L'entrepreneuriat social en 5 points
#Entrepreneurs — 23.04.2021

Se lancer dans l'entrepreneuriat social en 5 points

Se démarquer grâce à l’entrepreneuriat social est un moyen de plus en plus populaire de faire des affaires. Dans cet environnement, l’impact généré par l’entreprise, qu’il soit social ou environnemental, a autant d’importance que les profits générés.

social entrepreneurship

Si vous aussi vous souhaitez surfer sur cette tendance générale, nous vous proposons cinq manières d’aborder l’entrepreneuriat social dans le cadre de votre activité.

1. Fixez-vous un objectif précis

En plus de déterminer son impact social, une entreprise doit viser un but précis, ancré dans les valeurs de ses créateurs, qui clarifie sa mission et oriente ses actions. Par exemple, la marque de décoration d’intérieur Lala Curio expose son intention sans détour : redonner aux prochaines générations le goût des arts désuets.[1]

Un tel objectif sert de point de repère, de boussole, dans le cas où l’entreprise dévie de sa trajectoire ou se détourne de sa mission première. Face aux pressions économiques et financières, il est d’autant plus important pour une entreprise sociale de définir un objectif. Cela permet d’identifier clairement le problème qu’elle souhaite résoudre. Une entreprise sociale qui n’effectue pas de recherches approfondies risque de proposer une solution ne répondant à aucun problème.

Des approches comme la conception créative[2], ou conception centrée sur l’humain, peut atténuer ce risque. Le Hong Kong Social Enterprise Challenge, qui a pour but d’aider les jeunes entrepreneurs sociaux, soutient cette approche.[3] La conception créative nécessite de s’entretenir dès le début avec les utilisateurs potentiels de la solution offerte. [4] En effectuant ses recherches, les entrepreneurs peuvent mieux percevoir le problème tel qu’il est vécu.

 

2. Comment le succès se matérialise-t-il ?

De par sa nature, l’entrepreneuriat social accorde autant d’importance à la contribution aux enjeux sociaux, économiques et environnementaux qu’aux résultats financiers. Toutefois, si une initiative est lancée auprès d’une enseigne établie, les critères permettant d’évaluer le taux de succès ne seront pas les mêmes.

Par exemple, si l’entreprise vend un produit, son succès dépend-il du nombre d’unités vendues et du revenu généré ? Prenons l’exemple d’une initiative sociale garantissant un don pour tout produit acheté : le succès pourra être évalué à l’aune du nombre de chaussettes, de chaussures ou de spectacles offerts, plutôt qu’en fonction des profits générés de la vente de produits. Ainsi, dans le cadre de l’initiative « buy a pair, give a pair » (« une paire achetée, une paire offerte ») de l’opticien Warby Parker, plus de 8 millions de paires de lunettes de vue ont été distribuées gratuitement ; un chiffre qui, dans ce contexte, reflète davantage le succès de l’entreprise que le nombre de paires vendues.[5]

Le nombre de vaccins administrés, de jeunes filles éduquées ou d’apprentis recrutés correspond à autant de manières d’évaluer le succès d’une entreprise selon son impact social.

Définir un indicateur de succès permet d’éviter les malentendus, notamment lorsqu’une entreprise sociale est confrontée aux forces du marché. Si les investisseurs se focalisent sur le profit pour évaluer la performance de l’entreprise, des conflits peuvent survenir. Malgré tout, une entreprise sociale doit être viable, et la viabilité commerciale de son modèle économique ne doit pas être ignorée : l’équilibre est la clé.

 

3. Racontez une histoire authentique

Si vous avez du mal à exprimer clairement ce que vous souhaitez faire, il vous faut peut-être redéfinir votre idée ou revoir la manière dont elle s’articule. Une histoire qui relate avec passion un intérêt social est un argumentaire commercial qui favorise l’adhésion, attire les investisseurs et aide à se constituer une clientèle.

Simple mais efficace, le discours de Biji-Biji, une entreprise sociale malaisienne axée sur la gestion durable des déchets, est un bon exemple. L’initiative est décrite en ces termes : « Formé en 2013, un groupe de 4 jeunes visionnaires aux idées progressistes s’est donné pour mission de bousculer le paysage de la durabilité en Malaisie, modifiant la perception des enjeux liés aux déchets et à la durabilité. » Puis, en faisant le lien avec le contexte, le récit démarre sur un ton engageant : « En malais, Biji signifie “graine”. La mission de Biji-Biji est de planter aujourd’hui les graines d’un meilleur lendemain. »[6]

Le message doit toutefois rester authentique. S’il a pour unique but d’attirer l’attention et ne vient pas du cœur, cela se ressentira. Le public sait reconnaitre les entreprises qui prônent l’entrepreneuriat social et le changement positif sans joindre l’acte à la parole.

Raconter une histoire authentique

Source: https://www.teachingchannel.com/blog/authentic-story

L’un des moyens de vérifier que l’objectif d’une entreprise et son propos correspondent consiste à vérifier que le message véhiculé est le même, quelle que soit l’audience. Croyez-vous à l’histoire que vous racontez aux autres ? Si vous ne tenez pas le même discours pour tout le monde, cela peut signifier que votre objectif et vos actes ne sont pas en adéquation ou que votre projet devient trop compliqué.

 

4. Travailler avec les bonnes personnes

Comme tous les entrepreneurs le savent, le succès d’un projet nécessite la participation des bonnes personnes. Dans les entreprises à but social, les différents collaborateurs et l’objectif doivent être réellement alignés : les personnes qui s’engagent dans le projet doivent partager les mêmes valeurs.

Par exemple, RemakeHub, une entreprise luttant contre la pollution due aux déchets, regroupe différentes compétences. Elle fait appel à des scientifiques, des ingénieurs, des artistes et des architectes qui partagent la même vision : ils font tous partie des « Gardiens de la planète ».[7]

Des enseignes établies peuvent s’associer à des entrepreneurs sociaux pour partager leur expertise, et inversement. Les premières ont une fibre commerciale et savent concevoir des solutions évolutives, par exemple, tandis que les entrepreneurs peuvent leur montrer comment conduire leurs affaires tout en promouvant des valeurs sociales.

 

5. Commencez petit, visez plus loin

Si vous vous confrontez à des défis complexes liés à l’environnement, la santé, la qualité de vie ou l’éducation, mieux vaut commencer modestement. Résolvez une petite partie du problème, plutôt que d’attendre de trouver une solution globale.

Par exemple, lorsqu’il a inventé le concept de la microfinance, l’entrepreneur social Muhammad Yunus a commencé par prêter 27 dollars US aux habitantes d’un village proche de l’université de Chittagong au Bangladesh — il n’a pas ouvert une banque du jour au lendemain. [8]

S’il est recommandé de se fixer un objectif ambitieux et d’adopter une vision audacieuse, avancer pas à pas vous aidera à passer de la théorie à la pratique. Par exemple, le processus de conception créative implique d’abord de tester le concept en développant un produit minimum viable, plutôt que de créer une solution complète. Les entrepreneurs peuvent ainsi expérimenter et apprendre au fur et à mesure.

mvp

MVP: Build a slice across, instead of one layer at a time.

Source: https://www.interaction-design.org/literature/article/minimum-viable-product-mvp-and-design-balancing-risk-to-gain-reward

Un entrepreneur social doit également réfléchir à la manière dont il peut poursuivre son développement. Selon un rapport de la Fondation Schwab pour l’entrepreneuriat social, les entreprises sociales n’ont pas besoin de suivre la même progression que les entreprises conventionnelles. Elles peuvent se développer en changeant les systèmes qui contribuent à résoudre un problème sous-jacent et faire évoluer leur concept plutôt que leur organisation. Le rapport souligne que même une petite entreprise peut apporter de grands changements. [9]

Faire la différence et porter ce changement est la priorité de l’entrepreneuriat social, qui accorde autant d’importance à l’impact de son projet qu’à ses objectifs financiers. Pour une nouvelle entreprise, se fixer un objectif précis, être en mesure d’évaluer son succès, véhiculer un message authentique, faire appel aux bonnes personnes et commencer doucement en veillant à la viabilité du projet sont les clés d’un lancement réussi.

[1] https://lalacurio.com/

[2] https://www.ideou.com/collections/featured-design-thinking/products/design-thinking-certificate

[3] https://www.hksec.hk/education-design.php?lang=en

[4] https://www.designkit.org/methods/2

[5] https://www.warbyparker.com/buy-a-pair-give-a-pair

[6] https://www.biji-biji.com/about-us/sowing-the-seeds-of-sustainability/

[7] http://www.remakehub.co/about

[8] https://www.investopedia.com/terms/m/muhammad-yunus.asp

[9] https://weforum.ent.box.com/s/flrtoktunwe4ythd5h274bosr5f8blly