Investir dans le supercycle vert
#ISR — 26.08.2021

Investir dans le Supercyle vert

Arnaud Tellier, CEO, BNP Paribas Wealth Management Asie Pacifique

climate change

Il est remarquable que la covid-19 n’ait pas retardé les mesures en matière de changement climatique, étant donné les impacts humains et économiques dévastateurs de la pandémie. Il est encore plus remarquable que le sentiment d’urgence des gouvernements, des entreprises et des particuliers à l’égard de la durabilité environnementale ait considérablement augmenté à un moment où la pandémie représentait également un défi d’une ampleur sans précédent.

Les deux crises – le climat et la covid – ne se font pas concurrence en termes d’attention et de ressources, comme on aurait pu s’y attendre. Au contraire, elles ont diffusé plus largement la conviction selon laquelle nous devons réaliser des changements urgents pour assurer un avenir meilleur.

Les actions prises récemment par des décideurs politiques en témoignent. L’engagement du président Biden à « Build Back Better » (reconstruire en mieux), le Pacte vert de l’Union européenne et les nouveaux objectifs de la Chine en matière d’émissions démontrent un engagement mondial croissant à atteindre le « zéro net » d’ici le milieu du siècle :

 

Urgence et ambition

L’urgence et l’ambition de ce changement pourraient conduire à un supercycle pour l’économie verte à l’échelle mondiale. Alors que cette dynamique prend de l’ampleur, les investisseurs devraient réfléchir à la manière de se positionner pour saisir les opportunités qu’elle présente et fournir des capitaux aux entreprises et aux industries qui contribueront à un avenir meilleur.

Selon le Étude Entrepreneurs & Famille 2021 [1], publié par BNP Paribas Wealth Management, nous constatons déjà l’impact précoce de cette prise de conscience verte avec des allocations croissantes aux actions remplissant de solides critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG). De nombreux entrepreneurs interrogés détiennent déjà une forme d’actifs ESG dans leurs portefeuilles, 80 % à Hong Kong, 76 % en Indonésie, 73 % en Chine continentale et à Singapour, et 47 % à Taïwan.

Alors qu’un peu moins d’un tiers des investisseurs ont déjà pris des mesures favorables aux investissements verts, près des deux tiers souhaitent en savoir plus sur cette source potentielle de diversification — et de rendement.

De la consommation à l’économie circulaire

Un secteur se démarque : les industries liées à l’alimentation et à l’agriculture pourraient tirer des avantages considérables de ce changement historique. L’agriculture moderne à grande échelle a de nombreux impacts négatifs sur l’environnement, notamment la déforestation, qui contribue à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre et à la perte de biodiversité ; l’utilisation non durable de l’eau ; les déchets alimentaires ; et les émissions considérables provenant de la production, de la transformation et du transport des aliments. L’agriculture et la production alimentaire représentent 26 % des gaz à effet de serre, 70 % de la consommation d’eau douce et 94 % de la perte de biodiversité. [2]

Une nouvelle génération d’entreprises travaille pour rendre l’alimentation plus durable. Elles produisent de nouveaux types d’aliments plus durables, tels que des substituts de viande et des options végétaliennes ayant une empreinte carbone plus faible. Cela est rendu possible grâce à des innovations telles que les semences résistantes à la sécheresse, les pesticides organiques et les techniques de récolte et de transport à faibles émissions. Les entreprises du secteur des technologies agricoles seront donc au cœur du supercycle vert et pourraient offrir des opportunités intéressantes aux investisseurs.

En aval de la production alimentaire, les méthodes non durables d’emballage alimentaire sont également pointées du doigt. Les investisseurs sont conscients des problèmes causés par la pollution du plastique à usage unique dans les océans, sans parler des décharges en constante expansion entraînant une pollution de l’eau et des émissions de méthane.

Une étude de McKinsey révèle que les emballages ont une place de plus en plus importante dans les décisions d’achat des consommateurs pour les produits alimentaires,[3] tandis que les entrepreneurs interrogés à Singapour et à Taïwan nous ont confié éviter le gaspillage alimentaire et les emballages excessifs dans leurs choix d’achat personnels. Cela suggère qu’ils pourraient également être intéressés par les entreprises dont les produits pourraient aider à résoudre ces problèmes et avoir un rôle constructif dans l’action climatique.

 

Transports verts

Le transport est un autre secteur critique pour le supercycle vert, mais sa décarbonation sera un processus à long terme. Les voitures à moteur à combustion interne (ICE) circuleront encore pendant des années à mesure que la transition vers les véhicules électriques (VE) s’opèrera. En parallèle, il devrait y avoir une augmentation substantielle de la demande pour les métaux utilisés dans les convertisseurs catalytiques qui réduisent les émissions des véhicules ICE — platine, palladium et rhodium.

À mesure que l’adoption des véhicules électriques augmentera, la demande pour les métaux de base utilisés dans leur production augmentera également : cuivre, nickel, lithium et étain. Des batteries légères seront nécessaires pour les alimenter, ainsi que des batteries de taille industrielle pour stabiliser les réseaux électriques puisqu’ils intègrent plus d’énergie générée à partir de l’éolien et du solaire. Le lithium, le graphite et le cobalt sont essentiels aux technologies actuelles des batteries. Les thèmes d’investissement publiés mi-juin 2021 montrent que les prix de ces matières premières sont en hausse depuis avril 2020.

La détention de matières premières pourrait permettre aux investisseurs de profiter du supercycle vert. Notre étude suggère cependant qu’une réaffectation significative des actifs serait nécessaire : seulement 2,8 % des entrepreneurs interrogés possèdent des matières premières dans leurs portefeuilles. La bonne nouvelle est que les fonds indiciels cotés (ETF) offrent aujourd’hui un moyen simple et rentable de s’exposer à des métaux comme le platine, le palladium, le nickel et l’étain.[4]

Performances vertes

De plus en plus d’investisseurs institutionnels et individuels appliquent des critères ESG à la sélection d’actifs, poussant les entreprises à adopter les changements nécessaires afin d’obtenir une meilleure notation ESG.

Les actions avec des notations ESG élevées sont généralement moins volatiles. Une entreprise bien notée aura mené une analyse approfondie de ses risques extra-financiers et divulgué les résultats, ce qui signifie qu’elle dispose d’une meilleure gouvernance.

Le supercycle vert présentera des opportunités dans différents secteurs et classes d’actifs — et modifie notre façon d’investir. C’est une chance historique pour les entrepreneurs asiatiques d’investir leur capital pour financer un avenir meilleur, générant un rendement sain.

[1] https://wealthmanagement.bnpparibas/asia/en/expert-voices/2021-global-entrepreneur-family-report-part-1.html

[2] https://ourworldindata.org/environmental-impacts-of-food

[3] https://www.mckinsey.com/industries/paper-forest-products-and-packaging/our-insights/sustainability-in-packaging-inside-the-minds-of-us-consumers

[4] https://etfdb.com/etfs/commodity/