L’épidémie du coronavirus, un choc économique ?
#Articles — 11.02.2020

L’épidémie du coronavirus, un choc économique ?

Prashant BHAYANI, Chief Investment Officer, Asia & Grace TAM, Chief Investment Advisor, Asia

L'évolution récente de l'épidémie de coronavirus semble laisser penser que le virus est plus contagieux que le SRAS en 2003.

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Bien que le taux de mortalité soit plus faible (actuellement, de l’ordre de 2 % contre environ 9,7 % pour le SRAS), le nombre de personnes infectées a déjà dépassé celui du SRAS sur une période bien plus courte et continue de croître rapidement. Cela implique-t-il que l'impact économique pourrait être plus important cette fois-ci, étant données l’étendue et la rapidité de propagation du virus ? Est-ce un événement noir qui va avoir une incidence majeure sur la reprise modérée de la croissance mondiale que nous attendions au début de cette année ?

Un choc économique succinct, mais brutal

Nous avons mentionné dans notre note de stratégie publiée avant le Nouvel an lunaire que l'impact du coronavirus sur l'économie et les marchés sera de courte durée (quelques mois seulement) d’après l'expérience du SRAS, et que la consommation numérique (commerce, divertissement et enseignement en ligne) pourrait en tirer profit. Nous tentons ici d'évaluer les éventuels dommages économiques à court terme par rapport à l'évolution de la situation de l'épidémie actuelle.

(1)   Les mesures agressives de quarantaine entraînent une forte perturbation de l’économie en Chine

Le blocage des villes est une mesure sans précédent prise par les autorités chinoises. Les suspensions d'activité et de production jusqu'au 9 février auront un impact économique pour la plupart des provinces concernées. Non seulement le commerce de détail hors ligne (y compris la restauration), les transports et l'hôtellerie (représentant au total 16 % du PIB chinois et 29 % de la production du secteur des services) sont touchés par les restrictions sur les déplacements et l'incertitude accrue, mais le secteur manufacturier est également affecté par les fermetures d'usines et les perturbations logistiques. Outre une base élevée au 1er trimestre 2019, la croissance du PIB de la Chine au 1er trimestre 2020 pourrait tomber en dessous de 5 %.

 

 

(2)   Choc de la demande dans les économies ayant des liens étroits avec la Chine par le biais du tourisme et du commerce

·        Tourisme : la baisse importante du tourisme extérieur en provenance de Chine nuit aux économies fortement exposées aux visiteurs chinois. En Asie, Hong Kong et la Thaïlande sont les plus exposés puisque le tourisme chinois représente 8 % et 3 % de leur PIB respectif, et la part des touristes chinois y est respectivement de 79 % et 28 %. Si le nombre de visiteurs chinois à Hong Kong avait déjà nettement diminué en raison des manifestations, l'impact réel pourrait ne pas être aussi important que le montrent les chiffres.  

·        Commerce : la Chine est plus intégrée dans les chaînes d'approvisionnement mondiales aujourd'hui qu'en 2003. Les restrictions imposées aux déplacements créent de grandes incertitudes et des perturbations dans les chaînes d'approvisionnement. Par exemple, certaines entreprises technologiques et certains fabricants de composants de Taïwan et de Corée possédant des usines à Hubei et dans les provinces adjacentes pourraient être touchés. En outre, un ralentissement important de la croissance chinoise pourrait avoir des répercussions sur toutes les économies asiatiques. Toutefois, la guerre commerciale sino-américaine a déclenché un déplacement partiel des chaînes d'approvisionnement au cours des 18 derniers mois, et la croissance de la consommation en ligne aujourd’hui (contre une croissance minime en 2003) pourrait atténuer l'impact global.

(3) Effets indirects des comportements prudents

L'impact indirect dû à la prudence des consommateurs, des chefs d’entreprise et des investisseurs est difficile à quantifier. Un nombre croissant de pays et de nombreuses multinationales ont imposé une interdiction de se rendre en Chine. Le ralentissement des flux de personnes limite également considérablement les opportunités d'affaires et de production. Globalement, l'Inde et l'Indonésie, dont les économies sont davantage axées sur la demande intérieure, semblent être plus isolées dans la région. Toutefois, elles pourraient également être vulnérables au vu de leurs systèmes de santé plus faibles si le virus venait à se propager dans ces pays. 

L'impact économique pourrait être plus important, mais il ne risque pas de faire dérailler la croissance mondiale

L'épidémie actuelle avec un virus qui tend à être plus contagieux, associée à des mesures plus drastiques et généralisées pour limiter la contagion, ainsi que la part plus importante de la Chine dans l'économie mondiale actuelle (~ 20 % contre ~ 8 % en 2003), suggèrent que l'impact économique pourrait cette fois-ci dépasser celui du SRAS. Toutefois, nous ne prévoyons pas que le choc économique (que nous considérons comme temporaire à l’heure actuelle) fasse dérailler la croissance mondiale de manière significative pour l'ensemble de l'année. Au contraire, une fois la situation maîtrisée, la demande s'est repliée et un éventuel plan de relance pourrait compenser la faiblesse du premier semestre de 2020, avec une reprise séquentielle plus forte au second semestre de 2020.

Le coût économique final de l'épidémie est déterminé par la rapidité avec laquelle on estime qu’elle sera maîtrisée et par le fait qu'elle touche ou pas une partie beaucoup plus vaste du monde, ce qui constitue de grandes inconnues à l’heure actuelle et suscite de l'anxiété. Les marchés, en particulier ceux qui sont étroitement liés à la Chine, devraient rester très volatils à court terme. Lors de l’épidémie de SRAS en 2003, l'indice MSCI Asia ex-Japan a chuté de 15 % entre le pic et le creux de la vague, mais a rebondi de 32 % au deuxième semestre de 2003 après que l'épidémie ait été contenue. Des possibilités d’investir dans des actions bon marché se présenteront, mais il est encore trop tôt pour saisir ces opportunités car la situation s'aggrave. Si l'on se base sur le SRAS, nous pourrions assister à un pic d'épidémie d’ici quelques mois.

L'injection massive de liquidités par la banque centrale chinoise de 1,7 trillion de yuans (243 milliards USD) par le biais d'opérations de marché libre après le dernier jour férié du Nouvel an lunaire montre sa détermination à stabiliser le marché financier. Dans le cas d'un scénario plus grave, où la durée/l’ampleur de l'épidémie serait bien plus longue/étendue que prévu et où les perturbations économiques seraient beaucoup plus importantes, nous pensons que les banques centrales du monde entier sont prêtes à relâcher leurs efforts et que de nombreux gouvernements réagiront probablement en accélérant leurs dépenses budgétaires.

 

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