Actions : Les bénéfices des entreprises progressent enfin
#Investissements — 28.04.2017

Actions : Les bénéfices des entreprises progressent enfin

Guillaume Duchesne

Les entreprises notamment européennes profitent d’un contexte plus favorable

Les marchés boursiers ont réagi très positivement aux résultats du premier tour de l’élection présidentielle en France. Les différents indices européens ont rebondi de 2% à 4% lundi 24 avril. L’espoir d’une réduction du risque politique en Europe autorise les investisseurs à se concentrer à nouveau sur les fondamentaux économiques. Mais sont-ils si bons ?

Au-delà des chiffres économiques, un point intéressant à suivre pour évaluer la santé d’une zone est la perspective bénéficiaire des entreprises. Ces derniers trimestres, la tendance est plutôt encourageante. Les entreprises ont vu leurs bénéfices surprendre à la hausse. Ces derniers sont même à nouveau en croissance.


Une croissance bénéficiaire à la hausse

Depuis plusieurs années, les entreprises européennes souffrent d’un environnement compliqué (crise de la dette souveraine, demande domestique faible, crainte d’une stagnation séculaire). Dans ces conditions, la croissance des bénéfices est restée anémique et les tendances ont été clairement moins favorables qu’aux Etats-Unis qui ont profité d’une meilleure conjoncture (voir graphique ci-dessous). Les perspectives semblent toutefois s’améliorer en Europe.

 Plusieurs éléments jouent en faveur d’un rebond des bénéfices :

1) Des effets macroéconomiques favorables :
 

  • Hausse de la demande : Les indices macroéconomiques sont en progression, preuves d’une conjoncture plus favorable. Les carnets de commandes des entreprises sont plus fournis et les entreprises voient l’avenir sous un jour meilleur. La demande et donc leurs revenus devraient progresser en conséquence ;
  • Amélioration probable des marges de profit : D’une part, avec l’amélioration de la conjoncture économique, les entreprises retrouvent un peu de « pricing power » (capacité à augmenter leurs prix de vente). Le risque de déflation a en effet reculé ces derniers trimestres. D’autre part, avec la hausse attendue de leur chiffre d’affaires, les entreprises pourront bénéficier d’un levier opérationnel favorable qui agit positivement sur leurs marges de profit. Les entreprises aux coûts fixes importants sont les premières concernées ;
  • L’affaiblissement de l’euro est enfin un avantage pour les entreprises exportatrices.


2) Des effets techniques :

Les effets de base sont très favorables. Le début d’année 2016 a été en effet marqué par une très faible profitabilité pour certains secteurs. Par exemple, l’effondrement des cours du pétrole fin 2015 a été très pénalisant pour les entreprises pétrolières. Depuis, le rebond du prix du baril permet d’espérer une forte reprise de la croissance bénéficiaire en 2017. Le marché attend en effet une hausse de 40% des bénéfices dans le secteur de l’énergie. De même, le secteur bancaire participe à la progression de la croissance grâce à des comparatifs très favorables (2016 a été une année difficile pour les banques).

Croissance bénéficiaire annuelle en Europe et aux Etats-Unis

Des publications encourageantes  pour le premier trimestre 2017

La saison des résultats bénéficiaires du premier trimestre 2017 est actuellement en cours. Nous vivons les semaines les plus chargées en termes d’annonces avec respectivement 41% et 33% des résultats la semaine du 24 avril aux Etats-Unis et en Europe (1). A ce stade, la saison est plus avancée aux Etats-Unis. Nous pouvons déjà tirer quelques enseignements des résultats américains. Les chiffres publiés sont plutôt rassurants :
 

  • La croissance bénéficiaire du premier trimestre 2017 s’élève à 12% en glissement annuel ;
  • Les banques américaines ont continué à confirmer l’amélioration de leur profitabilité grâce aux effets de la reflation (hausse des taux, augmentation de la demande de crédit) ;
  • Malgré un dollar plus fort, les valeurs cycliques internationales – la technologie et les matériaux, notamment - ont profité d’une conjoncture mondiale plus favorable ;
  • Seule déception majeure : le secteur des transports (compagnies aériennes) qui a été touché par la hausse du pétrole ;
  • De manière générale, les entreprises américaines ont publié à ce jour des bénéfices par action 5% au-dessus des attentes. En conséquence, les analystes revoient leurs estimations à la hausse, notamment pour les secteurs les plus cycliques. Les entreprises elles-mêmes partagent cet optimisme en révisant leur « guidance ».

Même s’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions, la tendance laisse augurer de bons résultats en Europe. Pour le second trimestre consécutif et après une longue période de récession, les revenus des entreprises européennes devraient croître enfin, grâce à la meilleure conjoncture économique. Les bénéfices par action sont également attendus à la hausse en glissement annuel (+7%), tirée par l’énergie (+40%). Les services aux collectivités sont en revanche susceptibles de continuer à souffrir d’une profitabilité en berne (-44%).  

Rien n’est encore joué et les marchés boursiers peuvent réagir de manière imprévisible. Toutefois, si le risque politique diminue, les investisseurs pourront porter leur attention sur la qualité des bénéfices des entreprises européennes. Ils devront en particulier analyser l’évolution des marges de profit et la capacité des entreprises à capter la progression des revenus attendue avec l’amélioration de la conjoncture économique. En Europe, les valeurs cycliques et bancaires semblent à ce titre être les mieux armées.


 

1) En Europe, le calendrier des publications de l’indice Stoxx 600 est le suivant : 33% des valeurs de l’indice la semaine du 24 avril, 26% le 1er mai, 20% le 6 mai et 5% le 15 mai. Aux Etats-Unis, 41% des valeurs de l’indice S&P500 publieront la semaine du 24 avril, 23% la semaine du 1er mai et 5% le 6 mai.