COVID-19 : MISE A JOUR DU 23 MARS
#Articles — 23.03.2020

COVID 19 : MISE A JOUR DU 23 MARS

Florent Bronès, Chief Investment Officer

Lundi 23 mars est une nouvelle journée de tension sur les marchés financiers. Les bourses asiatiques terminent en forte baisse, sauf le Japon (Nikkei +2%).

BNP Paribas Wealth Management

Le marché européen ouvre à -4%, les futures américains ont été brièvement suspendus « limit down » et traitent au moment de la rédaction à -3,5%.

LE POINT SUR LA PANDEMIE DE COVID-19

On constate peu de changements par rapport à ces derniers jours ; le nombre de nouveaux cas diminue en Asie, notamment en Chine et en Corée. Il continue de progresser en Europe, mais à une vitesse plus limitée. On surveillera particulièrement l’Italie où le nombre de nouvelles infections a diminué hier. Mais surtout, cette semaine, on pourrait voir le pic de l’épidémie se confirmer dans ce pays. Cela signifierait que les mesures dures de confinement, en place en Italie depuis deux semaines, sont efficaces et cela serait un modèle pour les autres pays européens. L’Espagne a pris des mesures de confinement quelques jours après l’Italie, puis la France, et ainsi de suite.

Deux inquiétudes émergent ; d’une part, quelques centaines de nouveaux cas importés en Asie (d’Europe ou des Etats-Unis) sont apparus et donnent lieu à des quarantaines. L’inquiétude serait de voir de nouveaux clusters émerger. D’autre part, aux Etats_Unis, l’accélération du nombre de nouvelles infections est particulièrement forte. Hors, compte tenu de l’absence de mesures dures de confinement jusqu’à ces derniers jours, il est à craindre que la situation se détériore vite et fort dans ce pays. Le Royaume-Uni est dans une situation intermédiaire entre Europe continentale et Etats-Unis.

IMPACT ECONOMIQUE DE LA PANDEMIE, IMPACT  DES POLITIQUES ECONOMIQUES

Toutes les données fréquentes montrent un effondrement de l’activité économique lié aux mesures de confinement. Des secteurs entiers d’activité s’arrêtent. L’impact sera très fort dès le mois de mars en Europe et au second trimestre aux Etats-Unis.

Les économistes de BNP Paribas viennent de publier un chiffrage complet résumé ici en quelques chiffres. Pour l’année 2020, la zone euro aurait une contraction d’activité de -4,3%, les Etats-Unis de -0,7%. L’économie mondiale n’aurait qu’une croissance de +0,5% sur l’année. Ces chiffres montrent un impact annuel de 4 à 5% de diminution des PNB en 2020. Puis en 2021, un rebond très fort serait constaté du même ordre de croissance que durant la récession. Le moment précis du rebond dépend de chaque pays.

 L’exemple chinois est intéressant. La contraction majeure d’activité a eu lieu au premier trimestre (nous n’avons pas encore de chiffre complet) : dès le mois de mars, avec la fin partielle du confinement, l’activité redémarre. Les données de hautes fréquences montrent que la Chine a regagné 70% environ d’activité par rapport à janvier. La banque centrale vient de communiquer ce week-end sur son anticipation d’un retour à la croissance potentielle « rapidement ».

Face à cet effondrement de l’activité en Europe et aux Etats-Unis, chaque jour, des mesures de relance monétaires et fiscales sont annoncées. La Fed a annoncé reprendre tous les outils de la crise de 2008/2009 ; elle attend un vote formel du Congrès, notamment pour reprendre ses achats d’obligations « municipals » et d’entreprises (bien notées). Elle est déjà intervenue massivement en injectant des liquidités et avec des accords de swap avec des banques centrales étrangères. Elle cherche à réduire le stress sur le marché monétaire américain où la liquidité n’est pas aussi abondante qu’en temps normal. La demande de dollar est extraordinairement forte, y compris au niveau international.

Par contre, le Congrès américain n’a pas encore voté le plan de relance proposé par l’administration Trump. Des désaccords entre Républicains et Démocrates bloquent le processus.

Les autres nouvelles viennent d’Allemagne où un plan massif de relance budgétaire de 350 milliards d’Euros (soit 10% du PNB) est en discussion au Parlement. Il a de fortes chances d’être voté rapidement car il y a consensus au sein de la classe politique pour agir vite et fort en oubliant durant cette crise les règles d’équilibre budgétaire.

Toutes les banques centrales agissent massivement pour limiter les tensions sur la liquidité. La liquidité peut être un problème pour les marchés, mais aussi pour les entreprises et les particuliers. Au-delà de la liquidité se poseront des questions de solvabilité pour les entreprises ou les particuliers. C’est le risque de crédit qui est un risque essentiel durant les récessions. Tous les gouvernements et les banques centrales sont parfaitement au courant de ce risque majeur, et le gèrent dès aujourd’hui.

SUR LES MARCHES FINANCIERS, LA VOLATILITE DEMEURE ELEVEE

Sur tous les actifs financiers, les niveaux de volatilité sont revenus aux niveaux de la crise de 2008/2009. On se focalise souvent sur les actions et sur le crédit, mais la tension est générale.

Aujourd’hui encore, les prix du pétrole s’enfoncent vers de nouveaux plus bas pour ce cycle économique. (22,5$ pour le WTI, 25,7$ pour le Brent), la probabilité d’un accord entre l’OPEP, la Russie voire les Etats-Unis est jugée faible. La baisse des prix du pétrole renforce les tensions à court terme sur le crédit, mais est un facteur de relance des économies pour le plus long terme.

A court terme, cette volatilité va rester élevée tant que deux conditions ne seront pas réunies. D’une part, le pic de la pandémie doit être atteint, au minimum en termes de rythme de nouvelles infections. Cela pourrait être le cas cette semaine en Italie, mais ce pic est encore loin aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, pays en décalage par rapport à l’Europe continentale. Les marchés financiers ne peuvent pas anticiper ce pic de l’épidémie tant le sujet sanitaire est important.

D’autre part, les nouvelles vont continuer d’être mauvaises sur les plans sanitaire et économique, et, à un certain moment, les marchés financiers cesseront de réagir négativement. Avant le rebond des bourses et du crédit, on aura probablement une période de flottement, d’hésitation, durant laquelle les bourses ne baisseront plus.

Dans une optique à moyen/long terme, il faudra profiter de cette phase pour accumuler de nouveau des titres, en se focalisant sur la solidité des entreprises, critère devenu primordial. Nous maintenons donc le profil en U que nous attendons sur les économies, les taux et les bourses. Les niveaux de valorisation des actifs risqués sont attractifs aujourd’hui, mais la valorisation ne donne pas le timing du rebond.