Les taux d’intérêt au cœur de l’économie
#Investissements — 22.12.2020

Les taux d’intérêt au cœur de l’économie

Les acteurs du marché, qu’il s’agisse de fonds d’investissement, de banques, de hedge funds ou de compagnies d’assurance, se focalisent depuis des décennies sur une seule donnée qui peut être considérée comme l’un des chiffres les plus importants de la planète. Cette donnée est le taux des fonds fédéraux pour le dollar US fourni par le Système de la Réserve fédérale des États-Unis (la banque centrale des États-Unis). Elle représente le taux d’intérêt auquel les institutions de dépôt (banques et coopératives de crédit) prêtent le surplus de liquidités de leurs soldes de réserve à d’autres institutions de dépôt au jour le jour. Les banques centrales en dehors des États-Unis fixent également les taux d’intérêt pour leurs propres pays. Depuis l’introduction de l’euro, la Banque centrale européenne occupe un rôle d’importance similaire au niveau mondial, en fixant le niveau des taux d’intérêt de l’euro, principalement par le biais du taux des opérations principales de refinancement et du taux de la facilité de dépôt.

Ces taux d’intérêt représentent l’un des piliers sur lesquels repose la majeure partie du système financier - et des instruments financiers. L’objectif des banques centrales est généralement de fixer les taux d’intérêt -et donc la masse monétaire- de manière à équilibrer les objectifs de croissance économique et d’inflation, tout en conservant suffisamment de liquidités dans le système financier.

Lorsqu’elle modifie ses taux d’intérêt, une banque centrale peut avoir une incidence considérable sur les marchés financiers et sur les taux de change ainsi que (à long terme) sur le niveau d’activité économique dans le monde.

Depuis la Grande crise financière de 2008-2010, les taux d’intérêt des principales banques centrales ont été maintenus à des niveaux très bas, en partie en raison de la faiblesse continue de l’inflation, malgré des programmes d’assouplissement quantitatif (QE) des deux côtés de l’Atlantique. L’absence soudaine de liquidités sur les marchés au pic de la crise en 2008 a marqué le début des programmes de QE qui permettent aux banques centrales d’injecter des liquidités dans l’économie par l’achat d’instruments financiers comme des obligations ou des bons du Trésor. L’utilisation de ces programmes s’est étendue aux États-Unis, à la zone euro, mais également à la Suisse, au Royaume-Uni et au Japon au cours des dix dernières années.

Toutefois, les circonstances sans précédent liées à la crise du COVID-19 ont fait de 2020 une année particulière, la plupart des pays développés ayant réduit leurs taux d’intérêt à presque zéro -voire au-dessous de zéro comme au Japon ou en Suisse. De nouveaux vastes programmes de QE ont également été lancés pour soutenir l’économie.

Variations des taux directeurs des principales banques centrales 2002-2020

Variations des taux directeurs des principales banques centrales 2002-2020

Le Système de la Réserve fédérale américaine a également indiqué récemment qu’il n’entendait pas relever ses taux d’intérêt avant 2023, même en cas de rebond de l’inflation. Cette politique prolongée de taux faibles (« Lower for longer ») indique que les investisseurs et les entreprises doivent s’habituer à vivre avec des taux d’intérêt presque nuls.

Une telle situation est importante pour les investisseurs à plusieurs niveaux, indépendamment de la classe d’actifs dans laquelle ils investissent.

En premier lieu, en tant que classe d’actifs faiblement risqués par excellence, les investissements obligataires devraient enregistrer des rendements en baisse au cours de cette période. Cela signifie que les investisseurs en quête de rendements devront accroître leurs investissements soit dans des classes d’actifs plus risqués, soit dans des instruments obligataires qui offrent des taux d’intérêt plus élevés et, naturellement, bien plus exposés au risque - ou alors en délaissant les classes d’actifs obligataires au profit de classes d’actifs offrant un profil fondamentalement différent, comme les actions.

En abaissant les taux d’intérêt, les banques centrales peuvent inciter les investisseurs à allouer davantage de capitaux aux actions. À court terme, les entreprises devraient bénéficier de coûts de financement plus réduits et d’une forte disponibilité de capitaux, afin de financer des investissements, voire des acquisitions, susceptibles de doper le résultat net. Grâce aux meilleurs résultats financiers et à la réallocation significative des capitaux en faveur des actions, la valorisation des actions a tendance à augmenter, ce qui, à terme, devrait avoir pour effet de réduire le rendement des investissements en actions. Toutefois, de manière générale, les actions offrent un risque beaucoup plus élevé pour les investisseurs que les obligations, et l’analyse nécessaire pour un investissement réfléchi dans des actions, qu’il s’agisse d’actions cotées, de private equity ou de capital-risque, est sensiblement différente. En outre, des niveaux de valorisations élevés exigent encore plus de discipline et d’analyse avant l’investissement.

Des taux d’intérêt faibles sur une longue période incitent les particuliers et les entreprises à emprunter davantage, ce qui accroît le volume d’argent en circulation dans une économie. Lorsque cette masse monétaire accrue commence à être redistribuée aux employés sous forme de hausses de salaire, la consommation peut augmenter. C’est à ce moment-là que les risques d’inflation deviennent beaucoup plus élevés.

Depuis les années 90, l’inflation était une préoccupation secondaire de la vie quotidienne de la plupart des investisseurs des économies développées. Un éventuel rebond de l’inflation pourrait donc avoir une incidence significative sur le comportement des consommateurs, mais également sur la manière dont les actions et les actifs obligataires sont valorisés. Un tel changement pourrait entraîner une réallocation significative des actifs à travers les secteurs et les classes d’actifs et avoir potentiellement une incidence importance sur les portefeuilles d’investissement et la viabilité de certains modèles commerciaux.

Les clients des sociétés de gestion de patrimoine sont confrontés à un paysage d’investissement sans précédent. La faiblesse historique des taux d’intérêt, l’inflation basse, la croissance de la masse monétaire au sein de l’économie ainsi que la tolérance des banques centrales pour des niveaux plus raisonnables d’inflation sont autant d’éléments constitutifs d’un nouveau paradigme d’investissement. Les investisseurs doivent également tenir compte des incertitudes liées à la crise sanitaire, de l’accélération de la vague des changements sociétaux induits par les technologies, du regain de tensions géopolitiques ainsi que des impératifs -et des opportunités- de la transition durable.

La complexité de ce paysage économique et financier exige des professionnels dédiés, qui peuvent offrir une vision globale de la situation et une compréhension en profondeur de ces tendances. Dans ce contexte, l’ADN de BNP Paribas Wealth Management prend toute son importance. Nous accompagnons nos clients pour comprendre les opportunités découlant de cette complexité.

Nous avons donc le positionnement idéal pour les aider à déployer des stratégies d’investissement sur mesure, alignées sur leurs besoins et leurs valeurs et adaptées à ce nouvel environnement.