La fin de la hausse ?
#Articles — 15.06.2020

La fin de la hausse ?

Xavier TIMMERMANS, Senior Investment Strategist PRB

Après avoir récupéré toutes ses pertes de l’année lundi dernier, le S&P500 a cédé presque 6% jeudi.

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Sur la semaine, le S&P 500 a perdu 4,8% et le Stoxx Europe 600 5,7%. Mais il faut rappeler que la semaine précédente, ces deux indices avaient gagné respectivement 4,9% et 7,1%. Que signifie cette volatilité ? Est-ce la fin de la hausse ?

Divergence croissante

Cela fait déjà plusieurs semaines que la divergence entre les chiffres économiques désastreux et le redressement spectaculaire des bourses interpellait.

La première semaine de juin a été marquée par un flux de bonnes nouvelles qui avaient redonné espoir dans le scénario de reprise rapide. Sur le plan sanitaire, les mesures de déconfinement en Europe n’ont pas été suivies d’un rebond de contamination. Au contraire le nombre d’hospitalisations et de décès a continué de décroître. Sur le plan monétaire, la BCE a surpris positivement en augmentant son programme PEPP de rachats d’obligations plus que prévu. Sur le plan budgétaire, Angela Merkel avait annoncé 130 milliards d’euros de stimuli supplémentaires et aux États-Unis, 2,5 millions d’emplois ont été créés alors que le consensus des économistes tablait sur 7,5 millions d’emplois perdus.

Poussé par les valeurs technologiques, l’indice Nasdaq Composite a, pour la toute première fois, dépassé 10.000 et le S&P a retrouvé son niveau de début d’année.

La déception a été grande jeudi dernier quand il est apparu que le nombre de nouvelles contaminations repartait à la hausse aux États-Unis et que la situation s’aggravait en Amérique latine. En outre, le président de la Fed, Jerome Powell, a paru plus pessimiste quant à l’état de l’économie américaine. Il n’en a pas fallu plus pour déclencher des ventes massives.

 

Faut-il craindre de nouveaux confinements ?

Les manifestations massives qui ont commencé à Minneapolis et qui se sont répandues à travers le monde pourraient accentuer le taux d’infection. Si c’est le cas, la réaction des marchés dépendra de la réponse des autorités politiques. Aux États-Unis, de nouveaux confinements généralisés semblent peu probables. Le pays semble vouloir adopter le « modèle suédois » visant à contenir le virus sans mesures de confinement drastiques.

Cette stratégie est moins coûteuse sur le plan économique mais pourrait prolonger la crise sanitaire comme on le voit en Suède où le taux de contamination a augmenté au cours des deux dernières semaines.

La situation sanitaire en Europe continentale évolue favorablement, ce qui permet de nouveaux assouplissements des mesures sanitaires. Malheureusement, la situation aux États-Unis et l’aggravation de la pandémie dans des pays comme le Brésil, le Mexique et l’Inde devrait empêcher une reprise du transport aérien et du tourisme international. Le récent rebond des compagnies aériennes, des croisiéristes et du tourisme en général semble bien prématuré.

       

Éclatement d’une bulle financière ?

La hausse du marché américain a été beaucoup plus impressionnante qu’ailleurs dans le monde. Ceci est dû aux géants des secteurs technologiques et aux pharmaceutiques qui se sont appréciés considérablement et ont enregistré de nouveaux records historiques.

Va-t-on assister à l’implosion d’une bulle financière comme en 2000 ? C’est peu probable car la situation est bien différente sur le plan des cashflows et des bénéfices. En outre, ces valeurs apparaissent comme les grandes gagnantes de la crise sanitaire. Leur potentiel de croissance s’est amplifié car maintenant que tout le monde a pu se rendre compte des mérites du travail et des loisirs à domicile, les investissements dans les infrastructures et les nouveaux services en ligne vont s’accroître considérablement. Quant aux biotechnologies et aux soins de santé, on est peut-être à la veille d’un nouvel âge d’or.

Cela signifie que s’il y a une rechute, les investisseurs devraient se porter acheteurs sur ces mêmes secteurs. Mais pas uniquement, car les valeurs cycliques de qualité ont elles aussi du potentiel et n’ont pas de problème de valorisation excessive.  

Beaucoup d’investisseurs professionnels ont été sceptiques quant à la hausse depuis mars et ont des réserves de liquidités.    

 

Une correction de forte ampleur ?

Beaucoup de bonnes nouvelles ont déjà été prises en compte par les marchés. Le redressement des bourses a pris beaucoup d’avance sur le redressement économique, ce qui laisse place à de possibles déceptions. Une période de consolidation voire de correction serait donc tout à fait normale à ce stade.

Risque-t-on une forte rechute ? Personne n’a de boule de cristal et les risques sont nombreux, à commencer par celui d’une seconde vague de contagion, sans parler d’une possible escalade des tensions américano-chinoises. Nous ne pouvons donc raisonner qu’en termes de probabilité.

Quelques arguments plaident pour une correction relativement modeste dans l’immédiat. Les économies ont quasi été à l’arrêt et redémarrent progressivement. Les indicateurs avancés devraient donc être positifs dans les prochaines semaines. Il faudra attendre plusieurs mois avant de savoir si la reprise est décevante ou non.

Du côté des gouvernements, il y a encore de bonnes nouvelles possibles : le Recovery Fund européen de 750 milliards d’euros et l’entente possible entre Démocrates et Républicains sur des stimulis supplémentaires avant les vacances parlementaires début juillet.

Les impressionnantes injections de liquidités par les banques centrales et les considérables efforts budgétaires devraient aider la reprise. Les effets bénéfiques des politiques des banques centrales se voient clairement dans le marché du crédit. Les entreprises parviennent à lever des capitaux importants sur les marchés obligataires malgré quelques faillites retentissantes.

Quant aux risques géopolitiques, tout au plus peut-on espérer que l’approche des élections présidentielles de novembre rende le président Trump plus prudent, lui qui aime tellement faire valoir les succès de sa politique économique en citant les performances boursières.

 

Conclusion

La volatilité de la semaine passée est un appel à la prudence. Les bourses ont probablement pris trop d’avance sur le redressement de l’économie qui ne devrait être que progressif. Une pause est nécessaire.  

Prendre du bénéfice sur les achats de mars et avril n’est pas malsain. Au contraire, cela permet de reconstituer un volant de trésorerie pour pouvoir profiter d’éventuelles rechutes.

Mais il ne faudrait pas qu’une vente tactique trop importante fasse rater la tendance à moyen terme qui devrait rester positive. Nous restons confiants dans le redressement des économies grâce aux efforts conjugués des banques centrales et des gouvernements, ce qui devrait permettre aux bénéfices de se redresser.

Plus fondamentalement, la période de l’après coronavirus sera caractérisée par des taux réels (après inflation) négatifs ce qui devrait être favorable aux biens réels tels que les actions, l’immobilier et les métaux précieux. L’ampleur des dettes publiques aura pour conséquence que banques centrales et gouvernements auront un fort incitant à maintenir les taux le plus bas possible, le plus longtemps possible. Le cash et les obligations d’état ne permettront pas de préserver le pouvoir d’achat de l’épargne à long terme.