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#Stratégie d'investissement — 18.07.2018

Tensions commerciales

Guillaume Duchesne

Un point sur les différentes annonces

Citant des préoccupations en matière de sécurité nationale, les États-Unis ont imposé des droits de douane sur l'aluminium et l'acier à leurs principaux partenaires commerciaux en juin. Le président Trump a utilisé le même argument pour lancer une investigation sur les importations de voitures en mai. De plus, l'administration américaine a sanctionné la Chine en commençant par un tarif douanier de 50 milliards de dollars sur les importations chinoises, dont 34 milliards de dollars sont déjà entrés en vigueur le 6 juillet. Les 16 milliards de dollars restant suivront vraisemblablement dans les prochaines semaines. En outre, les États-Unis ont menacé à plusieurs reprises au cours des derniers mois, de mettre en place des droits de douane additionnels sur les importations chinoises, en passant de 100 milliards de dollars en avril à 400 milliards de dollars en juin. Plus récemment, le 11 juillet, le Président Trump a surenchéri en annonçant que les États-Unis imposeraient des droits de douane de 10 % sur des produits chinois d'une valeur supplémentaire de 200 milliards de dollars. Il n'a toutefois pas mentionné dans quelle mesure cette menace recoupe les annonces précédentes. Cette mesure pourrait prendre effet en octobre. Au total, environ 800 milliards de dollars d'importations sont menacés ou déjà soumis à des droits de douane, ce qui représente environ un tiers des importations américaines de marchandises. Actuellement, les tarifs mis en œuvre sont encore limités puisqu'ils s'élèvent à moins de 100 milliards de dollars. Leur effet devrait donc rester limité et n'entravera pas la croissance économique mondiale.

Par ces mesures protectionnistes, le Président Trump veut clairement faire pression sur ses partenaires commerciaux. Il a de nombreux motifs. Premièrement, Donald Trump est pressé de produire des résultats politiques visibles à l'approche des élections de mi-mandat en novembre. Deuxièmement, l'administration américaine veut s'attaquer à la montée en puissance de son principal rival, la Chine. Pour freiner l’ascension de son principal concurrent, les Etats-Unis veulent forcer la Chine à éliminer ses excédents commerciaux avec les USA, stopper son programme "Made in China 2025" et s'attaquer au risque sur la propriété intellectuelle. Enfin, il semble que le Président Trump envisage de sortir les États-Unis de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) - garant du commerce international multilatéral - et de négocier des traités bilatéraux pays par pays, ce qu'il juge préférable.

Compte tenu de l'escalade des tensions commerciales, les risques d'un scénario alternatif en termes de croissance mondiale et d'inflation augmentent. L'activité économique mondiale reste toutefois résiliente jusqu'à présent, en particulier aux États-Unis. Les investisseurs devront surveiller attentivement les indicateurs de confiance, qui pourraient être affectés par la perspective d'une guerre commerciale. Nous prévoyons un processus de négociation chaotique et non une confrontation généralisée.

Quels sont les impacts sur les différents secteurs ?

La guerre commerciale a commencé avec des produits soigneusement sélectionnés (panneaux solaires, machines à laver) pour éviter de trop nuire aux consommateurs domestiques. Mais elle s'est ensuite intensifiée et les risques ont été étendus à divers secteurs. L'impact d'une escalade commerciale est négatif, d’une part, sur les ventes (baisse de la demande) et, d’autre part, les marges bénéficiaires (hausse des prix des produits importés). 

Une escalade commerciale est a priori négative sur le chiffre d'affaires des entreprises, car les mesures de représailles peuvent avoir un impact sur les ventes dans de nombreux pays. Les secteurs cycliques sont les plus exposés. Les industries directement touchées sont l'automobile et l'exploitation minière. Les valeurs technologiques sont également affectées car leur chaîne de valeur (très internationale) peut être perturbée par les droits de douane. Les industriels sont concernés par un risque sur les investissements des entreprises (capex). En cas de nouvelles escalades des tensions commerciales, une crise de confiance pourrait être déclenchée, les indices de confiance des entreprises et des consommateurs chuteraient fortement et les entreprises reporteraient dès lors leurs plans d'investissement. Un tel scénario est clairement perturbateur pour le secteur des biens d'équipement. 

Nous pensons néanmoins que les cycliques seront en mesure de surperformer à nouveau au second semestre 2018 grâce à de meilleurs chiffres économiques. En outre, les fondamentaux des entreprises sont toujours solides, le levier d'exploitation est toujours favorable et la réforme fiscale aide aux États-Unis. Nous restons donc positifs sur les cycliques, à l'exception de l'Automobile (réglementation plus stricte et cycle mature).  Les banques devraient également bénéficier de ce scénario de reprise. 

A l'inverse, les secteurs domestiques, comme les services aux collectivités et les télécommunications ne sont pas directement touchés par les mesures protectionnistes, car leur exposition internationale est limitée. Dans l'environnement actuel, il est tentant de les relever, car ils ont sous-performé ces dernières années et sont bon marché. Ils souffrent toutefois d'une faible croissance des bénéfices et sous-performent au cours de la phase finale du cycle économique et financier. 

Malgré une forte exposition à la demande mondiale, les valeurs pharmaceutiques semblent relativement à l'abri de la guerre commerciale puisque le Président Trump n'a jamais mentionné de droits de douane sur cette industrie, jusqu'à présent. Le Président Trump reste cependant déterminé sur les prix des médicaments et peut relancer les pressions à tout moment. L'industrie pharmaceutique reste toutefois notre secteur défensif préféré. Elle offre une croissance solide, et bénéficie du rapatriement de fonds aux États-Unis et des activités de fusions-acquisitions.