#Articles — 26.10.2020

La seconde vague de la pandémie précipitera probablement l’Europe dans un double creux

Patrick Casselman, Senior Equity Specialist

Les bourses laissent enfin entrevoir une légère correction sous l’effet de l’accélération de la propagation du coronavirus et de l’absence d’accords politiques sur le Brexit et les incitants américains.

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Cela dit, les pertes subies par les bourses restent jusqu’ici relativement limitées compte tenu des circonstances.

 

Le S&P500 a reculé la semaine dernière de 0,5%, le Nasdaq de 1% et le Stoxx Europe 600 de 1,4%. Les secteurs ont signé des prestations très divergentes, avec une nouvelle fois une nette rotation des actions de croissance vers les actions de valeur cycliques. Les corrections les plus marquées se situaient dans le complexe technologique et le secteur des soins de santé, tandis que les constructeurs automobiles et les banques sont encore parvenus à progresser. Ce dernier constat est à attribuer notamment à la légère remontée des taux obligataires, en particulier aux Etats-Unis dans la perspective d’une victoire électorale des Démocrates et d’incitants budgétaires colossaux. En dépit des résultats trimestriels généralement supérieurs aux attentes, les réactions des cours sont pour la plupart plutôt mitigées et la moindre déception est sévèrement sanctionnée, au même titre que la formulation de perspectives prudentes (Intel, IBM). Ces réactions "sell the news" s’expliquent assurément par le fait que les cours avaient déjà vigoureusement grimpé à l’avance et que les prévisions lancées pour le quatrième trimestre font plutôt grise mine.

 

Crainte croissante d’un double creux au quatrième trimestre

 

Après la contraction historique rapportée pour le deuxième trimestre qui avait été marqué par le confinement, nous allons assister cette semaine à la publication pour les mois d’été de taux de croissance impressionnants en glissement trimestriel. Toutefois, l’accélération de la propagation du coronavirus, qui se solde par des records de contaminations tant en Europe qu’aux Etats-Unis, et la multiplication des mesures de confinement compromet de plus en plus une poursuite de la reprise au quatrième trimestre. En Europe, la confiance tant des consommateurs que des entrepreneurs s’est détériorée en octobre. L’indice PMI composite s’est même à nouveau retranché sous la barre des 50 points (retombant de 55 points en juillet et 50,4 en septembre à 49,4 points), révélant ainsi une nouvelle contraction. Le PMI des services, le plus touché par les nouvelles mesures restrictives imposées dans les secteurs de l’horeca et des loisirs, est même retombé à 46,2 points. Les services supposent davantage d’interaction personnelle, et c’est justement ce qui rebute le consommateur en ce moment…

 

A noter que le PMI de l’industrie est encore parvenu à légèrement progresser en octobre, atteignant ainsi 54,4 points. L’industrie européenne profite encore de la dynamique favorable des commandes qui a marqué les mois d’été ainsi que de la vigueur des exportations à destination de l’Asie. Quoi qu’il en soit, cet indicateur de confiance ne tardera pas à se détériorer lui aussi si les mesures de quarantaine et l’absentéisme pour maladie se mettent à paralyser les usines. Il en va de même aux Etats-Unis, où les PMI tiennent bon jusqu’ici mais courberont bientôt l’échine sous le poids de la seconde vague de contaminations et du retard pris par le nouveau programme d’incitants. Il est désormais très improbable qu’un accord soit encore trouvé sur ce dernier point d’ici les élections, de sorte qu’un programme d’aide entièrement élaboré et approuvé ne verra sans doute le jour qu’après l’installation du nouveau président en janvier.

 

Les bourses gardent la tête froide

 

Bien que le nombre de contaminations au coronavirus pulvérise entretemps le record du premier pic atteint en mars-avril et que le nombre d’hospitalisations augmente lui aussi dans des proportions alarmantes, les bourses restent relativement calmes. Le S&P500 n’a perdu que 4% depuis son record de début septembre et peut même se targuer d’une progression de 7% depuis le début de l’année. La bourse européenne affiche quant à elle un niveau d’environ 6% inférieur à son record de l’été. S’il s’agit toujours d’un retard de 13% par rapport au niveau du début d’année, force est d’admettre qu’une remontée de 34% a été accomplie depuis le plancher du mois de mars. Après le rétablissement initialement vigoureux signé entre la mi-mars et début juin, le Stoxx Europe 600 connaît depuis lors une évolution plutôt stable.

Mais comment se fait-il que cette seconde vague ne fasse pas paniquer les bourses comme en mars? Parce que l’incertitude était beaucoup plus grande à l’époque. Dans l’intervalle, nous avons plus ou moins appris à nous accommoder du virus et nous nous raccrochons à l’espoir des vaccins qui pourraient être disponibles d’ici quelques mois. Les investisseurs ont pour leur part appris que les autorités et les banques centrales sont vraiment prêtes à tout pour atténuer les retombées économiques de la crise sanitaire. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a encore laissé entendre que son institution était disposée à lancer de nouveaux incitants monétaires si le besoin venait à s’en faire sentir. Quant aux programmes d’aide des autorités américaines, ils se chiffraient jusqu’ici à plus de 10% du PIB mais ce sera encore bien plus si les Démocrates remportent les élections.

 

Pour être honnêtes, nous nous serions tout de même attendus à une correction boursière un peu plus marquée compte tenu de la virulence de la seconde vague de la pandémie, des inévitables retombées économiques et des incertitudes politiques induites par les élections américaines et les négociations laborieuses sur les incitants et le Brexit. Cela dit, nous avons toujours été d’avis d’y voir le cas échéant une opportunité d’achat additionnelle en prévision d’une reprise économique et d’un rétablissement des bénéfices dans le courant de l’année prochaine. Et comme il est probable que la plupart des investisseurs suivent le même raisonnement, la moindre correction des cours suffit à attirer à nouveau les chasseurs de bonnes affaires.

 

Une nouvelle semaine palpitante en perspective

 

Dans la dernière ligne droite jusqu’aux élections présidentielles américaines, la semaine promet à nouveau d’être passionnante sur le plan politique. Ces dernières semaines, le retard de Donald Trump sur son rival Joe Biden a diminué dans les sondages de 10 à 8%. Joe Biden conserve donc une avance confortable, mais ce ne serait pas la première fois que les sondages se trompent. Par ailleurs, les investisseurs espèrent toujours des progrès dans les négociations sur les incitants et sur le Brexit. Aucune action digne de ce nom n’est attendue de la BCE lors de sa réunion de cette semaine, mais ce sera peut-être le cas en décembre. En Chine, un nouveau plan quinquennal va être approuvé à l’occasion du congrès du parti communiste, et tablera sans doute sur une croissance annuelle de seulement 5% (contre 6,5% dans le plan précédent). Cela dit, ce n’est pas si mal. Le pays, qui fut le premier à être touché par le coronavirus, a dans l’intervalle digéré la crise qu’il a connue au premier trimestre et sera l’un des rares pays au monde à pouvoir tout de même se targuer en 2020 d’une croissance positive de l’ordre de 2%.