Lettre de stratégie d'investissement : Mars 2020
#Articles — 06.03.2020

Lettre de Stratégie d'Investissement : Mars 2020

Florent Brones

Lettre de stratégie d'investissement : Décembre 2019 I BNP Paribas Wealth Management

 Points clefs

. L’épidémie de Coronavirus

Les mesures de contingentement prises pour limiter l’épidémie de coronavirus ont un impact direct important sur l’activité économique des pays touchés. Notre hypothèse essentielle est que la contraction d’activité sera transitoire (T1 en Chine, T2 dans les autres pays touchés depuis), et que la reprise se confirmera au second semestre, pour se prolonger en 2021.

. Fortes réactions en termes de politiques économiques attendues

Les réactions en matière de politiques économiques à ce choc exogène se multiplient. Les banques centrales, et notamment la Fed avec sa baisse surprise des taux le 3 mars, utilisent tous les outils à leur disposition. D’autres mesures suivront, y compris en termes de politique budgétaire.

. Poussée sur la volatilité, tensions sur les marchés financiers

Les craintes sur la conjoncture économique ont eu un impact négatif sur les marchés financiers avec très tôt une forte baisse des taux obligataires et une tension marquée plus tardive sur les bourses. Celles-ci ont baissé de plus de 10% en 10 sessions.

. Maintien de la stratégie d’achat sur replis

Nous maintenons notre opinion positive sur les actifs risqués et la stratégie d’achat sur replis des marchés actions. Pas de changement dans nos préférences, nous mettons en avant les marchés de la zone Euro, les Etats-Unis, le UK et les Pays Emergents.

 

Editorial

Coronavirus, derniers développements

En Chine, premier pays touché, le nombre de nouveaux cas d’infections diminue. Il semblerait que l’épidémie soit en train d’atteindre son pic dans ce pays. En revanche, l’épidémie se répand dans de nombreux pays où le nombre de nouveaux cas ne cesse d’augmenter. Au moment de la rédaction de cet article, on comptabilise plus de 93000 cas déclarés, plus de 3200 décès, 81 pays impactés (dont la Corée du sud, l’Italie et l’Iran qui sont particulièrement touchés). Des mesures de contingentement sont prises partout afin de limiter les contagions

 

Reprise économique reportée et non en train de dérailler

Ces mesures de contingentement ont un impact direct important sur l’activité économique des pays touchés. Ainsi en Chine, des secteurs industriels et certaines régions ont été paralysés au mois de février avec un arrêt quasi complet d’activité. L’impact sera important sur les chiffres du premier trimestre. La reprise commence néanmoins à se dessiner début mars. Dans les autres pays, un schéma identique se profile avec une baisse d’activité probable durant le second trimestre, puis une reprise ultérieure.  Nous avons révisé en baisse nos estimations de croissance économique pour le premier semestre, en Chine surtout en T1, dans les autres pays surtout en T2 ; mais l’hypothèse essentielle est que la contraction d’activité sera transitoire, et que la reprise se confirmera au second semestre, pour se prolonger en 2021.

 

Une situation « compliquée » sur les marchés financiers

Les craintes sur la conjoncture économique ont très tôt eu un impact négatif sur les marchés obligataires. La baisse des taux a été rapide aux Etats-Unis surtout, où les taux à 30 ans ont fait de nouveaux plus bas dès la mi-février. Le 3 mars, pour la première fois de son histoire, le rendement des obligations américaine à 10 ans est passé sous 1% ! Toute la courbe des taux américaine a fortement baissé pour atteindre de nouveaux points bas (en termes de rendements) ; les anticipations de baisse des taux officiels américains sont fortes, à tel point que la Fed a baissé le 3 mars de 50 points de base son taux officiel avant sa réunion habituelle du 18 mars. En Europe, le marché obligataire a moins réagi, les taux ont certes baissé mais ils n’ont pas fait de nouveaux records en Allemagne par exemple. Les actifs en dollar ont donc tenu un rôle de valeur refuge, d’où la vigueur du billet vert en février. Il s’est retourné durant les derniers jours avec les anticipations puis la concrétisation de baisse des taux Fed.

Durant 10 sessions débutées le 19 février, les actions ont recollé aux obligations, avec un mouvement très fort de baisse. Les indices de volatilité (VIX ou V2X) ont dépassé les niveaux de 40, soit des niveaux très exceptionnels de tension sur les marchés avec des baisses supérieures à -10% sur la plupart des places boursières.

 

Maintien de notre stratégie d’achat sur reculs des bourses

Nous maintenons notre opinion positive sur les actifs risqués et la stratégie d’achat sur replis des marchés actions.

               . Le coronavirus fait partie des risques exogènes imprévisibles : son impact sera fort mais de courte durée. En Chine, premier pays touché, la reprise se dessine déjà ; c’est dans ce pays que le scénario de reprise en forme de V ou de U sera validé le premier.

               . Les réactions en matière de politiques économiques à ce choc exogène se multiplient. Les banques centrales, et notamment la Fed avec sa baisse surprise des taux le 3 mars, utilisent tous les outils à leur disposition pour limiter l’impact des mesures de contingentement. On assistera dans les prochaines semaines à de multiples initiatives, plus ou moins concertées sur le plan international, de baisses de taux, d’injections de liquidités, de prêts aux entreprises en difficultés de trésorerie. Les politiques budgétaires pourraient être plus expansionnistes à l’avenir.

               . Les taux d’intérêt sont très bas, faisant de nouveaux records sur toutes les courbes quasiment. Les taux réels sont négatifs, y compris ce qui est nouveau sur des obligations très longues, comme par exemple sur le 30 ans américain ! TINA : « there is no alternative », reste un argument fort ; à long terme, pour couvrir l’inflation, les investisseurs seront amenés à prendre plus de risque et à investir en dehors des marchés de taux.

               . La valorisation des marchés actions est favorable. Certes, les prévisions de résultats pour les prochains mois vont être revues en baisse. Mais, les ratios de valorisations demeurent très bon marchés en Europe, et sont revenus en deçà des moyennes historiques aux Etats-Unis dès que l’on compare les actions aux taux d’intérêt. Juste un exemple ; le rendement du S&P500 (dividend yield) aux Etats-Unis est de 2% ; un taux à 30 ans de 1,57%.

               . Pour le court terme, les plus bas sur les bourses n’ont probablement pas encore été atteints mais l’essentiel des replis de cours nous semble avoir été réalisé. Nous anticipons une période prolongée de volatilité en raison du contexte économique décrit ci-dessus et restons acheteurs lors des phases de reculs. La meilleure manière de juger quand la fenêtre d’opportunité d’achat sur recul commencera à se fermer sera lorsque les bourses montreront une insensibilité croissante aux mauvaises nouvelles. Historiquement, les achats réalisés lorsque la volatilité est à 40%, ou bien aux niveaux atteints par les indices boursiers lorsque la volatilité a été à 40%, sont gagnants, à condition de rester patient.

 

Ce qui change ce mois

Les changements essentiels ce mois-ci concernent les politiques monétaires qui seront plus accommodantes que prévues jusqu’ici. Compte tenu des impacts économiques des mesures de contingentement prises pour limiter l’extension de l’épidémie, les politiques monétaires et budgétaires vont être relâchées de nouveau durant les prochaines semaines, peut-être même avec des actions concertées entre pays de G7.  Après la baisse surprise des taux par la Fed, nous sommes en train de réviser ce scénario et publierons un flash dans les prochains jours pour donner des précisions.  

L’or reste une valeur refuge très volatile, comme tous les actifs risqués en ce moment 

 

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Florent Brones

Chief Investment Officer
BNP Paribas Wealth Management

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