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#Stratégie d'investissement — 23.07.2019

Les rendements négatifs se propagent. Une aberration qui deviendra la norme ?

Edouard Desbonnets

La plupart des pays se financent à taux négatifs en zone euro, c’est maintenant au tour des entreprises. Quelques obligations à haut rendement offrent des rendements négatifs.

BNP Paribas | rendements

Les craintes d’un ralentissement économique marqué voire d’une récession, et la volonté des banques centrales d’intervenir pour baisser les taux, poussent les investisseurs vers les obligations. Les prix de ces actifs ont atteint des sommets, à tel point que certains parlent de bulles dans les obligations d’état. Quand les prix montent, les rendements baissent. Les rendements se sont donc tassés petit à petit, jusqu’à devenir négatifs chez nombre d’émetteurs. On compte aujourd’hui 13 trillions de dollars de dette à rendement négatif dans le monde, soit une augmentation spectaculaire de 50% depuis le début de l’année. Concrètement cela signifie que l’investisseur accepte d’acheter une obligation tout en sachant qu’il perdra de l’argent s’il la conserve jusqu’à maturité. Il l’achète donc avec l’espoir que les taux baissent encore et qu’il pourra alors la revendre en cours de vie avec un gain.

C’est un changement de façon de penser. Avant on achetait une obligation pour son coupon. Maintenant, on l’achète pour une possible appréciation du capital, en misant sur une baisse des taux, qu’importent le coupon et le rendement à maturité. Les taux négatifs mis en place par la BCE ont contribué à cette situation, tout comme la réglementation et le développement du marché des ETFs (trackers). En effet, en achetant un tracker, on vise une appréciation du capital, sans connaitre les rendements des obligations sous-jacentes.

Ainsi, un tiers de la dette d’état mondiale affiche des rendements négatifs et cette part monte à 60% pour la zone euro. La plupart des pays de la zone euro se financent donc à des taux négatifs sur des maturités allant souvent jusqu’à dix ans. Les investisseurs en quête de rémunération sont alors incités à aller vers la dette d’entreprise, mais même là, les rendements négatifs existent. La catégorie des émetteurs les mieux notés, dite Investment Grade, contient près de 40% d’obligations à rendement négatif.

Plus étonnant, le phénomène se propage à la catégorie à haut rendement, dite High Yield. Elle est plus risquée car elle concerne les entreprises dont les bilans sont fragiles, mais elle comporte depuis peu une douzaine d’obligations (émetteurs : Altice, Nokia, Telecom Italia, Fiat Chrysler Finance Europe par exemple) qui se traitent dans le marché avec des rendements négatifs. On est pourtant loin d’obtenir des « hauts rendements » avec ces obligations. Les obligations High Yield offrent en moyenne un rendement de 3,0%, donc cette singularité reste encore marginale aujourd’hui. Elle ne concerne que 2% des obligations de cette classe d’actifs. La plupart présente la caractéristique d’être remboursable par anticipation à très court terme, ce qui justifie qu’elles puissent donner des rendements plus faibles que ceux d’autres obligations à maturités plus longues. Ce phénomène pourrait pourtant s’étendre davantage du fait du nombre important d’obligations dans l’indice qui peuvent être remboursées par anticipation (deux tiers) et du nombre important d’obligations qui offrent déjà des rendements très faibles (un quart ont des rendements inférieurs à 1%). Il suffirait, par exemple,  d’une hausse des flux acheteurs ou que la BCE se remette à acheter de la dette d’entreprise. Elle se limiterait très certainement à la dette Investment Grade, mais contribuerait indirectement à faire baisser les rendements de la dette High Yield car elle pousserait les investisseurs qui veulent une rémunération décente à aller vers cette partie de dette plus risquée.