Les craintes de pandémie s’accentuent
#Articles — 24.02.2020

Les craintes de pandémie s’accentuent

Xavier TIMMERMANS Senior Investment Strategy, PRB

Les craintes d’une propagation internationale du coronavirus se sont accentuées avec la hausse du nombre de contaminations en Corée du Sud, en Iran et en Italie.

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L’impact du virus sur la croissance mondiale pourrait être plus long et plus coûteux. Vendredi, les actions ont perdu plus de 1% et les rendements des obligations du Trésor US on atteint un plus bas historique. Sur la semaine, le recul des bourses a été modeste mais s’accentue ce lundi matin, Séoul perdant plus de 3%. L’or a atteint son plus haut niveau en 7 ans.

 

Le marché obligataire anticipe des baisses de taux

La menace que fait peser sur la croissance mondiale la propagation du coronavirus hors de  Chine a influencé les obligations gouvernementales. Les rendements des obligations du Trésor US à 30 ans ont baissé jusqu’à 1,89% et les 10 ans jusqu’à 1,47%. Le marché des « futures » sur taux à court terme incorporent maintenant presque deux baisses de taux de 0,25% d’ici la fin de l’année.

Cette conviction que les taux vont baisser explique pourquoi les investisseurs sont tellement friands d’obligations alors que les rendements sont déjà très bas.

 

PMI : surprise positive Europe mais négative aux USA

De façon surprenante, les indices des directeurs d’achats (Purchaser Manager Index – PMI) en Europe ont été supérieurs aux attentes alors qu’aux États-Unis, cela a été l’inverse.

L’indice PMI du secteur manufacturier de la zone euro est passé de 47,9 en janvier à 49,1 en février. L’amélioration est notable en Allemagne. L’indice reste sous le niveau de 50, ce qui pointe toujours vers un ralentissement de la croissance dans l’industrie mais le point bas semble dépassé. Le PMI des services s’améliorant également, l’indice composite s’inscrit à 51,6 au total.

Aux États-Unis par contre, le PMI manufacturier a baissé de 51,9 à 50,8 et celui des services de 53,4 à 49,4.  Cette mauvaise surprise à fait à nouveau baisser quelque peu le dollar qui avait été particulièrement vigoureux depuis début février.

 

Que conclure à ce stade ?

Étant donné l’optimisme peut-être excessif qui a conduit les indices américains à battre de nouveaux records historiques mercredi dernier, les incertitudes liées à la propagation du coronavirus hors de Chine et, potentiellement, au choix du candidat démocrate aux présidentielles américaines pourraient faire revenir la volatilité (un euphémisme pour dire qu’il faut s’attendre à des baisses).

La forte appréciation des valeurs refuges (Treasury bonds, métaux précieux et même dollar) peut-elle rester compatible avec une bonne tenue des marchés ? Probablement pas si la crise sanitaire s’élargit et se prolonge plus longtemps qu’anticipé. Le coût économique ne pourra pas être rattrapé en quelques mois.

Mais paradoxalement, plus les rendements obligataires baissent, plus la prime de risque qu’offre les actions devient importante. La valeur des actions étant la valeur actualisée des bénéfices futurs, cette dernière croît avec la baisse des taux longs. L’hypothèse étant que les bénéfices des prochaines années ne devraient pas être affectés par le coronavirus. 

 

Quelle stratégie adopter ?

La hausse prévisible de la volatilité nous incite à être prudents mais pas négatifs. Prendre un peu de bénéfices sur les valeurs qui sont devenues un peu trop à la mode a du sens dans l’idée de réinvestir à de meilleurs prix et/ou dans des secteurs ou des thèmes moins vulnérables du point de vue valorisation. Acheter sur faiblesse reste une bonne stratégie qui n’a pas pu vraiment être appliquée jusqu’ici, vu l’absence de baisses significatives.

Il en va de même pour l’euro par rapport au dollar. Aux alentours de 1,08, le dollar est suracheté et surévalué (parité des pouvoirs d’achat à 1,28 EUR). Le dollar bénéficie pour le moment de son statut de valeur refuge. Mais la baisse du PMI US sous 50 et le rétrécissement du différentiel de taux devraient atténuer sa vigueur. Lorsque la Chine et le reste de l’Asie redémarreront une fois l’épidémie maîtrisée, L’Europe et le Japon devraient plus en profiter que les Etats-Unis, ce qui devrait bénéficier aux devises de ces pays.