#Articles — 22.07.2022

La BCE relève ses taux directeurs pour la première fois en 10 ans !

Edmund Shing, Global Chief Investment Officer

ECB

Résumé

1.La BCE relève ses taux directeurs de 0,5 % pour la première fois depuis dix ans, portant le taux des dépôts à zéro et le taux des pensions à 0,5 %.

2.Selon nous, la BCE devrait encore relever ses taux directeurs au T3 et au T4 cette année pour atteindre un taux des dépôts de 1,0 % fin 2022.

3.Les craintes liées à la récession continuent de dominer les craintes liées à l'inflation, les rendements obligataires à 10 ans chutent à mesure que l'activité économique mondiale continue de ralentir. Le risque de récession dans la zone euro contraint la BCE à suivre étroitement de réunion en réunion l’évolution des données économiques et notamment l'évolution des prix de l'énergie en Europe.

4.La BCE a également introduit un nouvel instrument de protection de la transmission afin de limiter toute variation excessive des spreads des emprunts d'État de la zone euro (en achetant des obligations souveraines), compte tenu de l'élargissement récent du spread des obligations italiennes allemandes à 10 ans sur fond d'incertitude politique italienne.

5.L’impact sur les marchés financiers est relativement limité jusqu'à présent sur les marchés des devises, le taux de change EUR/USD oscillant autour de 1,02 USD par 1 euro. Les rendements obligataires ont continué de reculer par rapport aux récents sommets, les anticipations d'inflation à moyen terme continuant de reculer.

Les faits : la BCE relève ses taux directeurs plus que prévu

La Banque centrale européenne a tenu sa réunion ordinaire du conseil pour décider des taux d'intérêt le jeudi 21 juillet. Ils ont décidé de relever les taux directeurs de 0,5%, soit 50 points de base et plus que prévu par certains intervenants de marché. C'est la première fois en près de dix ans qu'ils augmentent les taux directeurs.

Pourquoi la BCE a-t-elle attendu si longtemps avant d'agir ?

Rétrospectivement, la BCE aurait peut-être dû relever les taux plus tôt, compte tenu du mouvement de hausse déjà lancé par les autres banques centrales il y a plusieurs mois.

La différence entre la BCE et d'autres banques centrales comme la Réserve fédérale américaine est liée à l’inflation. L'inflation américaine est en partie due à une inflation salariale élevée, ce qui a contraint la Réserve fédérale américaine à agir plus tôt. C'est moins vrai en Europe, où l'inflation élevée est davantage causée par le conflit russo-ukrainien et son impact sur les prix de l'énergie. Cela représente l'essentiel des pressions inflationnistes en Europe. Cela dit, un taux de dépôt négatif, c'est-à-dire un taux d'intérêt inférieur à zéro, était anormal compte tenu de l'inflation élevée.

Qu'attendons-nous de la BCE pour le reste de l'année et au-delà ?

La BCE devrait continuer à relever ses taux d'intérêt. Le taux de dépôt, qui a été négatif à
-0,5 %, est maintenant revenu à 0 %, après la hausse de 0,5% des taux directeurs. Nous prévoyons de nouvelles hausses de taux en septembre, octobre et peut-être décembre pour atteindre un taux de dépôt de 1 % d'ici la fin de l'année. Cela implique une nouvelle hausse cumulée de 100 points de base des taux d'intérêt au cours des prochains mois.

En 2023, la BCE devrait continuer à relever ses taux. Nous passerions donc de 1 % à au moins 1,5 % en 2023.

Quel sera l'impact économique de cette décision ?

A court terme, nous n'anticipons pas beaucoup d'effets sur l'économie de la zone euro, car revenir à un taux de dépôt de 0 % ne constitue pas vraiment un frein pour l'économie. L'impact négatif sur l'économie européenne provient des prix de l'énergie extrêmement élevés, qui ont affecté les entreprises et la consommation, plutôt que de ces décisions marginales de taux d'intérêt prises par la BCE.

Si la BCE continue à relever ses taux, comme nous le prévoyons, elle commencera à avoir un effet à la fois sur la croissance, déjà très faible en Europe, et, espérons-le, sur l'inflation, pour ramener le taux d'inflation à des niveaux plus gérables à moyen terme.

Quelles autres considérations la BCE doit-elle prendre en compte pour le moment ?

Aujourd'hui, la BCE doit tenir compte non seulement des taux d'inflation élevés, mais aussi de l'incertitude persistante et de l'impact du conflit ukrainien sur l'économie européenne. Cela reste très difficile à prévoir, mais il est certain qu'il a tendance à peser à la fois sur la croissance économique directement et indirectement sur les marchés financiers, car les marchés financiers n'aiment pas l'incertitude. 

Une deuxième considération clé est l'incertitude politique, en particulier en Italie, l'un des principaux membres de la zone euro où le Premier ministre Mario Draghi vient de démissionner. Nous ne savons pas quel type de gouvernement nous aurons dans les prochains mois. Il y a donc cette incertitude en Italie, à laquelle il faut également faire face.

Nous considérons qu'il s'agit là des deux principales considérations qui sont à l'arrière-plan de la BCE en ce moment.

Quel impact constatons-nous sur l'euro et les marchés financiers ?

Si l'on considère les marchés des changes, l'euro a récemment atteint la parité par rapport au dollar, soit 1 euro pour 1 dollar américain. Depuis lors, l'euro a légèrement reculé à 1,02 USD par 1 euro. Nous avons donc assisté jusqu'à présent à une très faible reprise de l'euro. En trois mois, nous nous attendons à ce que ce taux augmente légèrement, à 1,03 USD par euro, et dans douze mois, nous nous attendons à ce qu'il revienne à 1,12 USD. Nous recherchons donc une modeste réappréciation de l'euro face au dollar alors que la BCE relève ses taux.

En termes de marchés obligataires, nous avons assisté à une baisse des rendements obligataires à long terme, les craintes de récession continuant de dominer les craintes persistantes d'une inflation élevée. Le rendement du bund allemand à 10 ans est tombé à 1,07 % au moment de la rédaction du présent rapport, les anticipations d'inflation à moyen terme diminuant.

Depuis fin avril, le taux des swaps d'inflation euro à 5 ans est passé de 2,5 % à seulement 2 % aujourd'hui, reflétant ces anticipations d'inflation à moyen terme plus faibles.

Les marchés actions de la zone euro continuent de se remettre de leurs points bas récents, les rendements obligataires à long terme reculant, mais des secteurs tels que les banques, qui devraient bénéficier d'un taux de dépôt plus élevé de la BCE, n'ont pas encore réagi à cette décision surprise de la BCE.