Focus Stratégie d'Investissement : Février 2021
#Articles — 04.02.2021

Focus Stratégie d'Investissement : Février 2021

Edmund Shing, Global Chief Investment Officer

Lettre de stratégie d'investissement : Décembre 2019 I BNP Paribas Wealth Management

Résumé

1.Pics de volatilité sur les marchés des actions : alors que les indicateurs de tensions sur les marchés financiers restent faibles, la volatilité du marchés des actions a augmenté fin janvier en raison de la fermeture forcée des positions courtes des hedge funds.

2.Craintes de bulles spéculatives : des mini-bulles sont apparues dans de nombreux segments des marchés, alimentées par l’envolée du volumes engendré par les investisseurs particuliers. Cela pourrait être le prélude à une correction du marchés des actions américains à court terme. Toute correction serait pour nous une occasion d’acheter des actions.

3.Nos investissements actions recommandés sur les marchés émergents, le Japon et les petites capitalisations enregistrent une bonne surperformance au cours du mois: alors que les marchés des actions ont généralement marqué une pause.

4.Les rendements obligataires américains reflètent une inflation anticipée plus élevée : les prévisions d’inflation à 5 ans ont dépassé 2 % pour la première fois depuis la mi-2019. Éviter les obligations souveraines américaines et allemandes, privilégier les obligations du Trésor protégées contre l’inflation (TIPS).

5.La performance des matières premières continue d’être excellente : les métaux de base et les produits agricoles tirent les indices des matières premières vers le haut, à mesure que les stocks mondiaux diminuent. La reprise économique mondiale stimule la croissance de la demande, ce qui fait augmenter les prix. Cela favorise les valeurs minières.

6.Pause dans la tendance baissière du dollar américain: le consensus des investisseurs pour un dollar américain plus faible est désormais très important et implique un risque de rebond à court terme. Nous anticipons néanmoins toujours une dépréciation du dollar fin 2021.

7.L’épargne monétaire est en attente d’être investie : aux États-Unis, les ménages ont accumulé 1 500 milliards de dollars d’épargne monétaire supplémentaire en 2020. Une partie sera dépensée, mais une grande part devrait être investie, ce qui pourrait doper les marchés des actions et du crédit.

 

Vue d’ensemble

Biden ne perd pas de temps

Zoom sur l’évolution de la politique de la Réserve fédérale américaine : Après l’investiture du président Biden, l’objectif de la reprise économique repose clairement sur les épaules de son administration, dirigée par la secrétaire au Trésor Janet Yellen.

Les principales priorités immédiates seront de contrôler la propagation des infections au coronavirus et de soutenir le marché du travail afin de stimuler la reprise de l’emploi. Ajusté pour la baisse du taux d’activité, le taux de chômage américain a atteint environ 10 %, contre 3,6 % au début de l’année 2020 avant la pandémie.

De nouvelles mesures de relance concentrées sur l’investissement : Avec le retour des États-Unis dans l’accord de Paris sur le climat, les infrastructures d’énergie renouvelable devraient recevoir un énorme coup de pouce en matière d’investissement, dirigé non seulement vers l’énergie solaire et éolienne, mais aussi vers la biomasse et potentiellement l’énergie nucléaire.

Accélération du programme de vaccination : Avec trois vaccins contre la Covid-19 déjà utilisés et d’autres à venir, le déploiement des vaccins s’accélère dans le monde entier, la Chine, les États-Unis et le Royaume-Uni en tête. Au Royaume-Uni, 9 millions de personnes ont déjà reçu leur première dose (au 31 janvier).

L’inflation actuelle diminue, mais une augmentation est prévue : alors que les taux d’inflation actuels ont baissé dans les économies développées, les taux d’inflation futurs prévus ont augmenté, reflétant les craintes du marché selon lesquelles la reprise économique poussera également l’inflation à un niveau beaucoup plus élevé à moyen terme.

Forte hausse des indicateurs économiques avancés : l’indicateur avancé hebdomadaire de l’ECRI pour les États-Unis met en évidence une accélération continue de la croissance économique, malgré l’impact défavorable évident du coronavirus. Notons également la vigueur de l’économie chinoise, qui a enregistré un taux de croissance supérieur aux prévisions de 6,5 % pour le 4e trimestre 2020. Cette forte dynamique reste un soutien clé pour les actifs risqués, notamment les actions, le crédit et les matières premières.

La volatilité baisse pour le moment, mais des risques subsistent : comme toujours, les marchés financiers anticipent, faisant fi des inquiétudes immédiates. Les principales préoccupations demeurent l’apparition de nouvelles variantes de la Covid-19 contre lesquelles les vaccins actuels pourraient ne pas protéger, et le risque de confinements plus stricts en Europe qui pourraient freiner la reprise économique.

CONCLUSION

Pour le moment, les marchés se focalisent sur l’accélération des programmes de vaccination contre la Covid aux États-Unis et au Royaume-Uni, ainsi que sur la baisse du taux d’infection dans ces pays après la saison des fêtes. Les indicateurs économiques restent solides et témoignent de la poursuite de la reprise de l’économie mondiale. Toutefois, les risques d’un revers économique en Europe persistent compte tenu de la menace de mesures de confinement plus strictes.

 

Radar des risques

Mini-bulles sur l’ensemble des marchés financiers

Craintes de bulles spéculatives : même si nous sommes dans l’ensemble optimistes, plusieurs indicateurs sur les marchés financiers commencent à nous inquiéter,  notamment l’émergence de mini-bulles sur plusieurs segments des marchés financiers tels que :

•  Le Bitcoin et l’Ethereum.

•  Les valeurs du secteur de l’hydrogène.

•  Les valeurs technologiques déficitaires.

•  Les sociétés d’acquisition à vocation spécifique   (SAVS).

•  Les récentes introductions en Bourse américaines.

Les actions GAFA ont gagné plus de 100 % en 2020, générant une grande partie de la performance de l’indice S&P 500 dans son ensemble. Selon nous, il est peu probable que ce leadership se répète en 2021. Nous pensons plutôt que les valeurs de reprise cycliques seront les plus performantes dans le cadre d’un fort redressement de l’économie.

Depuis 2015, la surperformance du marché boursier américain provient exclusivement des 10 plus grandes actions, dominées par les valeurs technologiques et de l’Internet à mégacapitalisations bien connues.

Les investisseurs approchent de l’euphorie : Les indicateurs de la confiance des investisseurs tels que l’indice CNN Money Fear & Greed penchent actuellement du côté Greed.

Les volumes d’options sur actions ont récemment été énormes aux États-Unis, soulignant ainsi le sentiment haussier exubérant des investisseurs particuliers.

Cette surexubérance pourrait être le prélude d’une correction du marché, si la dynamique haussière observée ces derniers mois devait être interrompue par des événements imprévus. Une aggravation dramatique du taux mondial d’infection par le coronavirus pourrait être l’un de ces catalyseurs.

Toute correction des marchés constitue une occasion d’ajouter à nos positions : Cela dit, nous ne devons pas oublier que les fondamentaux macroéconomiques et liés aux bénéfices restent solides pour l’économie et le marché des actions, en raison d’une dynamique économique solide et d’un soutien continu provenant des gouvernements et des banques centrales. Nous profiterions ainsi de toute correction boursière à court terme pour étoffer nos positions, notamment dans nos secteurs préférés tels que les petites et moyennes capitalisations et les secteurs cycliques.

CONCLUSION

Il existe des preuves manifestes de l’existence de mini-bulles sur plusieurs marchés. Toutefois, ce risque doit être apprécié dans le contexte de mesures de relance économique, alimentant un redressement marqué des résultats des entreprises. Nous recommandons de renforcer l’exposition aux actions en cas de correction des marchés à court terme.

 

Thèmes d'investissement

Le moment est-il venu de sortir des grandes valeurs technologiques ?

L’année 2021 peut-elle être identique à 2020 ? Les valeurs technologiques américaines à mégacapitalisations, personnifiées par le groupe d’actions GAFA (dont Apple, Amazon et Google), ont progressé de plus de 100 % en 2020, en tête du marché des actions mondial. L’une des questions que nous recevons le plus souvent est la suivante : « C’est sûrement déjà allé trop loin, faut-il donc s’attendre à une correction ? »

Enseignements des années 1990 : les investisseurs sur le marchés des actions ont enregistré de solides performances au cours des années 1990. Dès 1995, des investisseurs de renom, comme Ray Dalio de Bridgewater et Peter Lynch de Fidelity, mettaient en garde contre les risques d’une correction significative des marchés, après un gain de 38 % pour le S&P 500 cette année-là.

« Exubérance irrationnelle » : cette alerte avait alors été suivie fin 1996 (après un nouveau gain de 23 % pour le S&P 500) par un avertissement similaire de « l’exubérance irrationnelle » des marchés financiers par le président de la Réserve fédérale américaine d’alors, Alan Greenspan.

De 1997 à 2000, le Nasdaq a atteint de nouveaux sommets ! De 1994 à 1999, l’indice Nasdaq Composite a progressé d’environ 40 % par an, augmentant de 86 % rien qu’en 1999, et de plus de15 % supplémentaires au cours des premiers mois de l’année 2000. Nous en tirons la conclusion suivante : il est difficile de trouver le point de basculement d’un marché parabolique, et on court le risque de rater d’énormes gains supplémentaires.

Où devrait-on se concentrer dans le secteur de la technologie aujourd’hui ? Selon nous, deux domaines particuliers de la technologie peuvent continuer de très bien se comporter, surperformant potentiellement les valeurs FANG à mégacapitalisations en 2021. Il s’agit du secteur des semi-conducteurs, et des actions des jeux vidéo et du sport électronique.

Le secteur des semi-conducteurs devrait bénéficier d’une croissance structurelle de la demande de processeurs, de puces mémoires et de puces de stockage grâce au boom des investissements dans les infrastructures de téléphonie mobile 5G et d’intelligence artificielle. Cela permettra alors le développement de l’Internet des objets, qui conduira à une demande supplémentaire de semi-conducteurs.

CONCLUSION

Les entreprises technologiques américaines à mégacapitalisations ont peu de chances de surperformer en 2021 comme elles l’ont fait en 2020. Leur niveaux de valorisation actuels sont bien plus élevés, et des le risques de nouvelles réglementations et de taxes américaines et européennes est réél. Les sous-secteurs technologiques que nous privilégions incluent les semi-conducteurs, les jeux vidéo et la cybersécurité.

 

Perspectives sur les marchés des actions et des matières premières

Les énergies renouvelables sous le feu des projecteurs

Les mesures de relance de l’UE et des États-Unis se sont concentrées sur les énergies propres : La combinaison du fonds de relance de l’UE et des nouvelles mesures de relance budgétaire américaines prises par le gouvernement démocrate expliquent la puissante dynamique des actions du secteur des énergies propres, même après une excellente année 2020 pour ce dernier.

Tous les indices des énergies propres n’ont pas été créés de la même manière : il est intéressant de noter que le choix de l’indice des valeurs de l’énergie propre à suivre a eu un impact considérable sur les performances des investisseurs au cours des deux dernières années. Depuis le début de l’année 2019, la performance de l’indice Wilderhill Clean Energy a été plus que deux fois celle de l’indice S&P Global Clean Energy.

Cela reflète d’énormes différences de pondération sectorielle : la méthodologie de l’indice Wilderhill met l’accent sur les entreprises développant les technologies de l’hydrogène, des piles à combustible et des batteries, tandis que l’indice S&P a une pondération de plus de 50 % dans les services aux collectivités.

Le secteur de l’énergie propre a démarré l’année 2021 sur les chapeaux de roue : l’indice Wilderhill Clean Energy a déjà enregistré une hausse de plus de 20 % en janvier.

. Les matières premières sortent assurément d’un marché baissier: le second semestre 2020 a irrévocablement marqué la fin du marché baissier des matières premières de 2007 à 2020, induite par le solide rebond continu des métaux de base et précieux. Dernièrement, le pétrole et les matières premières agricoles ont également commencé à rebondir, entraînant un rebond marqué de l’indice équipondéré des matières premières CRB depuis le début du mois de novembre 2020.

Un nouveau marché haussier pluriannuel en perspective ? Sous les effets combinés d’un sous-investissement à long terme dans de nouvelles capacités de production de matières premières (en raison de la baisse constante des prix) et des prévisions de forte reprise économique mondiale, il est possible que les investisseurs soient confrontés à un marché haussier des matières premières pluriannuel.

Nos segments préférés - métaux de base et précieux : l’augmentation de la demande de véhicules électriques et de sources d’énergie renouvelables est la clé de la croissance de la demande de cuivre, de nickel, d’étain, d’argent et d’aluminium. Elle est également favorable à l’appréciation de certaines devises liées aux matières premières, notamment le dollar australien et le dollar canadien.

CONCLUSION

Les indices des énergies propres affichent une performance impressionnante depuis le début de l’année 2021, alimentée dernièrement par les valeurs de l’hydrogène et de la biomasse en particulier. Les investisseurs continuent de diriger d’importants flux de capitaux dans ce domaine, à l’instar des gouvernements des États-Unis et de l’UE. Les matières premières sont entrées dans une nouvelle phase de marché haussier, tirée non seulement par les métaux de base et précieux, que nous privilégions, mais aussi maintenant par les matières premières agricoles et le pétrole brut.

 

Perspectives sur les obligations, le crédit et le marché des changes

La hausse des rendements des obligations américaines reflète le risque

Les rendements des obligations du Trésor américain augmentent depuis 6 mois : depuis leur point bas d’août 2020, les rendements des obligations du Trésor américain à 10 ans ont augmenté de 0,6 % à 1,1 %, au 21 janvier 2021. Nous continuons de tabler sur un objectif de 1,4 % à fin 2021, soit une nouvelle hausse de 0,3 %.

Toutefois, selon nous, les rendements obligataires américains n’ont pas encore suffisamment augmenté pour inciter les investisseurs étrangers à acheter. Il y a 12 mois, les rendements des obligations du Trésor américain à 10 ans approchaient les 2 %, un niveau bien supérieur à celui d’aujourd’hui. Nous continuons de préférer les obligations protégées contre l’inflation américaines (TIPS) aux obligations du Trésor nominales, afin de nous protéger contre le risque de nouvelles hausses des anticipations d’inflation.

Les « anges déchus » surperforment en janvier : sur le segment du crédit, notre préférence pour le crédit à haut rendement des anges déchus continue de porter ses fruits. Leur indice a progressé de 10 % depuis le début du mois de novembre 2020 aux Etats-Unis, surperformant les autres classes de crédit américaines en janvier.

La faiblesse du dollar américain est déjà largement intégrée dans les cours : l’actualité du marché des changes en 2020 a été dominée par la faiblesse persistante du dollar américain face à l’euro, au yen japonais et au renminbi chinois. Nous prévoyons une nouvelle modeste dépréciation modeste du billet vert face à l’euro en 2021 (avec un objectif de 1,25 USD pour 1 euro à fin 2021, contre 1,21 USD au 21 janvier). Mais il est à noter que les investisseurs sont déjà largement positionnés à la hausse sur l’euro et à la baisse sur le dollar américain, à en juger par les contrats de change à terme de la CFTC.

Méfiez-vous du risque croissant d’un rebond à court terme du dollar américain ; cela pourrait constituer un meilleur point d’entrée pour les investisseurs désireux de bénéficier d’une dépréciation du billet vert.

L’appréciation de la livre sterling pourrait s’accélérer : suite à la conclusion d’un accord sur le Brexit avec l’UE, la livre sterling s’est sensiblement appréciée face à l’euro et au dollar américain. Nous prévoyons une nouvelle vigueur de la livre sterling compte tenu de la réduction des incertitudes, avec un objectif de 0,86 £ pour 1 euro à fin 2021.

CONCLUSION

Les obligations du Trésor américaines continuent de sous-performer en raison des anticipations d’une augmentation de l’inflation, une opinion désormais consensuelle sur les marchés obligataires. Cela renforce notre décision de continuer à éviter ce segment du marché obligataire, les obligations protégées contre l’inflation (TIPS) restant notre préférence.