La Fed intervient dans l’urgence
#Articles — 04.03.2020

La Fed intervient dans l’urgence

Edouard DESBONNETS, Investment Advisor, Fixed Income, Luxembourg

La Fed a baissé son taux directeur par surprise, en dehors des réunions habituelles, mais peine à rassurer les marchés juste après l’annonce.

BNP Paribas Wealth Management

Nous anticipons de nouvelles mesures de relance fiscale et monétaire dans les semaines à venir. Côté actions, nous restons dans une optique d'achats sur repli.

La Fed n’a pas souhaité attendre la prochaine réunion du Federal Open Market Committee prévue le 18 mars. Elle a décidé d’agir en dehors des réunions habituelles, avec une baisse de taux de 50 points de base, ce qui porte son taux directeur à 1,25%.

La Fed est bien consciente que son action ne réglera en rien les problèmes de chaines d’approvisionnement mal opérantes suite aux usines chinoises fermées. Elle pense cependant que son action va éviter un resserrement des conditions financières, ce qui se traduit par une bouffée d’oxygène pour les entreprises en difficulté, et améliorera la confiance des ménages et des entreprises.

 

Vite et fort

La Fed dépasse les anticipations de marché non seulement en rapidité (elle délivre bien avant le 18 mars), mais aussi en amplitude (50 points de base alors que les anticipations de marché étaient de 11 points de base dans l’urgence).

Un cas rare

Les baisses de taux en dehors des réunions du Federal Open Market Committee ne sont pas sans précédent mais restent extrêmement rares. La Fed l’avait fait par exemple en 2007 et 2008 pour réagir à la crise financière mondiale, en 2001 suite aux attaques terroristes sur les tours du World Trade Center et après l’éclatement de la bulle sur les valeurs technologiques, également en 1998 après la faillite du hedge fund LTCM. La Fed pense donc que si elle n’agissait pas, le coronavirus pourrait créer un choc d’amplitude similaire à ces évènements historiques !

Une action coordonnée ?

Bien que les ministres des finances du G7 et les banquiers centraux se soient concertés le 3 mars, cela n’a pas débouché sur une action immédiate, globale et coordonnée des politiques fiscales et monétaires. Il faut dire que la BCE et la banque du Japon par exemple ont des marges de manœuvre plus réduites vu que leurs taux sont déjà négatifs. Ces dernières cherchent donc certainement des solutions alternatives plus ciblées comme des prêts via les banques commerciales aux entreprises en difficulté.

En dehors des pays du G7, la réaction des banques centrales face au coronavirus n’est pas unanime. La Chine avait baissé ses taux mi-février et l’Australie lui a emboité le pas plus récemment, mais pas la Corée du sud. Cette dernière estime en effet que des prêts vers les entreprises en difficulté seront plus efficaces qu’une baisse de taux directeur.

 

Possibles actions futures

La Fed n’a pas suggéré qu’elle baisserait ses taux à nouveau, mais les anticipations de marché indiquent trois baisses de taux cette année, dont encore une pour la réunion du 18 mars.

Le marché escompte aussi une baisse de taux dans les semaines/mois qui viennent dans différents pays développés comme le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni et la zone euro.

La réaction du marché

Les actions américaines se sont repliées et les rendements obligataires américains se sont fortement détendus sur toutes les maturités. Le rendement du bon du Trésor à 10 ans a touché un plus bas historique à 0,94%. L’or a gagné plus de 2% à 1640 dollar l’once. La Fed a réussi à faire baisser le dollar. Il s’est déprécié de près de 0,5% contre un panier de devises mondiales. L’EUR/USD cote 1.115. En zone euro, les actions ont réduit leur gains mais ont clôturé dans le vert, les rendements obligataires des pays core et semi-core sont restés assez stables, mais pas ceux des pays périphériques, qui se sont tendus de plus de 10 points de base.

 

Conclusion

Les marchés n’ont pas été rassurés par la Fed suite à la conférence de presse. L’aversion au risque a repris après que le Fed a dit s’attendre à une baisse prolongée de l’activité. Plus cette période est longue et plus les impacts se feront sentir sur la santé financière des entreprises. La politique monétaire n’est certainement pas l’outil le plus efficace face à une crise sanitaire avant tout, mais la Fed ne pouvait pas rester inactive trop longtemps. Après tout, prévenir n’est-il pas guérir ? Nous anticipons de nouvelles mesures de relance fiscale et monétaire dans les semaines à venir.

Les bourses devraient rester volatiles tant que le nombre de cas de personnes atteintes par le virus en dehors de la Chine ne se stabilisera pas. Ensuite, elles maintiendront un degré de volatilité supérieur aux normes des dernières années au gré des révisions à la baisse des perspectives de croissance économique et d'évolutions des profits des sociétés. Nous pensons que les risques à la baisse pour les marchés actions demeurent limités. La probabilité d’une entrée en récession devrait rester faible. Nous restons par conséquent dans une optique d'achats sur repli dans les semaines à venir, dans l'anticipation qu'une tendance ascendante devrait pouvoir se développer à l'approche du second semestre et que de nouveaux sommets seront vus avant la fin de l'année.