les coûts des soins de santé, très chers aux Etats-Unis. Toutefois, la probabilité de réformes profondes semble toujours faible. En outre, les porte-drapeaux de ces réformes potentielles que sont M. Sanders et Mme Warren ont baissé dans les sondages de l’élection présidentielle américaine et/ ou ont allégé leurs programmes en la matière. Dès lors, le secteur se reprend fortement depuis quelques mois.Soins de santé

Le secteur des soins de santé a surperformé presque tous les ans au cours des 9 dernières années. Son caractère défensif et sa profitabilité suscitent toujours l’intérêt des investisseurs.

Mais 2019 avait moins bien commencé, du moins en relatif. C’était dû notamment à des prises de bénéfices et aux débats au Congrès américain sur comment baisser les coûts des soins de santé, très chers aux Etats-Unis. Toutefois, la probabilité de réformes profondes semble toujours faible. En outre, les porte-drapeaux de ces réformes potentielles que sont M. Sanders et Mme Warren ont baissé dans les sondages de l’élection présidentielle américaine et/ ou ont allégé leurs programmes en la matière. Dès lors, le secteur se reprend fortement depuis quelques mois.

La demande en matière de santé devrait rester forte à long terme (vieillissement de la population) et le secteur est encore très innovant. Par exemple, les recherches en immuno-oncologie semblent prometteuses. Enfin, les fusions et acquisitions se sont intensifiées. Le secteur dispose en outre de beaucoup de cash (rachats d’actions) et est peu endetté.

Les valorisations sont peu exigeantes. Le ratio cours/bénéfice moyen attendu pour 2020 du secteur pharmaceutique est de 16,7 en Europe et même moins aux Etats-Unis (15,4x). Les derniers résultats financiers furent bien meilleurs qu’attendus pour une grande majorité des entreprises du secteur et la croissance des bénéfices s’accélère à nouveau.

Parmi les valeurs défensives, l'industrie des Soins de santé reste notre favorite. Vu les fortes différences entre entreprises et les spécificités intrinsèques (fusions-acquisitions, pipeline,...), le stock picking semble plus approprié pour jouer ce secteur.

La demande en matière de santé devrait rester forte à long terme (vieillissement de la population) et le secteur est encore très innovant. Par exemple, les recherches en immuno-oncologie semblent prometteuses. Enfin, les fusions et acquisitions se sont intensifiées. Le secteur dispose en outre de beaucoup de cash (rachats d’actions) et est peu endetté.

Les valorisations sont peu exigeantes. Le ratio cours/bénéfice moyen attendu pour 2020 du secteur pharmaceutique est de 16,7 en Europe et même moins aux Etats-Unis (15,4x). Les derniers résultats financiers furent bien meilleurs qu’attendus pour une grande majorité des entreprises du secteur et la croissance des bénéfices s’accélère à nouveau.

Parmi les valeurs défensives, l'industrie des Soins de santé reste notre favorite. Vu les fortes différences entre entreprises et les spécificités intrinsèques (fusions-acquisitions, pipeline,...), le stock picking semble plus approprié pour jouer ce secteur.

 

Soins de santé

Le secteur des soins de santé a surperformé presque tous les ans au cours des 9 dernières années. Son caractère défensif et sa profitabilité suscitent toujours l’intérêt des investisseurs.

Mais 2019 avait moins bien commencé, du moins en relatif. C’était dû notamment à des prises de bénéfices et aux débats au Congrès américain sur comment baisser les coûts des soins de santé, très chers aux Etats-Unis. Toutefois, la probabilité de réformes profondes semble toujours faible. En outre, les porte-drapeaux de ces réformes potentielles que sont M. Sanders et Mme Warren ont baissé dans les sondages de l’élection présidentielle américaine et/ ou ont allégé leurs programmes en la matière. Dès lors, le secteur se reprend fortement depuis quelques mois.

La demande en matière de santé devrait rester forte à long terme (vieillissement de la population) et le secteur est encore très innovant. Par exemple, les recherches en immuno-oncologie semblent prometteuses. Enfin, les fusions et acquisitions se sont intensifiées. Le secteur dispose en outre de beaucoup de cash (rachats d’actions) et est peu endetté.

Les valorisations sont peu exigeantes. Le ratio cours/bénéfice moyen attendu pour 2020 du secteur pharmaceutique est de 16,7 en Europe et même moins aux Etats-Unis (15,4x). Les derniers résultats financiers furent bien meilleurs qu’attendus pour une grande majorité des entreprises du secteur et la croissance des bénéfices s’accélère à nouveau.

Parmi les valeurs défensives, l'industrie des Soins de santé reste notre favorite. Vu les fortes différences entre entreprises et les spécificités intrinsèques (fusions-acquisitions, pipeline,...), le stock picking semble plus approprié pour jouer ce secteur.