Les marchés regardent l’autre côté de la vallée
#Articles — 01.12.2020

Les marchés regardent l’autre côté de la vallée

Xavier Timmermans Senior Investment Strategist, PRB

Avec trois vaccins sur le point de pouvoir être commercialisés et le démarrage d’une transition en douceur de la présidence américaine, Wall Street a enregistré de nouveaux records historiques. Et ce, malgré la résurgence des contaminations.

BNP Paribas Wealth Management

Sur la semaine, le S&P 500 s’est apprécié de 2,2% et le EuroStoxx 600 de 0,9%. Le dollar et l’or se sont affaiblis. Quant aux rendements à 10 ans des obligations du Trésor US, ils sont restés quasi inchangés.

 

Espoirs plus forts que les craintes

La semaine écoulée a été marquée par plusieurs fait marquants: l’annonce d’un troisième vaccin, tout d’abord. Ensuite, le tweet du président Trump demandant à son administration de faire le nécessaire pour la transition présidentielle. Et enfin les premières nominations de la future équipe de Joe Biden. Celle de Janet Yellen, l’ancienne présidente de la Fed au poste de Secrétaire d’État au Trésor a été particulièrement bien perçue par les marchés.

Ces bonnes nouvelles ont contrebalancé la croissance alarmante des nouveaux cas de covid-19 aux États-Unis, qui implique des perspectives économiques immédiates assez sombres.

La rotation sectorielle s’est poursuivie. L’indice des petites capitalisations, le Russell 2000 s’est apprécié de 4,6% sur la semaine. C’est mieux que les 2,8% du Nasdaq 100 qui, contrairement au Dow Jones Industrial (au-dessus de 30000 jeudi) et au S&P 500, n’a pas enregistré récemment de nouveaux records historiques.

Black Friday

Vendredi dernier, le Black Friday a marqué le point de départ des ventes de fin d’année. Malgré la résurgence du coronavirus, les espoirs restent importants car, globalement, l’épargne des consommateurs a augmenté durant la crise sanitaire. Ce qui n’a pas été dépensé en voyages et en loisirs pourrait l‘être en biens de consommation.  

Le recul de l’or

Depuis son plus haut début août, l’or a perdu 14% et se traite sous 1800$ l’once. Le métal précieux a été vendu dans l'idée que la reprise de l'économie mondiale continuera à stimuler l'appétit pour les actifs risqués tels que les actions et les matières premières. Cette perspective réduit ainsi le besoin de valeurs refuges.

L’arrivée des vaccins signifie-t-elle la fin de la hausse de l’or ? Rien n’est moins sûr. La vraie question pour l’or est : les banques centrales vont-elles arrêter leurs politiques monétaires ultra accommodantes ? Les taux réels vont-ils remonter ?

Les vaccins peuvent mettre fin à la crise sanitaire mais ne vont pas faire disparaître les séquelles économiques de sitôt. Les faillites et l’accroissement de l’endettement pèseront encore longtemps sur l’économie. Ils obligeront les banques centrales à rester extrêmement accommodantes, quitte à tolérer pour un temps une inflation supérieure à leur objectif de 2%.  Les taux réels négatifs et l’inquiétude quant à une résurgence de l’inflation devraient redonner du vent dans les voiles de l’or.

Menu chargé cette semaine

Le plus important viendra vendredi : le rapport de l’emploi américain devrait nous donner une estimation des dommages causés au marché du travail par la seconde vague de coronavirus. Les demandes initiales d’indemnités de chômage ont augmenté pour la deuxième semaine d’affilée. L’impact pourrait être assez sérieux dans la mesure où les aides fiscales attendront certainement l’investiture du président-élu Joe Biden, le 20 janvier.

Mardi, l’ISM manufacturier (indice des directeurs des achats) et jeudi celui des services pourraient également faire bouger les marchés.

Lundi et mardi, L’OPEP, la Russie et les pays associés au sein du groupe appelé OPEP+ vont décider s’ils prolongent encore d’un trimestre leurs restrictions de production de 7,7 millions de baril par jour. Le prix du baril se sont envolés à l’annonce de l’arrivée imminente de vaccins efficaces, le Brent dépassant 48 $/baril.

Mardi, nous aurons les chiffres de l’inflation en zone euro. Le consensus des économistes s’attend à un quatrième mois de déflation avec une baisse des prix de 0,3% en novembre. Une baisse qui devrait appeler une réaction de la BCE. Les minutes de la dernière réunion de la banque centrale, publiées la semaine passée confirment les attentes de nouveaux stimuli monétaires.

«Les négociations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne sont dans leur dernière semaine » a déclaré dimanche soir le ministre anglais des affaires étrangères. Vraiment ? Malgré les progrès annoncés, il reste des divergences importantes notamment sur les droits de pêche dans les eaux britanniques. Les marchés sont restés sceptiques et la sous-performance de la bourse de Londres est importante. En cas de bonnes nouvelles, la hausse pourrait être sérieuse.