Focus Stratégie d'Investissement : Mai 2021
#Articles — 05.05.2021

Focus Stratégie d'Investissement : Mai 2021

Edmund Shing, Global Chief Investment Officer

Lettre de stratégie d'investissement : Décembre 2019 I BNP Paribas Wealth Management

Résumé

  1. La saisonnalité appelle à la prudence : Le vieil adage boursier « Sell in May and Go Away » (Vendre en mai et s’en aller) (jusqu’en octobre) s’est généralement révélé de bon conseil. En effet, historiquement, la performance des marchés des actions est mauvaise en mai-juin et août-septembre.
  2. Stratégie d’investissement à faible volatilité pour l’été : Les stratégies à faible volatilité et misant sur la croissance des dividendes commencent à bien se comporter. Les investisseurs prudents devraient envisager de s’orienter vers des valeurs de rendement, à faible volatilité, au cours de l’été.
  3. Recommandations de valeurs sectorielles plus défensives : Nous devenons positifs sur la santé, neutres sur les biens de consommation de base; Nous révisons à la baisse les valeurs industrielles et les matériaux à neutre (mais nous restons positifs sur les mines d’or).
  4. Net redressement de l’immobilier résidentiel américain : Les marchés de l’immobilier résidentiel se sont bien comportés globalement, soutenus par la pénurie de logements et l’extrême faiblesse des taux d’emprunt. Les REITs américaines ont régulièrement surperformé l’indice S&P 500 depuis le début de l’année. Nous préférons une exposition à l’immobilier robuste plutôt qu’aux obligations compte tenu des cycles économiques et des taux.
  5. La poussée inflationniste n’est pas encore terminée : Attention aux chiffres élevés de l’inflation aux États-Unis au cours des prochains mois, résultant de la hausse des prix des matières premières (cuivre, bois, etc.) et des semi-conducteurs, de l’accélération de la réouverture de l’économie et de l’augmentation des capacités de production. Il nous semble trop tôt pour acheter des bons du Trésor américain, nous recommandons les TIP.
  6. L’énergie propre est-elle intéressante ? Les principaux indices S&P Global et Wilderhill Clean Energy ont perdu entre 35 % et 40 % par rapport à leurs plus hauts de février. Mais le marché européen des crédits carbone s’envole, indiquant un renforcement de la réglementation en matière d’émissions de carbone. C’est peut-être le moment d’acheter sur repli des valeurs de l’énergie propre qui ont une exposition positive à la hausse des prix des crédits carbone de l’UE.

Vue d’ensemble

Les États-Unis s’orientent vers une redistribution des revenus

Le plan américain pour l’emploi : Le président Biden propose un plan d’environ 2 000 milliards d’USD pour améliorer les infrastructures américaines (routes, ponts, aéroports, haut débit, services aux collectivités, logement et formation professionnelle) et pour investir dans les énergies renouvelables au cours des 8 prochaines années.

Le plan américain pour la famille : En outre, le plan américain pour la famille devrait renforcer le crédit d’impôt pour les enfants jusqu’à la fin de 2025, développer les services de garde d’enfants et augmenter les congés payés. En conséquence, environ 500 milliards d’USD de crédits d’impôt devraient être consacrés aux ménages les plus pauvres, ce qui pourrait représenter jusqu’à 3 600 USD pour ces ménages.

Les entreprises et les ménages fortunés devraient payer : Ces plans doivent être financés par des hausses de la fiscalité des entreprises (le taux d’imposition sur les sociétés devrait passer de 21 % à 28 %, et un taux d’imposition global minimum devrait être appliqué) et des ménages les plus riches (le taux d’impôt sur les plus-values devrait passer de 20 % à 39,6 % pour ceux qui gagnent plus de 1 million d’USD).

Difficulté à faire adopter ces projets de loi : Compte tenu de la très faible majorité de démocrates au Sénat, il est peu probable que ces mesures soient adoptées. Un sénateur démocrate a demandé « un projet de loi sur les infrastructures plus ciblé », qui pourrait nécessiter un accord bipartite sur un programme plus restreint.

Peut-être la plus grande redistribution des revenus aux États-Unis depuis des décennies : Même si la totalité de ces mesures n’est pas votée, celles-ci constitueraient le plus grand changement en matière de redistribution des revenus depuis des décennies, inversant des années de baisse de la pression fiscale sur les entreprises et les ménages américains les plus riches.

La Big Tech dans le viseur de l’administration Biden : La combinaison d’un taux d’imposition sur les sociétés plus élevé et d’un taux d’imposition global minimum vise clairement à accroître les recettes en provenance des mégacaps américaines multinationales, notamment dans le secteur de la technologie où les taux d’imposition effectifs ont historiquement été extrêmement bas.

La redistribution des revenus n’est pas nouvelle aux États-Unis : Alors que l’Europe a une longue tradition sociale-démocrate d’État providence, les États-Unis ont également enregistré de plus en plus de versements de transferts sociaux vers les ménages à faible revenu. Selon le Bureau du budget du Congrès, en 2017, les 20 % des ménages américains aux revenus les plus faibles percevaient en moyenne 15 000 $ par an de revenus de transfert soumis à des conditions de ressources.

Mais il est clair qu’avec les dernières propositions de l’administration Biden, cette redistribution irait bien plus loin.

CONCLUSION

Bien qu’il soit peu probable que les derniers plans d’investissement et fiscaux du président Biden soient adoptés par le Congrès sans modification majeure, ils devraient néanmoins aider les familles les plus pauvres, ce qui devrait stimuler la consommation intérieure. Mais une hausse des impôts constituerait un frein supplémentaire pour les sociétés technologiques à faible taux d’imposition. Il est à noter que les ménages gagnant plus de 1 million d’USD par an ne représentent que 0,3 % des contribuables américains.

Thème du mois

Acheter sur repli des valeurs de l’énergie propre ?

Les actions du secteur des énergies renouvelables sont désormais moins surévaluées :  les ETF investis dans les énergies propres ont subi une forte correction depuis la mi-février, baissant de 35 % à 40 % jusqu’aux plus bas niveaux récents des principaux indices S&P Global et Wilderhill Clean Energy. Même si ces valeurs de l’énergie solaire, éolienne et de la biomasse étaient surévaluées à leur plus haut du début de cette année, c’est évidemment bien moins le cas aujourd’hui. 

Depuis le début de l’année, les flux de capitaux continuent d’affluer vers les fonds ESG, une tendance structurelle à long terme qui montre peu de signes d’évolution. La corrélation entre les indices relatifs aux énergies propres et les valeurs de la Big Tech américaines (représentées par l’indice Nasdaq 100) reste très élevée. Il n’est donc pas surprenant que lorsque le secteur technologique se redresse, les valeurs de l’énergie propre rebondissent aussi.

Les plans en faveur de l’emploi et des infrastructures proposés par le président Biden (financés par des hausses de la fiscalité des particuliers et des entreprises) stimulent clairement le secteur des énergies renouvelables aux États-Unis, même si ces investissements proposés doivent être introduits progressivement au cours des prochaines années.

Les crédits carbone ressemblent au bitcoin : Le marché européen des crédits carbone a discrètement bénéficié d’un marché haussier dynamique depuis novembre de l’année dernière, porté par les programmes de l’UE visant à mettre en place un système d’échange de droits d’émission plus strict afin de réduire plus rapidement la production de carbone.

Date clé, le 25 mai : Les dirigeants de l’Union européenne se réuniront à Bruxelles pour une session extraordinaire le 25 mai afin de discuter de la manière d’atteindre l’objectif collectif du bloc de l’UE pour 2030 de réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 55 % par rapport aux niveaux de 1990. Ils envisagent de créer un système supplémentaire d’incitations à la réduction de la pollution pour les bâtiments et le transport routier, qui pourrait stimuler la demande de crédits carbone de l’UE dans les années à venir.

Attention aux Verts allemands : Une victoire des Verts lors des prochaines élections législatives allemandes du 26 septembre (au cours desquelles ce parti pourrait devenir un partenaire clé de la coalition au pouvoir) pourrait accélérer la transition du pays vers l’élimination progressive des véhicules à moteur à combustion interne, la réduction de la demande de pétrole et le soutien à la hausse des prix du CO2.

CONCLUSION

Alors que les crédits carbone de l’UE ont déjà plus que doublé au cours des derniers mois, un nouveau renforcement de la réglementation européenne et mondiale visant à progresser vers un avenir à zéro carbone pourrait faire grimper encore le prix de ces crédits : un consensus des prévisions des analystes récemment agrégées par Vivid Economics indique une prévision pour le prix de l’allocation carbone de l’UE de 56 à 89 EUR/tonne d’ici 2030 dans le cadre de leurs scénarios de base, contre 45 EUR/tonne aujourd’hui.

Perspectives des marchés des actions et des matières premières

La saisonnalité estivale favorise les investissements dans des valeurs de rendement à faible volatilité

Méfiez-vous du marasme estival : Le vieil adage boursier « Sell in May and Go Away » (jusqu’en octobre) s’est généralement révélé un bon conseil, particulièrement au sujet des investissements sur les marchés des actions européennes.

Le facteur Faible volatilité est meilleur en été : Mais certaines stratégies continuent de générer des performances positives en moyenne au cours de l’été. Il s’agit des stratégies actions à faible volatilité et défensives en Europe. Les indices factoriels à volatilité faible et minimale (que l’on peut acheter via des ETF) ont généré des performances modestes mais positives (1,0 %) en moyenne sur la période de mai à septembre, à un moment où l’indice de référence STOXX Europe a généralement reculé de 1,7 % en moyenne.

Les secteurs défensifs aussi : Les valeurs défensives (y compris des secteurs tels que la santé, les services aux collectivités et l’alimentation et les boissons) se comportent de manière similaire. Depuis 2005, les valeurs défensives européennes ont progressé de 2,4 % au cours de l’été, tandis que les valeurs cycliques n’ont enregistré qu’une performance nulle en moyenne sur la même période.

Les stratégies axées sur les dividendes de qualité, à faible volatilité font leur retour : Les stratégies actions à dividendes de qualité, à faible volatilité commencent à enregistrer à nouveau une bonne performance, après une longue période de sous-performance. Les dividendes sont enfin en train de faire leur retour en Europe, les banques étant désormais à nouveau capables de verser des dividendes en 2021 (la plupart ayant renoncé à verser des dividendes en 2020).

Des rendements attractifs : L’indice Euro STOXX Select Dividend 30 offre aujourd’hui un rendement du dividende de plus de 5 % sur une base prospective à fin 2021.

Nous préférons nous exposer, non pas à un indice purement axé sur les dividendes élevés comme le Select 30, mais plutôt à une stratégie axée sur la croissance des dividendes ou une faible volatilité des dividendes qui pourrait présenter un rendement du dividende actuel plus faible, associé à une forte rentabilité et un potentiel de croissance des dividendes à l’avenir. Cela offre de bien meilleures chances de maintenir ou d’augmenter le dividende au fil du temps, tout en réduisant la volatilité et en générant une meilleure performance totale pour l’investisseur.

En Europe, de telles stratégies de dividendes ont généré en moyenne entre 6 % et 13 % par an depuis 2016.

CONCLUSION

Les marchés des actions continuent d’être orientés à la hausse en ce moment, ce qui nous conforte dans notre positionnement positif à l’égard de cette classe d’actifs. Nous continuons de préférer le Japon et le Royaume-Uni, ainsi que la zone euro, et restons prudents à l’égard de l’exposition aux valeurs technologiques américaines.

En terme d’allocation sectorielle, nous révisons à la hausse le secteur de la santé à positif et l’alimentation et les boissons à neutre, tandis que nous révisons à la baisse les valeurs industrielles et les matériaux à neutre afin de refléter une approche légèrement plus prudente du portefeuille.

Perspectives sur les obligations, le crédit et le marché des changes

La hausse de l’inflation américaine assombrit les perspectives

La poussée inflationniste n’est pas encore terminée : Attention aux chiffres élevés de l’inflation aux États-Unis au cours des prochains mois, résultant de la hausse des prix des matières premières (cuivre, bois, etc.) et des semi-conducteurs, de l’accélération de la réouverture de l’économie et du taux d’utilisation des capacités de production élevés.

Les obligations souveraines continuent de perdre du terrain : Le plus spectaculaire s’est produit aux États-Unis, où l’indice des bons du Trésor américains à plus de 20 ans d’échéance a perdu la quasi-totalité de ses gains de 2020 liés à la pandémie. Les obligations souveraines européennes ont enregistré une sous-performance similaire malgré le resserrement des spreads des obligations périphériques de la zone euro (Italie, Grèce) par rapport au bund allemand.

Un peu mieux pour les obligations d’entreprises « investment grade » : Avec des spreads des obligations d’entreprises notées BBB à leur plus bas niveau (1,1 %) depuis 1999 aux États-Unis, et aux alentours de leur plus bas niveau en Europe (1,0 %) depuis 2007, les obligations d’entreprises ont enregistré une performance conforme à celle des obligations souveraines, les obligations d’entreprises américaines affichant un rendement total de -4 % depuis le début de l’année 2021.

Le dollar américain s’est déprécié en avril : L’indice Bloomberg du dollar américain a baissé de 2,3 % en avril, perdant une grande partie de la vigueur du billet vert depuis le début d’année au profit de l’euro et du yen japonais.

La dynamique liée aux réouvertures en Europe devrait soutenir l’euro : La réouverture progressive des économies nationales européennes au cours des deux prochains mois devrait, par exemple, permettre à l’économie française de fonctionner à environ 98 % de sa capacité normale d’ici le mois de juin.

C’est l’une des raisons de la vigueur persistante non seulement de l’activité manufacturière, mais aussi et de manière plus surprenante de l’activité dans le secteur des services : l’indice PMI des services de Markit de la zone euro était légèrement supérieur à 50 en avril, indiquant une très légère expansion du secteur des services dans son ensemble en dépit des restrictions persistantes. Cela soutient donc l’euro face à ses principaux partenaires commerciaux. Il en va de même pour l’économie japonaise, qui a vu son indice Economic Surprise bondir pour afficher un solide +99 à fin avril.

CONCLUSION

Le risque d’une accélération de l’inflation américaine à court terme, combiné à la poursuite de la hausse des anticipations d’inflation américaine à moyen terme, suggère qu’il est trop tôt pour acheter la correction des bons du Trésor américain. Nous continuons de préférer les obligations américaines protégées contre l’inflation (TIP) et les obligations d’entreprises « investment grade » (par rapport aux obligations souveraines).

La faiblesse du dollar américain en avril renforce notre conviction quant à notre objectif de fin d’année de 1,25 USD/EUR, impliquant une nouvelle légère dépréciation du dollar américain.

Perspectives sur l’immobilier

Le boom de l’immobilier résidentiel s’intensifie

Des taux de crédit historiquement bas stimulent les prix : Le côté positif des achats d’obligations des banques centrales et des politiques de taux d’intérêt zéro a été la baisse des taux d’emprunt hypothécaires résidentiels à de nouveaux plus bas historiques. Aux Pays-Bas, par exemple, le taux hypothécaire moyen pour les prêts de plus de 5 ans a progressivement diminué de 4,8 % en 2011 à seulement 2,6 % aujourd’hui. Les prêts hypothécaires américains à taux fixe à 30 ans sont désormais offerts en moyenne à un peu moins de 3 %, contre 5 % fin 2018.

Pénurie de logements et d’offre locative : De plus, la construction de nouveaux appartements et de nouvelles maisons est en retard par rapport à la demande des ménages dans les pays développés depuis 2008, après le choc de la Grande crise financière sur les bilans des banques et les valeurs immobilières.

Selon de nouvelles données de l’organisme de crédit hypothécaire américain Freddie Mac, le marché immobilier résidentiel américain n’a pas assez de logements pour répondre à la demande actuelle : il manque 3,8 millions de logements, ce qui a principalement un impact sur les primo-accédants à la propriété.

Les plafonnements des loyers à Berlin ont été jugés illégaux : Une récente décision de la Cour constitutionnelle allemande a interdit le plafonnement des loyers du gouvernement de l’État de Berlin imposé en 2019 (qui avait gelé les loyers pendant 5 ans), dopant ainsi les REITs résidentiels cotés en Allemagne.

Des perspectives prometteuses pour le logement en banlieues : La tendance, inspirée par les confinements liés à la COVID-19, à l’abandon par les ménages des appartements de centre-ville pour des maisons de banlieue, ne semble pas ralentir, ce qui augmente les prix des maisons dans les banlieues autour de méga-villes comme New York, Londres et Paris.

Cela crée également des opportunités dans l’immobilier commercial sous la forme de bureaux satellites créés dans ces banlieues par de nombreuses entreprises, dans une configuration en étoile qui convient à leurs employés, mais qui aide également les entreprises à attirer et à retenir du personnel et à réduire les coûts au fil du temps (car ces espaces de bureaux sont moins chers que ceux des principaux centres-villes).

CONCLUSION

La performance des fonds d’investissement immobiliers cotés (REITs) a été solide depuis novembre 2020 grâce à l’amélioration des perspectives économiques mondiales et devrait continuer à être bonne avec la réouverture des économies nationales grâce aux programmes de vaccination, ce qui devrait stimuler le commerce de détail et l’immobilier de bureaux et aider le secteur des services à se redresser. Nous préférons les expositions à l’industrie (entrepôts et logistique) et à l’immobilier résidentiel, et nous nous attendons à ce que la performance du secteur des REITs européens reproduise celle du secteur des REITs américains, qui a surperformé le S&P 500 depuis le début de l’année.