Pour une stratégie « barbell » en actions
#Articles — 22.09.2020

Pour une stratégie « barbell » en actions

Xavier Timmermans Senior Investment Strategist, PRB

Après deux jours de rebond lundi et mardi, les valeurs technologiques ont à nouveau chuté entraînant à la baisse le S&P 500 et le Nasdaq 100.

Investment theme 7 | BNP PARIBAS WEALTH MANAGEMENT

Ces indices ont perdu respectivement 0,6% et 1,4% sur la semaine. Toutefois, l’indice Russell 2000 des petites capitalisations américaines a gagné 2,2% et le Stoxx Europe 600 0,2%. On a donc assisté à une certaine rotation, va-t-elle se poursuivre ?

Le marché attendait trop de la Fed

Mercredi, le message du président de la Fed, Jerome Powell, n’a été que moyennement bien reçu. D’un côté, il a clairement fait savoir que les taux devraient rester proches de zéro jusqu’en 2023, ce qui aurait dû être favorable aux actions mais de l’autre, il a dit que la reprise économique était encore trop faible et qu’elle avait besoin de stimuli budgétaires supplémentaires. Comme les négociations entre Démocrates et Républicains semblent dans une impasse, les acteurs du marché ont mal réagi.

 

Jerome Powell témoignera devant le Congrès de mardi à jeudi pour discuter des efforts pour combattre les effets de la pandémie.

 

Agitation hors du commun

La journée de vendredi a été particulièrement agitée car c’était l’échéance trimestrielle des options et futures sur indices et valeurs individuelles (les ‘quatre sorcières’). Environ 14 milliards de dollars d’actions ont été échangées soit presque 40% de plus que la moyenne des 3 derniers mois. Le S&P 500 a cédé presque 2% avant de réduire ses pertes de moitié en clôture. Ces échéances étaient très attendues étant donné les gigantesques encours d’options sur les valeurs vedettes de la crise du Covid-19.

 

Du point de vue de l’analyse graphique, le Nasdaq 100 et le S&P 500 ont clôturé sous leurs moyennes mobiles à 50 jours, ce qui laisse présager de nouvelles baisses. L’indice des plus petites sociétés, le Russell 2000 a également baissé, mais moins et est resté au-dessus de sa moyenne à 50 jours. Il en est de même pour le S&P 500 Value.  La baisse est surtout le fait de très grosses valeurs des secteurs technologiques, e-commerce et services de communication qui s’étaient le plus appréciées ces derniers mois.

 

Quelques jours ne font pas une tendance mais le phénomène vaut la peine d’être suivi. S’il se confirme, ce sera assez encourageant pour la continuation de la tendance haussière des actions. Le fait que les marchés asiatiques restent relativement plus sereins est également un bon signe.

 

Jusqu’où ira la baisse des FAANG ?

Les actions FAANG (Facebook, Apple, Amazon, Netflix, Google) ont malheureusement, atteint des niveaux de valorisations tellement élevés que leur recul de 17% par rapport à leur plus haut de début septembre les laisse encore avec des valorisations difficiles à justifier.

 

La question se pose même pour Apple, la plus solide des FAANG. Une action peut avoir un P/E (ratio cours/bénéfices) élevé si on attend des bénéfices futurs en forte croissance. Mais la gigantesque taille d’Apple rend difficile si pas impossible de maintenir la croissance bénéficiaire qu’elle a connue dans le passé. En d’autres mots son PEG ratio (Price Earnings Growth) semble désormais trop élevé.  

 

Il serait donc logique que la correction des FAANG et de quelques autres valeurs ayant connu des ascensions hyperboliques se prolonge. Le fait qu’elles soient leader dans leurs marchés respectifs leur donne cependant un avantage qui pourrait peut-être limiter la casse.  Mais à quels niveaux, c’est difficile à déterminer.  Si la correction s’arrête au niveau de leur moyenne mobile à 200 jours, techniquement parlant, on sera toujours en tendance haussière.

 

Ce n’est pas la fin des valeurs de croissance

Les taux d’intérêt bas favorisent les valeurs de croissance car la valeur actuelle des bénéfices futurs est élevée du fait de l’utilisation de taux d’actualisation très bas. Nous sommes en outre en pleine révolution technologique, ce qui ouvre des potentiels insoupçonnés.

 

En conclusion, mieux vaut se tourner vers des valeurs de croissance moins gigantesques et moins connues. Ce ne sont pas les opportunités qui manquent dans des secteurs d’avenir comme la transition énergétique, les biotechnologies, la sécurité informatique, etc.  Les technologiques asiatiques sont aussi moins chères que les américaines.

 

Si l’ensemble du complexe technologique est entraîné à la baisse, cela donnera d’intéressantes opportunités.

 

Une approche « Barbell »

Une stratégie « barbell » (haltères en anglais) désigne une stratégie qui privilégie deux extrêmes (les poids à chaque extrémité des haltères), par exemple combiner des obligations très courtes et très longues. Ici notre recommandation est de combiner des valeurs de croissance avec des valeurs cycliques plus traditionnelles qui ont été délaissées malgré leur qualité.

 

Les arguments en faveur de ces dernières se renforcent avec notamment l’accélération de la croissance en Chine. Vendredi en cours de séance, les prix du cuivre ont atteint 6850 dollars la tonne, leur plus haut niveau en deux ans du fait de la forte demande de ce pays, le plus grand consommateur de cuivre au monde. La semaine passée, les prix du pétrole brut sont quelque peu remontés, la demande n’étant pas aussi basse que certains le craignaient.

 

C’est pourquoi la rotation sectorielle observée ces derniers jours est intéressante à suivre.