#Articles — 07.06.2020

La déglobalisation : les bénéficiaires d'un retournement du commerce mondial

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Theme d'investissement 4 | BNP PARIBAS WEALTH MANAGEMENT

La crise Covid-19 va accélérer la tendance à la démondialisation. De plus en plus de signes indiquent que les perturbations de la chaîne d'approvisionnement, dues aux mesures de confinement, ont conduit les gouvernements et les entreprises du monde entier à reconsidérer leurs modèles de production.

NOS RECOMMANDATIONS


Remaniement des chaînes d'approvisionnement mondiales, des nouveaux pôles de production se créent :

Taïwan et la Corée du Sud pour les composants/produits liés aux technologies amont, l'Asie du Sud pour les biens de consommation bas de gamme.

Bénéficiaires aux Etats-Unis et en Europe :

Les industries à forte valeur ajoutée, un large éventail de fournisseurs de services et l'éducation.

Incertitude politique/géopolitique :

Protection avec des actifs refuges (comme l'or, le JPY et des opportunités tactiques longues en USD).

La pandémie accélère un remaniement des chaînes d'approvisionnement mondiales

La pandémie COVID-19 a mis en lumière les risques massifs d'arrêts soudains des économies et de perturbations de l'approvisionnement. Elle met également en évidence la dépendance des entreprises mondiales à l'égard de l'industrie manufacturière chinoise.

En conséquence, certains gouvernements ont commencé à encourager le « re-shoring » du processus de production :

•Le Japon a annoncé qu'il allait allouer 2,2 milliards d'USD de son plan de relance record de 993 milliards d'USD pour aider ses fabricants à délocaliser leur production hors de Chine et dans leur pays ou en Asie du Sud-Est.

•L'administration Trump envisage de payer les frais de déplacement des fabricants américains qui quittent la Chine.

•Un commissaire au commerce de l'UE a récemment commenté que le bloc chercherait à réduire ses dépendances commerciales et à assurer l'autonomie stratégique de l'UE.  

De nouveaux pôles de production

Après la crise, il pourrait y avoir plus de pression sociale pour relancer localement certains domaines stratégiques et assurer l'autosuffisance (fournitures médicales ou dispositifs liés à la santé par exemple).  Les entreprises manufacturières devraient également mettre davantage l'accent sur la diversification de la base de production ainsi que sur la numérisation et l'automatisation industrielles.

Nous prévoyons que la redistribution des chaînes d'approvisionnement profitera aux pays d'Asie du Sud pour les produits de consommation bas de gamme, ainsi qu'à Taïwan et à la Corée du Sud pour les composants/produits sophistiqués liés aux technologies.

Aux Etats-Unis et en Europe, la tendance au rapatriement des capacités de production s'accélère. Sa naissance résulte d'une combinaison d'innovations technologiques (permettant des chaînes d'approvisionnement plus courtes) et de hausses des salaires dans les pays émergents. Les grands gagnants sont les industries à forte valeur ajoutée. Maintenant, le souhait de réduire la dépendance et de s'attaquer aux inégalités est renforcé. Les investissements dans l'éducation devraient être augmentés et la démondialisation est également favorisée par la part croissante des services dans le PIB mondial.

En résumé, les principaux bénéficiaires de la démondialisation dans les économies développées sont les industries à plus forte valeur ajoutée, un large éventail de prestataires de services et l'éducation.

Nous restons positifs à l'égard des actions sud-coréennes et avons relevé notre opinion sur les actions taïwanaises de neutre à positive début mai. Les valorisations des deux marchés sont devenues plus attractives après les corrections.

Le marché taïwanais, très orienté sur le secteur technologique, sera bénéficiaire de sa politique de « retour à la maison » et de la demande des fabricants mondiaux de mises à niveau technologiques dans un contexte de mégatendance des technologies disruptives telles que la 5G, l’Internet des Objets et l’Intelligence Artificielle. Il existe déjà de plus en plus de signes d'un cycle d'investissements domestiques.

En outre, après avoir annoncé une taxe beaucoup plus faible pour les nouvelles entreprises manufacturières qui se délocalisent en Inde en septembre de l'année dernière, le gouvernement indien aurait contacté plus de 1 000 entreprises américaines (en donnant la priorité aux fournisseurs d'équipements médicaux, aux unités de transformation des produits alimentaires, aux fabricants de textiles, de cuir et de pièces automobiles) en avril, offrant des incitations aux fabricants qui cherchent à quitter la Chine. Bien que le pays souffre actuellement du lock-down, la politique volontariste de stimulation de son secteur manufacturier est un facteur positif pour soutenir l'économie à moyen terme. 

Faire face à l'incertitude politique/géopolitique

La tendance à l'accélération de la démondialisation pourrait créer une incertitude politique/géopolitique persistante. Il y a eu des réactions de plus en plus vives à l'échelle mondiale contre la Chine en raison de sa mauvaise gestion supposée de l'épidémie COVID-19 dans les premiers jours. L'administration Trump a publiquement attribué à la Chine différents degrés de responsabilité dans la pandémie et a menacé de nouveaux tarifs.

Nous recommandons aux investisseurs de protéger leurs portefeuilles avec certains actifs refuges tels que l'or, le yen japonais et/ou certaines positions tactiques longues sur le dollar lorsque les opportunités se présentent.

 

RISQUES PRINCIPAUX

La tendance à la mondialisation s'accentue à nouveau comme suit :

• un accord commercial global entre les États-Unis et la Chine est conclu ;

• les tensions commerciales mondiales s'atténuent de manière significative ;

• les innovations perturbatrices dans les technologies numériques augmentent considérablement les flux commerciaux transfrontaliers ;

L'extension des mesures de confinement et une deuxième vague de l'épidémie conduisent à une récession mondiale plus profonde et prolongée en 2020. Les investisseurs restent averses au risque, ce qui nuit à la performance des actions, tandis que les actifs refuges devraient bien se comporter.