#Stratégie d'investissement — 21.03.2019

Stratégie sectorielle : Un manque de catalyseur sur le marché des actions

Guillaume DUCHESNE

Les marchés ont été portés ces derniers mois par plusieurs facteurs positifs: une Banque centrale américaine plus accommodante, des résultats bénéficiaires rassurants et des espoirs dans les négociations commerciales entre la Chine et les Etats-Unis. Nous pensons toutefois que les marchés devraient manquer de catalyseurs à court terme.

Dans cet environnement difficile, nous avons tactiquement réduit le risque en allégeant nos positions cycliques. Faute de catalyseurs à court terme sur les marchés, notre stratégie sectorielle est temporairement plus neutre.

Nous maintenons des positions dans des secteurs plus défensifs comme l’énergie et la pharmacie. Nous conservons malgré tout quelques positions cycliques en Europe (hardware, Industrie) qui reste bon marché

Sector Strategy | BNP Paribas Wealth Management

Marchés actions: de positif à neutre à court terme

Récemment, nous avons réduit nos positions en faveur des valeurs cycliques. Après le rebond de début d’année, nous considérions qu’il était temps de réduire la voilure faute de catalyseurs à court terme. Les marchés ont en effet été portés ces derniers mois par plusieurs facteurs positifs:

- Une Banque centrale américaine plus accommodante. Le marché a été rassuré par les commentaires de son Président, réduisant en conséquence le risque d’erreur de politique monétaire.

- Des résultats d’entreprises au quatrième trimestre plutôt rassurants. Les attentes des analystes avaient certes été révisées à la baisse, mais, au-dessus des attentes, elles n’ont pas montré les signes d’une récession imminente.

- Des progrès sur le plan des discussions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine. L’espoir d’un compromis entre les deux puissances a soulagé les marchés

En conséquence, les marchés actions ont repris des couleurs, tirés en premier lieu par des valeurs cycliques. Aujourd’hui, les catalyseurs précités semblent avoir moins de puissance. L’écart entre le comportement des indices boursiers et les perspectives, notamment bénéficiaires, s’est comblé (voir graphique page suivante). Les actions sont surachetées

Certains de nos paris sectoriels sont plus défensifs. La pharmacie devrait profiter de son profil de croissance solide malgré le risque sur le prix des médicaments. L’énergie qui a récemment sous-performé, n’est pas chère. Elle bénéficie d’un dividende attrayant et de flux de trésorerie solides dans un contexte de hausse du prix du baril de pétrole. Nous sommes également positifs sur l’immobilier cotés (rentabilité solide dans un contexte de taux bas).

Cette stratégie semble porter ses fruits en mars. Le S&P500 a légèrement corrigé début mars pour revenir à 2800, soutenu par l’énergie et les soins de santé. La technologie s’avère par ailleurs très résiliente

Nous  conservons malgré tout quelques positions cycliques en Europe (hardware, Industrie). Malgré l’effet négatif du ralentissement de l’activité des constructeurs automobiles, le secteur de l’industrie devrait être soutenu par la stabilisation de l’économie chinoise (stimulus en cours)

La difficulté du rebond des banques

Nous sommes également positifs sur les banques et les assurances. Tandis que les deuxièmes ont profité de leur caractère défensif (moindre volatilité, moindre risque réglementaire), les banques ont largement souffert ces derniers mois  d’un environnement économique  et financier difficile: faible rentabilité dans un contexte de taux bas, règlementation stricte, incertitudes politiques (Brexit, Italie) et révisions à la baisse des perspectives économiques. En Europe, les annonces de scandales financiers dans les pays scandinaves ne sont par ailleurs pas porteurs (risque d’amendes). Dans l’attente de la réunion de la Banque centrale européenne (BCE) le 7 mars, les investisseurs espéraient des éléments nouveaux pouvant soutenir les valeurs bancaires, notamment des annonces relatives à un taux de dépôt qui est négatif  et donc pénalisant pour leurs bénéfices. Le marché espérait également la mise en place d’un nouveau programme de TLTRO.

La BCE a bien commencé à agir ce mois-ci - finalement plus tôt que prévu ce qui est positif -, mais elle est n’a pas répondu complètement aux attentes du marché:

• Une nouvelle série de TLTRO a bien été annoncée, mais certains détails importants n'ont pas été divulgués (quel taux? Quels prêts éligibles?). Sans préciser plus, la BCE a annoncé que le taux du TLTRO serait indexé sur le taux Refi (et non sur le taux de dépôt dans la mouture précédente) ce qui est a priori moins généreux pour les banques.

• Le taux de dépôt reste négatif.  Les aménagements espérés (taux progressifs) n’ont pas été évoqués.

• Par ailleurs, le sentiment des investisseurs a été refroidi par le discours de M. Draghi.  Un signal de prudence sur l’environnement économique a été envoyé avec la révision à la baisse des prévisions macroéconomiques (PIB pour 2019-20-21 à 1,1% 1,6% et 1,5% contre 1,7%, 1,7% et 1,5%. L’inflation à 1,2%, 1,5%, 1,6% contre 1,6%-1,7% et 1,8%). La BCE ne devrait par ailleurs pas relever ses taux en 2019

L’annonce de la BCE a donc créé la confusion sur les marchés. Les banques européennes ont corrigé  (-4%) jeudi 7 mars après la conférence de presse de M. Draghi. A ce stade, nous restons positifs vis-à-vis des banques. Bien que l’environnement reste très compliqué pour celles-ci, la BCE par sa communication tente d’indiquer qu’elle se laisse des options ouvertes en fonction des aléas de marché. Le secteur est par ailleurs extremement bon marché. Nous continuons de penser que le niveau actuel du 10 ans allemand est une anomalie. Le secteur pourrait par ailleurs être soutenu par des fusions (en Allemagne, notamment). Deutsche Bank et Commerzbank ont confirmé qu’ils s’engageaient officiellement dans des négociations pour une fusion. Nous restons donc positifs à ce stade même si les conditions de rentabilité restent difficiles pour le secteur bancaire. 

En conclusion, au-delà de notre vue neutre à court terme, nous gardons une vue favorable aux marchés actions à moyen terme. Grâce à la stabilisation de l’environnement économique et des pressions (géo)politiques, les bénéfices des entreprises vont continuer à croître en 2019. Ce potentiel de poursuite de la hausse devrait se concrétiser d’ici le milieu de l’année. Après consolidation, nous pourrions revenir sur certains thèmes actions  (valeurs de consommation, valeurs sensibles à la zone émergente).

Guillaume DUCHESNE

Equity Strategist
BNP Paribas Wealth Management