Perspectives mensuelles sur les devises
#Articles — 10.03.2021

Perspectives mensuelles sur les devises

Guy Ertz, Chief Investment Advisor

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Résumé

1.      La baisse des taux d'infection, la hausse des prix du pétrole et les mesures en vue d’une sortie des confinements ont marqué le mois de février. Les campagnes de vaccination se sont accélérées et de nouveaux vaccins génèrent de l’optimisme. La consommation devrait fortement rebondir au cours des prochains trimestres.

2.      Le plan de relance de 1,9Bn $ aux États-Unis devrait bientôt arriver. Le dollar a bénéficié des attentes croissantes d’une hausse des taux directeurs de la Fed avant 2023 et de la hausse des taux. Les gains devraient toutefois être limités. Nous avions prévu une consolidation de l'EURUSD autour de 1,20 à court terme et ce niveau a été franchi. Cela devrait être temporaire. Notre objectif à 12 mois reste à 1,25.

3.      Les variantes de la covid-19 restent la principale source de risque à court terme : le marché était plutôt positif en février. Les monnaies refuges comme le CHF et le JPY se sont dépréciées.

4.      Les monnaies scandinaves divergent: la SEK devrait se stabiliser autour des niveaux actuels tandis que la NOK peut encore progresser. La Norvège pourrait hausser ses taux directeurs, ce qui n’est pas attendu en Suède.

5.      Les indicateurs économiques chinois suggèrent une croissance légèrement plus lente. Les devises liées aux matières premières reculent après un mois de février très fort. Nous prévoyons toujours qu'elles s'apprécieront cette année.

Vision sur l’USD >> Objectif 12m vs EUR: 1.25

Un retour d’une faiblesse généralisée du dollar

En février, les investisseurs sont devenus beaucoup plus optimistes sur les perspectives de reprise économique, ainsi que sur un éventuel retour de l'inflation. Ce changement est lié à des données économiques meilleures que prévu, à la poursuite du déploiement des vaccins, ainsi qu’aux nouvelles positives concernant le plan de relance de 1,9Bn $. Néanmoins, la Fed devrait maintenir les taux à court terme bas pendant longtemps et cela devrait être un facteur négatif pour le dollar. En effet, nous continuons de penser que le Fed maintiendra les taux directeurs inchangés jusqu'en 2023 et qu'elle maintiendra le rythme actuel des achats d'actifs jusqu'en 2022. L'euro devrait être soutenu à mesure que la faiblesse du dollar se généralise. Tout d'abord, le marché s'attend maintenant à une hausse des taux en 2022 et d’autres en 2023. Nous estimons que c'est exagéré. Deuxièmement, le début de l'année a été dominé par le déploiement décevant des vaccins en Europe. Nous nous attendons à ce que l’écart se réduise dans les mois à venir, ce qui encouragera les investissements étrangers directs et les apports de capitaux. Troisièmement, l'écart entre les attentes actuelles et futures en matière de production est bien plus important en Europe qu'aux États-Unis. Enfin, le risque est désormais que le marché se tourne sur l'impact négatif des mesures extrêmes de relance budgétaire sur les comptes extérieurs des États-Unis.

Par conséquent, nous maintenons notre objectif EURUSD à 1,20 et 1,25 pour les 3 et 12 prochains mois respectivement. Cela laisse présager une nouvelle hausse de l’euro.

Vision sur le GBP >> Objectif 12m vs  EUR: 0.86

Le ciel semble lumineux

La livre sterling a enregistré sa 5e hausse mensuelle consécutive par rapport au dollar américain en février (+1,6 %), grâce au succès continu du déploiement du vaccin au Royaume-Uni et au fait que la Banque d'Angleterre a repoussé la perspective de taux négatifs à court terme. Le calendrier qui se dessine pour la réouverture complète de l'économie d'ici la fin juin, après que tous les adultes se soient vu proposer un vaccin, est également encourageant. La livre sterling est en outre aidée par le retour des investisseurs dans les secteurs boursiers les plus touchés par la pandémie. Néanmoins, la monnaie semble actuellement surachetée par rapport à l'euro et la nouvelle relation commerciale entre le Royaume-Uni et l'Union européenne suscite des questions. L'économie dépend fortement de son important secteur des services et l'inflation devrait rester positive mais encore modérée au cours du premier trimestre. Les chiffres de l'indice PMI s'améliorent et l'inflation était de 0,7 % en janvier (en glissement annuel).

Lors de la réunion de février, la Banque d'Angleterre a adopté un ton assez ferme. Avec l'accord Brexit, nous pensons que la BoE n'aura pas besoin d'assouplir sa politique. Le taux directeur devrait rester inchangé pendant au moins 6 mois. En ce qui concerne les mesures fiscales annoncées le 3 mars, les annonces comprenaient une extension du régime de chômage ainsi que d'autres mesures de soutien.

Nous maintenons nos objectifs EURGBP à 0,88 sur un horizon de 3 mois et à 0,86 sur un horizon de 12 mois. Cela suggère un potentiel d’appréciation marginal.

Vision sur le CHF >> Objectif 12m vs EUR: 1.11

Stabilisation après un mois difficile

Le CHF s'est déprécié de 1,7% par rapport à l'euro en février, en raison du sentiment positif du marché suite à l'amélioration des perspectives économiques mondiales. Le taux d'infection par le Covid-19 en baisse aux États-Unis et au Royaume-Uni, les campagnes de vaccination qui s'accélèrent et de meilleures données que prévu ont contribué à l'optimisme des investisseurs. La semaine dernière, l'indice PMI des services dans les principales économies européennes était positif et le rapport sur l'emploi aux États-Unis était bien meilleur que prévu. Cela devrait supporter le sentiment du marché et soutenir l'euro par rapport au franc suisse. Notre objectif à trois mois reste à 1,08 (valeur d'un euro).

La banque centrale suisse devrait tenir compte de l'évolution récente, après avoir fixé des taux négatifs et utilisé des milliards en interventions sur le marché des changes pour empêcher l'appréciation du CHF. Nous nous attendons à ce que toute appréciation significative du franc soit de courte durée tant que la fonction de réaction de la BNS reste inchangée en 2021. L'accentuation de la courbe des taux de la zone euro, la faiblesse des anticipations d'inflation, ainsi que l'amélioration attendue des perspectives économiques mondiales confortent notre point de vue.

Par conséquent, nous prévoyons que l'EURCHF (valeur d'un euro) passera à 1,11 au cours de l'année à venir. Cela suggère un CHF légèrement plus faible.

Vision sur le JPY >> Objectif 12m vs USD: 102

La récente faiblesse devrait être temporaire

La reflation devrait devenir un moteur important pour l'USD/JPY dans les prochaines semaines. Plus les attentes concernant la hausse des rendements aux États-Unis sont élevées et plus le yen pourrait être sous pression en tant que monnaie refuge. Nous nous attendons à ce que la récente évolution des taux soit exagérée, mais nous devons surtout surveiller l'évolution des taux réels. Les indicateurs de la confiance des consommateurs et de l'activité des entreprises au Japon stagnent, ce qui envoie des signaux mitigés sur la demande intérieure. L'économie devrait toutefois bénéficier du rebond de la croissance et du commerce mondial attendu dans le courant de l'année. La déflation reste une préoccupation majeure pour l'avenir du pays à moyen terme.

La Banque du Japon devrait revoir ses instruments de politique monétaire en mars, mais nous ne nous attendons pas à voir une sortie de la politique expansionniste actuelle, dans un contexte de faible inflation. Cela dit, la banque centrale ne peut pas assouplir sa politique beaucoup plus, étant donné son programme d'achat d'actifs actuel  et sa capacité limitée à faire baisser les taux d'intérêt à court-terme. Enfin, le yen reste très bon marché si l'on considère les modèles comme la PPP.

Par conséquent, nous nous attendons à ce que l'USDJPY oscille autour de 104 (valeur d'un dollar) au cours des 3 prochains mois et de 102 au cours des 12 prochains. Cela suggère une appréciation marginale du yen.

Vision SEK >> Objectif 12m vs EUR: 10.2

La SEK se stabilise autour de l’objectif

Comme prévu, la couronne suédoise se déprécie cette année. Les prévisions d'inflation, qui constituent un facteur clé des décisions politiques de la Riksbank, ont augmenté au cours du mois, en partant de niveaux extrêmement bas. En conséquence, la Riksbank a révisé à la hausse ses prévisions économiques lors de sa réunion de politique monétaire de février.

Sur le plan monétaire, la hausse des anticipations d'inflation devrait réduire la sensibilité de la Riksbank à la force de la devise. Les risques pour la couronne suédoise proviennent de la possibilité que la position de la Riksbank devienne plus souple si les attentes d'inflation commencent à se modérer ou si la couronne suédoise se renforce à nouveau (-1,3 % par rapport à l'euro cette année), et du fait que la Suède a un secteur des services relativement petit, ce qui laisse présager une reprise économique induite par un vaccin moindre que dans d'autres pays. Lors de sa dernière réunion (10 février), la Riksbank a maintenu sa politique monétaire inchangée et s'est engagée à soutenir l'économie en cette période difficile. Au cours des 12 prochains mois, la reprise mondiale attendue devrait aider l'économie, qui repose sur le commerce mondial.

Nous conservons donc notre objectif EURSEK à 1O,2 pour les 3 et 12 prochains mois. Cela laisse entrevoir une légère baisse pour la couronne suédoise.

Vision NOK >> Objectif 12m vs EUR:  9.9

Nous restons positifs sur la NOK

La NOK est l'une des monnaies qui a le plus souffert de la crise de la covid-19. Elle est maintenant en hausse de 2,5 % par rapport à l'euro en 2021 et de +0,9 % sur le seul mois dernier (7 mars). Nous nous attendons à ce qu'elle s'apprécie à nouveau pour retrouver les niveaux d'avant la pandémie. L'économie se maintient et la confiance des entreprises, mesurée par le PMI manufacturier, a atteint son plus haut niveau depuis deux ans, grâce à l'accélération des campagnes de vaccination dans le monde entier. Une forte hausse potentielle des actions « value » pourrait entraîner de nouvelles hausses de la couronne. Cela pourrait également provenir d'une nouvelle augmentation de l'appétit pour les actifs à risque et/ou de la hausse des prix du pétrole.

Sur le plan monétaire, la banque norvégienne a maintenu son taux directeur à zéro lors de sa dernière réunion (20 janvier), mais elle devrait l'augmenter d'ici le début de l'année 2022, peut-être même plus tôt, car les prix de l'immobilier sont toujours à leur plus haut niveau depuis cinq ans et les données économiques nationales sont favorables. Le marché a déjà prévu une hausse de 20 points de base en 2021.

Par conséquent, nous maintenons nos objectifs EURNOK à 10,20 pour les 3 prochains mois et à 9,9 pour les 12 prochains. Cela suggère une forte hausse de la NOK.

Vision AUD >> Objectif 12m vs USD: 0.8

La RBA fait face à l’appréciation de la devise

Le dollar australien est en baisse de 0,7% par rapport au billet vert en 2021 (7 mars), après s’être apprécié de plus de 1,5% fin février. Les données nationales, le sentiment positif du marché mondial grâce aux campagnes de vaccination et la hausse des prix des matières premières ont soutenu la monnaie. En outre, le dollar australien est une monnaie cyclique qui devrait bénéficier de la reprise économique mondiale plus tard dans l'année et du différentiel de taux d'intérêt favorable avec les États-Unis. Les tensions avec la Chine restent un risque, étant donné l'importance des exportations australiennes de minerai de fer.

Sur le plan monétaire, la Banque centrale (RBA) a commencé à repousser l’appréciation de la monnaie. Dans sa décision de politique monétaire (2 mars), la RBA a maintenu inchangés son taux d'intérêt directeur et son objectif de rendement obligataire à trois ans. La RBA a ajouté qu'elle est prête à procéder à de nouveaux ajustements de ses achats en fonction des conditions du marché, comme elle l'a fait récemment. Nous nous attendons à ce que les taux d'intérêt restent juste au-dessus de zéro au moins jusqu'en 2022, car la croissance des salaires devrait être nulle et l'inflation en général devrait rester faible pendant longtemps.

C'est pourquoi nous maintenons notre objectif à trois mois en AUDUSD à 0,76. Notre objectif à 12 mois reste également à 0,80. Cela implique un potentiel d'appréciation supplémentaire.

Vision NZD >> Objectif 12m vs USD: 0.75

La Nouvelle-Zélande reste forte

Le NZD est en baisse de 0,8 % par rapport au dollar cette année (7 mars), après un recul fin février. Les données économiques de la Nouvelle-Zélande ont montré une certaine résilience et la monnaie a bénéficié de la hausse des prix des matières premières. Elle devrait également profiter de la reprise économique mondiale plus tard cette année et du différentiel de taux d'intérêt avec les États-Unis. Nous pensons que l'accord de libre-échange renforcé avec la Chine devrait continuer à soutenir le pays.

Sur le plan monétaire, le dollar néo-zélandais a bénéficié des commentaires de la banque centrale (RBNZ) concernant sa position. Une "stimulation monétaire prolongée" reste nécessaire et "un temps et une patience considérables" seront nécessaires pour atteindre ses objectifs en matière d'inflation et d'emploi tout en maintenant inchangé le cadre actuel de sa politique monétaire. La RBNZ a ajouté qu'elle "reste prête à fournir une stimulation monétaire supplémentaire si nécessaire". Néanmoins, les faibles taux ainsi que les mesures de relance budgétaire et monétaire ont propulsé les prix de l'immobilier vers des sommets historiques, ce qui rend peu probable une réduction des taux. La RBNZ pourrait commencer à augmenter son taux directeur dès l'année prochaine.

Par conséquent, nous maintenons nos objectifs à 3 mois et 12 mois de NZDUSD à 0,72 et 0,75, respectivement. Cela implique un potentiel d'appréciation supplémentaire.

Vision CAD >> Objectif 12m vs USD: 1.25

Perspectives positives pour le CAD

Le CAD est l'une des rares grandes devises qui se sont appréciées par rapport au billet vert cette année. Il a bénéficié de la hausse des prix des matières premières, en particulier du pétrole, même si les politiques du président Biden pourraient nuire à la capacité du Canada à écouler son pétrole sur le marché. Les principaux moteurs de l'appréciation du dollar canadien restent le faible différentiel de taux d'intérêt avec les États-Unis, la reprise mondiale, en particulier aux États-Unis, et le sentiment positif du marché.

Sur le plan monétaire, la hausse des rendements des obligations d'État a été plus rapide au Canada qu'aux États-Unis, ce qui est un bon signe d'optimisme quant à la croissance. La hausse de l'épargne a été particulièrement prononcée au Canada, en raison des mesures de confinement relativement plus strictes et des programmes d'aide gouvernementaux. La libération de la demande pourrait amener la Banque du Canada (BoC) à hausser les taux d'intérêt pour éviter une pression sur les prix. Le marché s'attendant à ce que la BoC resserre sa politique avant la Fed, la réunion du 10 mars vaudra la peine d'être suivie. Enfin, nous ne nous attendons pas à ce que le CAD s'apprécie suffisamment pour que la BOC prenne des mesures contre une force indésirable de la monnaie.

Par conséquent, nous maintenons notre objectif à 3 mois pour l'USDCAD à 1,27 (valeur d'un dollar) et notre objectif à 12 mois à 1,25. Cela laisse supposer une légère hausse.

Vision CNY >> Objectif 12m USD: 6.4

Le rebond économique ralentit légèrement

L'indice PMI manufacturier n'a pas répondu aux attentes, à 50,6 en février, son plus bas niveau depuis mai 2020. C'est le troisième mois consécutif qu'il baisse. Le PMI non manufacturier suit la même tendance, à 51,4 en février. Il est intéressant de suivre la situation pour voir si la croissance économique en Chine ralentit ou si c’est temporaire. Les prévisions s'attendent toujours à une croissance du PIB de 8 à 9 % cette année, grâce aux programmes de dépenses publiques dans le monde entier et à des politiques monétaires favorables. Nous pourrions assister à un recul limité du yuan au deuxième trimestre, principalement en raison de la saison des dividendes, qui entraîne des sorties de capitaux. Enfin, sur le front américain, le gouvernement de M. Biden devrait maintenir une politique assez similaire à l'égard de la Chine, car il cherche à trouver un terrain d'entente avec les alliés et partenaires des États-Unis face à la Chine.

Sur le plan monétaire, si la normalisation du crédit a commencé, nous ne nous attendons pas à des hausses imminentes des taux d'intérêt. Le resserrement sera progressif et les conditions de liquidité devraient rester équilibrées. En outre, nous nous attendons à ce que l'excédent commercial de la Chine diminue, ce qui diminuera la pression à l'appréciation sur le yuan.

Par conséquent, nous voyons l'USDCNY fluctuer autour des niveaux actuels (6,5) à court terme et à 6,4 au cours des 12 prochains mois (6,5 précédemment). Cela suggère une légère hausse.

·       Certains indices boursiers ont atteint de nouveaux sommets historiques suite à des nouvelles particulièrement positives dans le cadre de la recherche de vaccins contre la Covid-19 et aussi, suite aux élections américaines dont les résultats sont jugés comme favorables aux actions. Mais ces dernières sont maintenant tiraillées entre d’une part, à court terme, la résurgence en occident de la crise sanitaire qui freine la reprise économique et, d’autre part, une année 2021 où la reprise économique pourrait s’avérer plus forte qu’attendu. 

 

·       Ce contexte maintient une forte volatilité sur les secteurs les plus exposés à cette reprise cyclique et aux voyages, notamment l’énergie, les bancaires ou les loisirs en extérieur avec toujours de grosses incertitudes quant à leurs flux de trésorerie et à leurs dividendes.

 

·       Nous préférons les secteurs cycliques et de valeur où la visibilité est bonne et/ ou qui profitent de la reprise économique plus évidente en Asie (les matériaux, les industrielles et l’assurance globalement restent en ‘+’). Certains segments dans les soins de santé ainsi que l’énergie et la technologie européennes restent aussi trop décotés. 

 

·       Inversement, nous continuons à éviter les biens de consommation de base (-) qui traditionnellement sous-performent dans un contexte de reprise.