L'année de l’espoir
#Articles — 22.12.2020

L'annee de l'espoir

Patrick Casselman, Senior Equity Specialist

La semaine dernière, les bourses ont repris leur rallye de fin d'année grâce à l’espoir croissant de voir un accord américain sur les stimulus et un accord commercial britannico-européen.

BNP Paribas Wealth Management

Le Stoxx Europe 600 a progressé d’1,5% et le S&P500 d’1,25%, suffisamment pour encore atteindre un nouveau record, tant la technologie que les valeurs cycliques traditionnelles (industrie automobile, matériaux...) ont grimpé, alors que les secteurs défensifs sont restés quelque peu à la traîne (télécoms, soins de santé, alimentation...). L’espoir d'un redressement économique s’est aussi traduit par une poursuite de la hausse des prix du pétrole et des matières premières. En présence de ce gros appétit pour le risque, les cours des obligations et le dollar ont cédé un peu de terrain.

 

Une année de contrastes marqués

 

Assurément, peu d’entre nous seront tristes de tourner la page de l’année historique que fut 2020. Le bilan du coronavirus est actuellement de 75 millions de contaminations et d’1,7 million de décès enregistrés de par le monde. La plupart des pays ont subi la plus importante récession économique de leur histoire, associée à une rapide augmentation du nombre de chômeurs. En raison des récentes résurgences du coronavirus et des nouveaux confinements, de nombreux secteurs sont toujours à l’arrêt (notamment le tourisme, l'horeca, l’événementiel, les métiers de contact...). Et bien que le démarrage des programmes de vaccination laisse espérer que tout va revenir à la normale vers la mi-2021, les économistes préviennent qu’il faudra plus d'un an avant de pouvoir parler d'un redressement complet suite à ce coup dur.

 

Il y a donc un contraste important avec le constat qu’en 2020, la plupart des bourses ont tout de même enregistré des gains corrects, voir même atteint des records, pour les bourses américaines. Petit tour de table: le S&P500 américain enregistre cette année un gain de +15%, mais a été récemment rattrapé par l’indice small caps Russel 2000 (+18%). Et étant donné que de nombreuses entreprises technologiques profitent de la tendance "stay at home", le Nasdaq a même signé une progression impressionnante de 42% en 2020. Les bourses asiatiques ne s’en tirent pas mal non plus: les bourses chinoise, indienne et japonaise affichent 13% de gain. Les bourses européennes étaient un peu à la traîne et affichent toujours en moyenne 5% de pertes, mais commencent tout de même à reprendre des couleurs ces derniers mois. Entretemps, les bourses allemande et néerlandaise ont déjà sorti la tête de l’eau (dans le vert depuis le début de l’année). Les plus faibles performances ont aussi été observées dans les marchés du sud de l’Europe (par ex. Espagne: -15%) et au Royaume-Uni (-13%, notamment à cause de l’incertitude liée au Brexit).

 

Les bourses sont mues par l’espoir et par les liquidités

 

Le parcours s’est toutefois révélé cahotant. De la mi-février à la mi-mars, la plupart des marchés ont connu la plus importante chute de leur histoire (-35 à 40%), pour se rétablir presque aussi rapidement au cours des mois qui ont suivi. Les taux d'intérêt ont atteint des planchers sans précédent, et le prix du pétrole a même été négatif à un moment donné. Que les bourses et les prix du pétrole et des matières premières se soient finalement plus que redressés est notamment imputable au redressement économique étonnamment rapide en Chine (incroyable comme les Chinois ont si bien maîtrisé la pandémie) et aux records de stimulus des banques centrales et des gouvernements. Le fait que les bénéfices des entreprises ont dévissé moins que ce que l’on craignait a naturellement aussi aidé. Grâce au soutien des autorités (comme le chômage temporaire), les entreprises ont en effet pu réduire drastiquement leurs coûts. Et le mot d’ordre de rester chez soi a même donné un sérieux coup de pouce à de nombreuses entreprises technologiques et d’e-commerce. Mais surtout, les marchés étaient mus par l’espoir. L’espoir que les vaccinations vont réprimer la pandémie en 2021, l’espoir de soutiens supplémentaires, de redressement économique, d’accords politiques...

 

Enfin un accord américain sur les stimulus

 

Petit topo de la semaine dernière: alors que le nombre de contaminations et de décès liés au coronavirus atteint un sommet aux Etats-Unis et que plusieurs pays annoncent de nouveaux confinements, les marchés ont progressé la semaine dernière grâce à l’espoir croissant d’aboutir à des accords politiques: aux Etats-Unis, entre les Démocrates et les Républicains, quant au prochain paquet de stimulus, et en Europe, entre le Royaume-Uni et l’UE, quant à un accord commercial. Après plus de 6 mois de négociations, un accord a finalement été atteint aux USA sur un nouveau train de stimulus de 900 milliards USD, pour succéder aux stimulus déjà utilisés de 2.200 milliards USD. Cela inclut un nouveau soutien pour les petites entreprises, un deuxième tour de chèques individuels, un complément aux allocations de chômage fédérales et différents financements pour les programmes des états locaux. Ceux-ci peuvent soutenir l’économie jusqu’en mars.

 

Mais pas encore de fumée blanche pour le Brexit

 

Dans les négociations commerciales entre le Royaume-Uni et l’Europe, des progrès ont été enregistrés la semaine dernière sur le plan du traitement des litiges et des règles du jeu équitables pour les entreprises (législation sociale et écologique pas trop différente) mais les négociateurs butent toujours sur la pêche. Les négociations se poursuivent cette semaine.

 

Comment les marchés digèrent-ils la mutation du coronavirus?

 

Mais cette semaine, l’attention devra encore plus se porter sur la mutation du coronavirus, qui est encore plus contagieuse et touche maintenant surtout le Royaume-Uni. Londres est complètement confinée et différents pays ont temporairement fermé leurs frontières avec le Royaume-Uni. La principale question est de savoir si les vaccins actuels sont aussi efficaces contre le nouveau coronavirus. Probablement que oui, mais cela doit encore être prouvé. Avec cette incertitude, les marchés vont peut-être devoir faire face à une nouvelle correction in extremis avant la fin de l’année. Jusqu’à ce que cette incertitude s’estompe à nouveau et que l’espoir reprenne le flambeau.