Analyse des performances de 2020 par classe d’actifs
#Articles — 12.01.2021

Analyse des performances de 2020 par classe d’actifs

Guy Ertz

La majorité des actifs a enregistré une performance positive grâce à un fort rebond en fin d'année.

BNP Paribas Wealth Management

EN BREF

•        Incroyable mais vrai : la plupart des classes d'actifs ont terminé l'année sur une performance positive malgré l'effondrement au printemps de l'année dernière dû à la première vague de Covid-19.

•        Les marchés actions ont connu un rebond spectaculaire, notamment après l'annonce de la découverte de vaccins et la dissipation des incertitudes entourant les élections américaines. Les actions des marchés émergents ont fini l’année en tête, suivies par les marchés américains (en particulier la technologie) et japonais. Les marchés européens étaient un peu à la traîne. Les marchés allemands sont ceux qui ont le mieux rebondi.

•        Toutes les classes d'actifs obligataires ont également enregistré des performances solides en 2020, à l'exception des obligations émergentes en devise locale une fois converties en euro, l'euro s'étant renforcé tout au long de l'année.

•        Sur le marché des changes, la principale tendance a été l'affaiblissement du dollar américain.

•        Les métaux précieux et industriels s’en sont très bien sortis. Le secteur de l’énergie a, certes, connu un beau rebond mais insuffisant pour compenser la forte baisse du début d'année.

•        Les matières premières cycliques, en particulier celles des pays exportateurs de matières premières, s’en sont également très bien sorties. Les UCITS alternatifs ont rattrapé leur retard en fin d'année, les ‘Event Driven’ ayant enregistré une performance positive sur 2020. L'immobilier a récupéré une partie de ses pertes mais aucune région n'a enregistré de performances positives sur l'ensemble de l'année.

 

 

Marchés actions

Le MSCI World US$, un indice pour les actions mondiales, a enregistré une performance de +14% en 2020. Aux États-Unis, nous avons observé de solides performances. Plus impressionnant encore, le NASDAQ a enregistré un gain de +48% cette année. Pour les entreprises technologiques, les valeurs « Awesome 8 » (Amazon, Apple, Facebook, Google, Microsoft, Netflix, Nvidia et Tesla), qui font parties du NASDAQ, la pandémie de Covid-19 a été l'occasion de développer leurs offres et leur base de clients. En Europe, la situation fut différente et de nombreux marchés ont souffert. L'indice Stoxx 600 (en euros) a perdu 4%, le FTSE 100 britannique et le marché espagnol ont eux perdu près de 15%. Le DAX allemand a bien mieux performé avec un gain proche de 4%.

 

En Asie, l'indice japonais Nikkei 225 et l'indice KOSPI (Corée du Sud) ont en revanche de très bons résultats, affichant respectivement +16% et +31%. L'Asie a été frappée par le virus plus tôt que l'Europe et les États-Unis, ce qui a permis à ces économies de se redresser plus tôt et plus vigoureusement. Sur les marchés émergents, les performances ont été contrastées. Le MSCI Emerging Markets (en USD) a progressé de 16% en 2020, le MSCI EM Latin America (en USD) a affiché une performance négative avec -16%, tiré vers le bas notamment par le Brésil, qui est le troisième pays le plus touché par le virus (près de 8 millions de cas d'infection). Le MSCI EM Asia (en USD) s’en est très bien sorti l'an dernier avec +26%, emmené par la Chine, dont l’économie a été la plus résistante au virus. La Chine devrait être la seule grande économie à enregistrer une croissance positive de son PIB en 2020. Sa bourse, quant à elle, a enregistré une performance de +27% (CSI 300) l'an dernier.

 

A titre de comparaison entre les marchés actions européens et américains, le MSCI North America a surperformé le MSCI Europe de 23%. Le MSCI North America a terminé l'année sur une forte hausse de 19%, se redressant pleinement de ses pertes du 1er trimestre. La performance de l'indice MSCI EU fut plus décevante avec une chute de 4% l'an dernier, incapable de rebondir suite aux confinements successifs.

 

En Europe et aux États-Unis, les indices ont été tirés par la performance des entreprises technologiques, respectivement de +14% et +44%. La performance du secteur s'explique par la hausse exponentielle des commandes en ligne durant les confinements. En revanche, le secteur de l'énergie est celui qui a impacté le plus négativement ces indices en 2020. Sa performance a été assez similaire pour les deux, -35% en Europe et -37% aux États-Unis.

Marchés obligataires

Les marchés obligataires ont bien performés en 2020. L'indice Bloomberg Barclays Global Aggregate, composé d'obligations souveraines et d'entreprises des marchés développés et émergents, a gagné 9,2%, sa meilleure performance depuis 2007.

La crise de la Covid a déclenché une réaction sans précédent de la part des banques centrales. Elles ont baissé leurs taux directeurs et ont démarré ou renforcé leurs programmes d'achat d'obligations, ce qui a poussé la plupart des rendements obligataires à leurs plus bas historiques et porté le montant de la dette à rendement négatif à un plus haut historique. Ainsi, les obligations d'État ont progressé en 2020 : +7,9% aux États-Unis, +3,0% en Allemagne, +7,9% en Italie, +10,5% en Grèce et un peu plus de 4% en France, en Espagne et au Portugal.

Les investisseurs ont été contraints de se tourner vers les actifs risqués pour trouver un rendement décent puisque 26 % des obligations dans le monde ont des rendements inférieurs à zéro. Par conséquent, la demande pour les obligations d'entreprises a été forte et elles ont enregistré des performances positives : +2,8% pour les obligations Investment Grade de la zone euro et +9,9% pour les obligations Investment Grade aux États-Unis. Les convertibles de la zone euro ont progressé de 6,1%. Les obligations « Investment Grade » ont globalement surperformé les obligations High Yield, ces dernières gagnant 2,3% en zone euro et 7,1% aux États-Unis.

Les obligations émergentes ont également enregistré des performances solides, les investisseurs à la recherche de rendement s’étant focalisés sur la reprise économique. Les obligations émergentes en devise forte ont gagné 6,5% (dans le détail, +7,1% pour les obligations d'État et +8,4% pour les obligations d'entreprises). Les obligations émergentes en devise locale ont également progressé, mais les devises émergentes se sont dépréciées face au dollar et à l'euro en 2020. Ainsi, une fois converti en dollars, le gain a diminué à +5,3% et en euros, les obligations locales ont perdu 3,4%.

Marché des changes

L'euro a enregistré une forte performance face au dollar, notamment depuis mars. La crise de la Covid-19 a d'abord conduit à la vigueur du dollar avec une baisse de la valeur d'un euro à 1,07 le 29 mars. Les risques ayant progressivement diminué dans un contexte de faible écart de taux d'intérêt, le dollar s'est progressivement déprécié avec une valeur d'un euro s'élevant à près de 1,23. Sur 2020, le dollar s'est déprécié d'environ 8%. Le différentiel de taux d'intérêt devrait rester bas pendant longtemps car la Fed permet à l'inflation de dépasser l'objectif sans relever ses taux.

La livre sterling a souffert de la crise Covid-19 et des négociations sur le Brexit. Au final, la livre sterling a perdu -5,3% face à l'euro en 2020 et a ensuite oscillé autour de 0,9 (en valeur d'un euro). L'accord de dernière minute sur le Brexit est intervenu dans un contexte de nouvelles mesures de blocage laissant la livre sterling globalement inchangée.

Le yen japonais a progressé de +5,2% face au dollar en 2020, terminant l'année à 103,24. En tant que devise refuge, le yen a bénéficié de l'incertitude prolongée liée aux tensions commerciales sino-américaines et aux différentes vagues du virus.

Les devises cycliques liées aux exportations de matières premières comme les dollars australien et néo-zélandais s’en sont particulièrement bien sorties. La devise suédoise a été la plus performante de notre univers face au dollar et à l'euro. Le pays possède des biens immobiliers cycliques et, de manière générale, un secteur des services de plus petite taille.

Matières Premières

L'an dernier, le Brent a enregistré une forte baisse de 24,4%. Cette performance s'explique par l'augmentation de la production de l'OPEP +, les craintes de confinements supplémentaires et les inquiétudes liées à l'offre puisque la Libye pourrait être en mesure d'exporter. L'or et les métaux précieux en général s’en sont très bien sortis en 2020, en particulier l'or comme une protection contre les effets à long terme de « planche à billets » massive et des tensions politiques. L'argent a gagné 46,9% en 2020, soutenu par la forte demande de métaux précieux et les mesures de relance des banques centrales. Les métaux industriels (notamment le cuivre) ont très bien performé avec une hausse de 16,3% sur l'année. Ils ont bénéficié du rebond de la production industrielle chinoise, de la hausse de la demande liée au stockage de l'énergie et des perturbations de l'offre.

Investissements alternatifs

Les investissements alternatifs ont enregistré une solide performance en décembre, les stratégies actions et crédit ayant fortement contribué au bêta grâce à l'actualité positive liée aux vaccins. Les actions Long Short ont bénéficié de l'exposition nette longue, tandis que le Global Macro a généralement bénéficié de l'exposition courte au dollar américain et, dans une moindre mesure, de la pentification de la courbe des taux aux États-Unis. Sur l'année, les actions Event Driven et Long Short ont pu enregistrer une performance positive,  4,4% et 0,9% respectivement. Le Global Macro a été la stratégie la moins performante. 

Immobilier

Les cours des fonds d'investissement immobiliers commerciaux (REIT) ont également bénéficié de l'environnement de prise de risque en décembre. Sur l'ensemble de l'année, toutes les régions ont toutefois enregistré une performance négative et sont à la traîne vis-à-vis des marchés actions. En termes relatifs, la zone euro affiche la meilleure performance avec -7,4%. Le Royaume-Uni a plus souffert que les autres marchés développés. Les plus mauvaises performances ont été observées sur certains marchés émergents, notamment en dehors de l'Asie.