Le record des géants
#Articles — 25.08.2020

Le record des géants

Xavier TImmermans Senior Investment Strategist, PRB

Les actions américaines ont enregistré une quatrième semaine de hausse d’affilée, portées par les valeurs technologiques et par la vigueur du marché immobilier. Par contre les actions européennes ont souffert du recul inattendu des indices des directeurs des achats (PMI).

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Les actions américaines ont enregistré une quatrième semaine de hausse d’affilée, portées par les valeurs technologiques et par la vigueur du marché immobilier. Par contre les actions européennes ont souffert du recul inattendu des indices des directeurs des achats (PMI). Sur la semaine, le S&P 500 a gagné 0,7% enregistrant un nouveau record tandis que le Stoxx Europe 600 a cédé 0,8%, l’euro reculant face au dollar.

Record historique

L’indice phare de la bourse américaine, le S&P 500 a atteint un nouveau record historique. Avec 52% de hausse depuis le plus bas du 23 mars, l’indice a enregistré sa plus rapide récupération d’une baisse de 20% et plus. Mais cette hausse est surtout le fait d’un petit nombre de géants comme Apple et Amazon. L’action moyenne du S&P 500 est 28% en-dessous de son sommet et les cours d’un cinquième des valeurs de cet indice sont encore plus de 50% inférieurs à leurs records historiques. L’indice S&P 500 équipondéré (poids identique pour toutes les valeurs) a baissé de 1,5% sur la semaine. Cette divergence masque les ravages de la pandémie sur les entreprises.

Les valeurs technologiques ont gagné 27% en 2020, suivies par les 23% de la consommation discrétionnaire (portée principalement par Amazon).

La question qui revient constamment est : est-on à la veille d’une implosion d’une bulle financière comme en l’an 2000 ? La grande différence avec cette époque est qu’aujourd’hui les valeurs technologiques jouissent de cashflows et de bénéfices impressionnants. Elles sont les grandes gagnantes d’une pandémie qui semble être là pour encore longtemps.

Double top pour le S&P 500 et le MSCI World ?

Maintenant que le S&P 500 a récupéré toutes ses pertes de la crise de la COVID-19, il serait logique qu’il fasse une pause. D’un point de vue saisonnalité, la rentrée après les vacances est souvent difficile pour les bourses, beaucoup de bonnes nouvelles sont dans les cours et il manque des catalyseurs pour une poursuite de la hausse.  

Mais les valeurs technologiques qui ont porté la hausse ne semblent pas montrer de signes de faiblesse. Il convient à ce stade de surveiller l’élargissement du marché. Bien que ce ne fut pas le cas la semaine passée, le nombre de valeurs participant à la hausse s’est élargi au mois d’août et les petites capitalisations du Russell 2000 ont accéléré leur hausse.

PMI décevants en Europe

Les indices PMI préliminaires du mois d’août montrent que les directeurs des achats de la zone euro deviennent plus négatifs surtout dans le secteur des services (50,1 contre 54,7 en juillet). En France l’indice du secteur manufacturier a rebaissé en-dessous de 50 (49,0 contre 52,4 en juillet) alors qu’en Allemagne il continue de monter (53 contre 51).

Curieusement aux États-Unis où la recrudescence de la pandémie a été plus importante qu’en Europe, les indices PMI tant manufacturier que des services ont continué de s’apprécier (à 53,6 et 54,8 respectivement, soit bien au-dessus de 50 qui marque la frontière entre croissance et ralentissement).

Ce contraste entre États-Unis et Europe semble avoir stoppé la baisse du dollar face à l’euro.

Quid des prix du pétrole ?

Mercredi dernier a eu lieu la réunion du comité ministériel de surveillance de l’OPEP+. Le communiqué final souligne que le rythme de la reprise de la demande a été plus faible que prévu avec des risques croissants de vagues prolongées de COVID-19.

L’OPEP+ a réduit sa production entre avril et juillet de -9,7 mb/j (millions de barils par jour) et passe maintenant en août à -7,7mb/j. Elle cherche à renforcer sa discipline interne face aux pays tricheurs.

Cette politique a donné de bons résultats, les cours du pétrole brut ont triplé (le Brent, de 15 à 45usd). On pourrait avoir un peu de faiblesse à court terme mais pour la fin de l’année et l’année prochaine, les prix du brut devraient encore monter du fait de la baisse des investissements dans le pétrole de schiste et dans les champs traditionnels.

Le nombre de puits actifs de pétrole de schiste aux USA est passé de 869 (au 17/08/2019) à 172. La production de pétrole aux États-Unis a plus baissé que la production mondiale. 

Conclusions

Le mois d’août a été étonnement calme malgré de mauvaises nouvelles sur le front de la pandémie et de la détérioration des relations entre USA et Chine. Mais notre vision reste inchangée. Nous nous attendons à plus de volatilité dans les prochaines semaines.

Si comme nous le pensons, les bourses devaient corriger dans les semaines qui viennent, nous serions plutôt acheteurs.  Notre conviction est que l’importance des stimuli monétaires et budgétaires devraient aider la reprise économique en attendant vaccins et traitement performants du coronavirus.

La semaine qui commence sera riche en indicateurs économiques. Aux États-Unis, nous aurons mardi l’indice de confiance des consommateurs, mercredi les commandes de biens durables, jeudi le Produit Intérieur Brut du 2ème trimestre, vendredi les revenus personnels. En Europe, vendredi la confiance des industriels et des consommateurs.

Jeudi et vendredi aura lieu l’Economic Policy Symposium de la Fed qui se fera par téléconférence au lieu du traditionnel rendez-vous à Jackson Hole dans le Wyoming. Jerome Powell y prendra la parole jeudi. Va-t-il parler de la revue stratégique de la politique monétaire et d’une nouvelle stratégie de l’inflation ?