#Articles — 28.06.2022

Flash : Perspectives EURUSD

Guy Ertz, Chief Investment Advisor

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Résumé

  1. La récente vigueur du dollar est due à l’environnement de risque actuel et aux anticipations de hausse des taux de la Fed en raison d'une inflation élevée depuis 40 ans aux États-Unis.
  2. Nous prévoyons une baisse progressive de l'incertitude et une amélioration de la dynamique économique. Les taux d'inflation devraient culminer dans les mois à venir et la Fed devrait être en mesure de ralentir le niveau des hausses de taux.
  3. Nous maintenons notre objectif 3 mois à 1,08. Sur l'horizon de 12 mois, notre objectif est de 1,12 (valeur d'un euro).

Comment expliquer la récente vigueur du dollar ?

L'euro a temporairement atteint 1,04 après que la FED ait relevé son taux directeur de 75 bp lors de sa réunion du 15 juin. L’euro s’est réapprécié depuis et se rapproche dernièrement de 1,06. Le sentiment d'aversion au risque lié au conflit en Ukraine et les incertitudes liées aux confinements en Chine ont également accru la demande pour l'USD. En outre, l'écart de taux d'intérêt avec la zone euro est resté élevé et a offert un soutien supplémentaire au dollar. Cette tendance devrait toutefois s'inverser progressivement.

Perspectives de l’EURUSD

Nous pensons que la Fed a du mal à calmer les anticipations d'inflation, mais qu'elle finira par livrer moins que ce que le marché fixe à mesure que l'inflation ralentira au cours des prochains mois.

Nous prévoyons une hausse des taux de 75 pb lors de la réunion de juillet qui pourrait être suivi d'une hausse de 50 pb lors de la réunion de septembre. Après cela, le rythme devrait être ramené à 25 pb pour les 3 prochaines réunions, l'inflation ayant atteint un pic et le taux neutre étant atteint et dépassé. Cela devrait porter le taux directeur à 3,5 % d'ici la fin de l'année. Nos hypothèses sont légèrement moins agressives que celles du marché, qui prévoit environ 3,65 % d'ici fin 2022 et 3,9 % d'ici fin 2023. Pour la BCE, nous prévoyons une hausse de taux de 25 pb lors de la prochaine réunion en juillet, suivie d'une hausse de 50 pb lors des réunions de septembre et d'octobre. Nous pensons que les perspectives d'inflation permettront à la BCE d'adopter un rythme plus normal de hausse avec 25 pb attendue lors de la réunion de décembre. Nous prévoyons quatre hausses de taux supplémentaires de 25 pb l'année prochaine. En conséquence, nous voyons le taux de dépôt à 1 % en fin d'année et à 2 % en fin d'année 2023. L'écart de rendement à 2 ans devrait donc évoluer en faveur de l'euro.

La dynamique économique devrait devenir progressivement plus positive au cours des prochains mois, l'incertitude devrait au fil du temps diminuer et les contraintes pesant sur l'offre s'assouplir (chaînes d'approvisionnement et marchés de l'emploi tendus). Les risques liés au conflit en Ukraine devraient diminuer. Cela sera particulièrement important pour la zone euro. La clé pour les Etats-Unis sera de savoir quand l'inflation commencera à baisser et dans quelle mesure la Fed pourrait ralentir le rythme des hausses de taux. Une autre source d'incertitude reste la Chine qui pourrait être un frein au cours des prochains mois, même la situation devrait s'améliorer au cours du second semestre de l'année. Au niveau mondial, la croissance économique est principalement freinée par les contraintes des chaînes d'approvisionnement, tandis que la demande devrait rester forte au cours des prochains trimestres. La demande est en effet soutenue par des dépenses publiques élevées et des effets multiplicateurs potentiellement importants à mesure que l'incertitude mondiale diminue. Les investissements des entreprises et la reconstitution des stocks devraient également soutenir la croissance en 2023. Cela devrait entraîner un retour progressif de l'appétit pour le risque et soutenir le renforcement attendu de l'euro.

L'analyse technique suggère également un rebond de l'euro. En effet, la baisse de l'EURUSD (valeur d'un dollar) a été très forte et les niveaux actuels divergent fortement des moyennes mobiles (cf. graphique 3). À court terme, nous pensons que la voie la plus probable est celle d'une moyenne mobile sur 50 jours autour de 1,08.

À moyen terme, le moteur clé restera la parité de pouvoir d'achat (PPA). Elle mesure le taux de change qui égalise le prix d'un panier représentatif de biens lorsqu'il est calculé en dollars. La juste valeur estimée à long terme pour un euro (« parité de pouvoir d'achat » ou PPA) fournie par l'OCDE est d'environ 1,37 dollars (sur la base des chiffres de l'Allemagne). Des écarts par rapport aux PPA peuvent être observés sur une longue période. Certaines études universitaires suggèrent qu'une approche plus pertinente serait la notion dite de demi-vie*. D’après Craig (2005) « une demi-vie représente le temps qui s'écoule avant qu'un écart entre le niveau de PPA et le taux de change actuel ne soit réduit de moitié. ». Il a constaté que pour les grandes différences, cette période pouvait être d'environ 12 à 18 mois. Actuellement, la notion de demi-vie serait le temps nécessaire pour revenir aux alentours de 1,20.

Sur un horizon d'un an, nous prévoyons une reprise progressive de l'euro par rapport aux niveaux actuels. En effet, les incertitudes géopolitiques devraient diminuer progressivement tandis que l'écart de rendement devrait évoluer davantage en faveur de l'euro. Une reprise plus forte n'est pas attendue tant que l'économie mondiale ne rebondira pas. Nous maintenons notre objectif 3 mois à 1,08. Sur l'horizon de 12 mois, notre objectif est de 1,12 (valeur d'un euro).

*Par exemple, voir B. Craig (2005) « The Growing Significance of Purchasing Power Parity », Federal Reserve Bank of Cleveland, Economic Commentary.