Bourses : entrée dans une nouvelle phase de doutes
#Articles — 15.05.2020

Bourses : entrée dans une nouvelle phase de doutes

Roger KELLER Chief Investment Officer

Covid-19 : Mise à jour

Après une récupération de plus de la moitié des pertes subies depuis les niveaux records de février, les bourses sont entrées depuis le début du mois dans une phase de doutes. Nous recommandons de capitaliser sur une hausse attendue de la volatilité pour accumuler de nouvelles positions. Nos marchés préférés restent les Etats-Unis devant les émergents. Dans ces derniers, nous avons récemment adopté une opinion positive envers la Chine et Taiwan.

Avril : meilleur mois depuis 2009

Entre le 20 février et le 23 mars, les marchés actions ont chuté de 34%. C’est la dégringolade dans un bear market la plus rapide jamais observée. Elle a été suivie par une récupération de plus de la moitié des pertes dans un laps de temps également très court, permettant au mois d’avril d’enregistrer les plus forts gains mensuels depuis 2009.

Ce rebond présente des caractéristiques qui laissent penser qu’il ne s’agit que d’un rallye dans un marché baissier. Par exemple, la proportion de titres alimentant la hausse s’est révélée décevante, les volumes ont été relativement faibles et en baisse graduelle et, surtout, il n’y a pas eu de nouveau leadership. Par ailleurs, l’observation du comportement des marchés sur les 70 dernières années montre qu’à une exception près, un bear market est suivi d’un mouvement de hausse assez abrupt avant qu’il ne laisse la place à une nouvelle phase de baisse qui voit les cours revisiter les plus bas. Ce scénario est tout à fait plausible dans les circonstances actuelles.

Il y a cependant aussi une autre possibilité. Les autorités monétaires et les autorités élues se sont mobilisées comme elles ne l’ont jamais fait auparavant et affichent une volonté ferme de vouloir faire tout ce qui sera nécessaire pour contrebalancer les dégâts occasionnés par l’irruption du coronavirus et les mesures de confinement qu’il a nécessité. Rien que les mesures fiscales discrétionnaires pèsent plus de 6% du PIB mondial ! Nous ne pouvons dès lors pas exclure qu’un test des plus bas puisse être évité.

Mai : retour des doutes

Les 15 derniers jours ont vu les bourses infléchir leur trajectoire. Depuis l’entrée dans le mois de mai les cours reflètent un changement d’état d’esprit. Après les espoirs alimentés par la forte mobilisation des autorités et les perspectives de relâchement des mesures de confinement, diverses craintes surgissent. La première d’entre elles concerne bien sûr le risque d’une deuxième attaque du virus, due à une trop grande précipitation à vouloir un retour à la normale.

Une autre raison importante pour la résurgence de l’aversion au risque est le déclin des espoirs d’une reprise en « V ». La réalisation qu’un réel retour à la normale ne pourra se faire qu’avec la vaccination des populations est désormais largement répandue. Entretemps, la distanciation sociale restera de rigueur. De plus, les consommateurs resteront durablement prudents et les entreprises vont devoir réviser leurs plans d’investissement suite aux dégâts subis au niveau de l’évolution de leurs affaires et profits. Sans surprise, plus de 40% des entreprises du S&P500 ont décidé de ne plus fournir d’indications quant à leurs attentes pour les prochains trimestres. Si les résultats du premier trimestre ont été très mauvais, ils seront pires au deuxième trimestre. Les statistiques macroéconomiques prendront la même direction. Il faut aussi s’attendre à une multiplication des défauts et des faillites.

S’ajoutent à cette liste de facteurs déprimants la résurgence des tensions entre les Etats-Unis et la Chine et la cherté des bourses.

Une stratégie d’accumulation

Le propre des bourses est que pour progresser elles ont besoin de grimper ce que l’on appelle le « mur de la peur » (wall of worry). Au gré de l’éloignement des craintes et incertitudes elles prennent classiquement une orientation haussière. Par ailleurs, une grande partie des facteurs négatifs évoqués ci-dessus sont déjà bien ancrés dans les esprits des investisseurs. Autrement dit, le risque de surprises négatives et de déceptions est amoindri.

D’ici la fin de l’année, les bourses devraient avoir l’occasion de grimper ce « mur de la peur ». Elles devraient pouvoir entrer dans 2021 en ayant atteint d’ici là de nouveaux points hauts. En raison de valorisations élevées, les marchés actions devraient cependant rester en-dessous des moyennes mobiles à 200 jours, soit à des niveaux pas significativement au-dessus des niveaux actuels. A plus court terme, la poursuite de la détérioration de la conjoncture et des profits engendrera une hausse de la volatilité. Nous recommandons de profiter de cette période pour accumuler à bon compte des titres. Pour déterminer les points d’entrée, l’analyse du flux de nouvelles et l’utilisation de l’analyse technique devraient nous aider à jauger l’ampleur probable des replis de cours et par conséquent les niveaux idéaux d’achat.

Nos marchés préférés demeurent les Etats-Unis devant les marchés émergents. Dans ces derniers, nous avons récemment ajouté la Chine et Taïwan à la Corée du sud, l’Inde et Singapour dans la liste des favoris. Viennent ensuite les actions de la zone euro et du Royaume-Uni.