Lettre de stratégie d'investissement : Juillet 2020
#Articles — 07.07.2020

Lettre de Stratégie d'Investissement : Juillet 2020

Florent Brones

Lettre de stratégie d'investissement : Décembre 2019 I BNP Paribas Wealth Management

Points clefs

. L’épicentre de la pandémie s’est déplacé vers les pays émergents. Elle semble maitrisée en Asie et en Europe. Mais l’inquiétude aux Etats-Unis, dans le sud et l’ouest demeure

. De bonnes nouvelles économiques avec le rebond des indicateurs avancés confirment notre scénario de reprise en U avec une accélération de la croissance en 2021.

. Les marchés financiers semblent trop optimistes à ce jour, les risques existent et nous paraissent sous-estimés : Brexit, tensions Chine/Etats -Unis, élections américaines.

. Sur les marchés actions, nous maintenons notre stratégie d’achat sur replis. Une consolidation permettra de renforcer les positions pro-cycliques.

 

Les bourses ont fortement rebondi depuis leurs points bas de fin mars, effaçant les 3/4 de la baisse induite à partir de mi-février par la pandémie Covid-19. Depuis début juin, elles hésitent, les facteurs positifs sont contrebalancés par des incertitudes. Ces derniers jours, les facteurs positifs reprennent le dessus.

Stabilisation de la pandémie en Asie et en Europe, pas aux Amériques !

Des confinements durs ont été mis en place successivement en Asie, puis en Europe. Le timing a suivi l’évolution de la pandémie. Depuis le mois d’avril en Chine, de mai en Europe et partiellement aux Etats-Unis, ces mesures de confinement ont été levées sans que cela ne se traduise par une reprise générale du nombre de nouvelles infections. Les foyers d’infections qui émergent sont gérés localement par des équipes dédiées, parfois avec de nouveaux confinement locaux, mais au total, la pandémie semble maitrisée par les autorités sanitaires. Ce qui permet des dé-confinements plus ou moins rapides.

Actuellement, les régions les plus affectées sont les pays émergents (Amérique latine et Inde notamment) et dans les états du sud et de l’ouest des Etats-Unis où l’on constate une hausse brutale du nombre de nouvelles infections, amenant des re-confinements partiels. Les autorités sanitaires sont inquiètes de ces dérives ; elles ont néanmoins développé les moyens et les techniques pour gérer les foyers afin qu’ils restent locaux. Tant qu’un vaccin ou un traitement efficace n’auront pas été mis au point, cette pandémie restera un problème grave, pénalisant pour l’activité économique et un risque pour les marchés financiers.

Le scénario économique en forme de U n’est pas modifié

Les chiffres d’activité pour le second trimestre sont désastreux, pires que prévus. Nous avons marginalement revu en baisse nos prévisions pour 2020 dans les économies matures, surtout l’Eurozone et les Etats-Unis. Mais plus important, tous les indicateurs avancés pour le mois de mai se sont retournés à la hausse, dès la fin des confinements globaux. Le scénario d’un rebond de la croissance économique dès le second semestre s’amplifiant en 2021 reste intact. Le rôle des politiques économiques de relance est essentiel dans cette anticipation. Nous surveillons ce rebond de la croissance post confinement avec des indicateurs à plus haute fréquence que les seules données économiques mensuelles. Comme pour l’économie chinoise dès le printemps, nous regardons attentivement les données quotidiennes sur le covid-19, les chiffres d’embouteillages routiers dans les grandes villes, ou l’indicateur d’activité de Google : ces données fréquentes confirment le rebond d’activité.

Les risques sont nombreux

1)      Le Brexit se fera à la fin de cette année, les autorités britanniques ont réaffirmé ne pas vouloir demander une prolongation. Les négociations doivent avancer substantiellement durant les prochaines semaines pour que ce timing ait une chance d’être respecté. Jusqu’à maintenant, les progrès dans ces négociations ont été très lents, et des concessions des deux parties seront nécessaires. Notre scénario de base est que le Brexit se fera de manière ordonnée, avec accord, mais les risques sont importants.

2)      Des tensions entre les Etats-Unis et la Chine peuvent ressurgir très rapidement. L’accord de phase 1 décidé en fin 2019 reste valide, mais il peut être remis en cause du fait de la détérioration des relations entre les deux superpuissances et de la récession en cours. Les tensions sont persistantes sur les questions de technologie, de propriété intellectuelle, d’ouverture du marché chinois, de Hong Kong…La concurrence stratégique de long terme entre les deux pays n’a pas de solution à court terme.

3)      L’élection présidentielle américaine devient un sujet pressant. Les deux candidats font état d’une position dure vis-à-vis de la Chine.  M. Trump est en retard dans les sondages mais pourrait prendre des initiatives pour se relancer. On ne connait pas bien le programme de M. Biden sur des sujets d’inquiétudes pour les marchés comme une taxation des patrimoines (demandée par la gauche du parti démocrate), le climat, la réforme du système de santé. Un signal significatif sera envoyé avec la nomination de la vice-présidente du candidat démocrate. N’oublions pas par ailleurs que l’élection concerne aussi le congrès et qu’au sénat, selon certains sondages, les démocrates pourraient aussi y gagner la majorité.

4)      Les négociations sur le fond de relance européen sont en cours. Il s’agit d’une étape importante dans l’histoire européenne puisque le budget de la commission augmenterait de manière significative et organiserait d’importants transferts de solidarité entre pays européens. La prochaine étape est le sommet européen du 18 Juillet, où l’on escompte de bonnes nouvelles.

5)      Le risque de seconde vague de la pandémie de Covid-19 reste présent tant que l’on n’a pas de vaccin ou de traitement efficace. Certains scientifiques craignent le retour de la pandémie à grande échelle à l’automne dans l’hémisphère nord.

 

 

En attente d’une consolidation qui sera une nouvelle opportunité pour renforcer les positions

 

Les facteurs positifs dominent les marchés ces derniers jours. Souvent, on entend dire qu’en cas de nouveaux problèmes, les autorités monétaires et les gouvernements ré-interviendraient et que in fine, la reprise économique et le rebond des profits soutiendront les bourses. Cette anticipation des marchés intègre un scénario « parfait ». Or, nous craignons que la réalité ne soit plus compliquée par les risques de défaut d’entreprises, par la difficulté d’éradiquer complètement le virus sans vaccin ni traitement, par les élections américaines et les tensions internationales. Les marchés actions sont chers, et seront sensibles aux mauvaises nouvelles. Mais il est clair que les liquidités sont abondantes et que face à des taux d’intérêt proches de 0, négatifs en Europe et au Japon, les actions sont l’actif à favoriser à long terme. Dans notre scénario, la croissance en U accélérera en 2021. Les marchés vont trop vite aujourd’hui selon nous. On profitera de la volatilité prochaine pour renforcer les positions, notamment dans les secteurs/pays pro-cycliques, qui profitent le plus de la reprise économique anticipée. Nos marchés préférés restent les Etats-Unis, la Zone Euro et les pays émergents, notamment l’Asie hors Japon. Nous devenons neutres sur le Royaume-Uni.

 

Ce qui change ce mois

 

1)      Nous devenons neutres sur le marché britannique, au lieu de positifs. Les actions britanniques ont souffert de l’impact de la pandémie, particulièrement forte dans ce pays. Elles sont très bon marché par rapport aux autres bourses. Mais les perspectives de croissance économique du Royaume-Uni sont inférieures aux autres, notamment à cause du Brexit et plus particulièrement du risque de Brexit sans accord. La composition du marché britannique, avec beaucoup de valeurs défensives ne le favorise pas, à un moment où nous mettons l’accent sur les valeurs cycliques.

2)      Nous révisons en hausse notre objectif sur l’or avec un nouveau range attendu de 1700-1900$ l’once (au lieu de 1600-1800). Nous restons positifs sur l’or car les fondamentaux en place qui le favorise sont inchangés : les taux d’intérêt réels sont négatifs, les politiques monétaires sont et resteront ultra accommodantes et les Quantitative Easing sont massifs. L’or est un moyen de diversification des risques qui permet de limiter la volatilité des portefeuilles.

 

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Florent Brones

Chief Investment Officer
BNP Paribas Wealth Management

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