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#Stratégie d'investissement — 24.09.2019

Révision à la baisse de la croissance et de l'inflation mondiale

Guy Ertz

Nous ne prévoyons pas d'accord commercial majeur au cours des prochains mois.

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EN BREF

  • Nous n’attendons plus qu'un accord commercial entre les États-Unis et la Chine soit conclu au cours de l’année prochaine. L'incertitude au sujet des tarifs douaniers a été la principale raison du ralentissement mondial en cours qui a particulièrement touché le secteur manufacturier et le commerce. Si la résolution des conflits commerciaux semble plus lointaine, les économies axées sur l'exportation, comme l'Allemagne, continueront à subir de fortes pressions.

  • L'économie allemande devrait connaître une récession cette année, tandis que la zone euro poursuivra sa croissance grâce à la bonne résistance de l'économie française, mais des risques majeurs menacent les perspectives (Brexit, les tarifs automobiles américains, principalement).

  • Grâce à la solidité des facteurs fondamentaux qui sous-tendent la consommation, l'économie américaine devrait éviter une récession malgré le ralentissement de la croissance. La consommation des ménages étant le principal moteur de la croissance, l'économie américaine est vulnérable aux changements de sentiment.

  • En Chine, un ralentissement significatif de la demande intérieure, conjugué à l'effet négatif des tarifs douaniers, ralentira probablement la croissance économique sous la barre symbolique des 6% en 2020. Les autorités chinoises sont prêtes à fournir des mesures de relance budgétaire supplémentaires pour atténuer le ralentissement.

  • La faiblesse de la croissance et la persistance d'un faible taux d'inflation laissent aux banques centrales une marge de manœuvre pour un assouplissement supplémentaire. Malgré un degré sans précédent de détente monétaire, les anticipations d'inflation restent obstinément faibles dans les économies avancées.

  • Les autorités budgétaires intensifieront probablement leurs efforts pour stimuler l'économie. Les taux d'intérêt historiquement bas élargissent la marge de manœuvre et accroissent l'efficacité des mesures de relance tout en apaisant les inquiétudes concernant la viabilité de la dette. L'impact de la politique budgétaire sur l'économie ne se fera sentir qu'à la fin de 2020, en raison des retards de mise en œuvre, mais l'impact sur la confiance des entreprises et des consommateurs pourrait être beaucoup plus rapide.

 

Prévisions économiques

Prévisions économiques

US: Atterrissage en douceur en 2020

L'incertitude de la politique commerciale et l'escalade des tensions géopolitiques ont eu des répercussions sur l'économie américaine. Bien que la consommation américaine demeure résistante et continue de soutenir la croissance globale, les enquêtes de conjoncture laissent entrevoir une contraction de l'activité manufacturière pour la première fois depuis 2016. De notre point de vue, la faiblesse observée dans le secteur manufacturier et les investissements fixes des entreprises auront probablement des répercussions sur l'économie en général.

Selon notre scénario de base, l'économie américaine continuera de croître, bien qu’ à un rythme plus lent, en 2019 et en 2020. Une récession sera évitée grâce à une politique budgétaire et monétaire favorable. Nous avons abaissé nos prévisions de croissance pour 2019 et 2020 à 2,2% et 1,5%, respectivement. Nous pensons que les risques sont principalement orientés à la baisse. La consommation des ménages demeurant le principal moteur de la croissance économique aux États-Unis, le sentiment général des consommateurs revêt une grande importance. Un retournement du marché du travail ou une correction des prix des actifs pourrait provoquer un changement de sentiment et entraîner une réduction plus qu’attendue des dépenses de consommation. À l'approche des élections présidentielles de 2020, le président Trump pourrait ajouter des mesures de relance par l'action de l'exécutif, si l'économie se détériore plus qu’attendu. L'inflation aux États-Unis est en hausse et nous prévoyons qu'elle atteigne un point haut en 2020. Divers facteurs, tels que la pression sur le marché immobilier résidentiel, l'augmentation des coûts unitaires de main-d'œuvre et les effets de base favorables, feront augmenter l'inflation aux États-Unis, selon notre opinion. Nous prévoyons que l'inflation mesurée par l'indice de référence culminera à 2,6 % au deuxième trimestre de 2020.

En réponse à l'affaiblissement des perspectives économiques, la Réserve Fédérale a amorcé un cycle d'assouplissement, le premier depuis 2008, avec deux baisses de taux d'intérêt de 25 points de base en juillet et en septembre, qui ont porté les taux à un niveau compris entre 1,75% et 2,0%. Nous nous attendons à ce que la position de la Fed demeure accommodante dans les mois à venir et nous prévoyons trois baisses de taux additionnelles d’ici juin 2020. Les taux directeurs sont ainsi attendus à 1,00%-1,25%. Des réductions supplémentaires restent plausibles, si le ralentissement est plus marqué que nos projections actuelles.

Zone Euro: Au bord de la récession

La zone euro entre dans une phase de récession qui pourrait affaiblir le marché du travail et faire reculer l'inflation. Jusqu'à présent, les indicateurs avancés ont montré une divergence dans l'activité économique entre l'industrie manufacturière et les services, mais il y a plusieurs signes que la faiblesse de la production industrielle se transmettra aux services. L'économie allemande s'est contractée de -0,1% au deuxième trimestre et nous prévoyons une nouvelle contraction au troisième et au quatrième trimestre. L'exposition de l'Allemagne au cycle mondial et les vents contraires propres au secteur automobile sont les principales raisons de faiblesse économique actuelle du pays. La France semble mieux résister à ces facteurs.

Nous avons laissé nos prévisions de croissance pour 2019 inchangée à 1,1 % pour la zone euro, mais nous avons révisé à la baisse nos projections de croissance pour 2020 à 0,7 %.  Nous pensons que les risques pour la croissance et l'inflation sont orientés à la baisse et qu'un choc négatif supplémentaire conduirait la zone euro à une véritable récession. Ces prévisions  s’appuient sur un scénario excluant un Brexit sans accord ou une escalade des tensions commerciales.

Dans un contexte économique morose, nous nous attendons à ce que les autorités monétaires et budgétaires prennent des mesures de politique d'envergure. La BCE a annoncé en septembre une des mesures accommodantes, incluant une baisse des taux, un système des taux modulés et un nouvel ensemble de mesures d'assouplissement quantitatif (20 milliards d‘euro par mois) sans date de fin prédéfinie. Nous prévoyons également une autre réduction de 10 points de base en décembre. Bien que la BCE semble apporter le soutien nécessaire, une dose de relance budgétaire est requise pour que la zone euro continue de croître.

Nos prévoyons une relance budgétaire de 1% du PIB en Allemagne au cours des deux prochaines années, où la marge de manœuvre est la plus importante, ainsi qu'une expansion budgétaire modérée dans le reste de la zone euro. Dans l'ensemble de la zone euro, nous anticipons une relance budgétaire égale à 0,5% du PIB en 2020. Toutefois, il est peu probable que l'économie réelle en ressente les effets avant le second semestre de 2020. Même si les mesures de politique budgétaire et monétaire devraient permettre une reprise de l'économie l’année prochaine, le flux de nouvelles devrait rester négatif à court terme.

Royaume-Uni : L'incertitude Brexit persiste

La voie vers une résolution du Brexit semble plus incertaine que jamais, mais compte tenu des récents développements nous avons reconsidéré les probabilités liées aux différents résultats possibles. Nous n'attribuons maintenant qu'une probabilité de 20 % à un Brexit avec accord, une probabilité de 30 % à une révocation de l‘Article 50 menant à l'absence totale de Brexit, et enfin une probabilité de 50 % à un Brexit sans accord.

Étant donné que l'environnement politique au Royaume-Uni demeure instable, nous pensons que la question du Brexit restera non-resolue dans les mois à venir. L'incertitude continuera d'entraver les investissements des entreprises en 2019 et 2020, tandis que le ralentissement mondial aura un effet négatif sur le commerce. Le ralentissement de la croissance commencera à affecter le marché du travail, mais il est probable que les mesures de relance budgétaire et le taux d'emploi élevé apporteront un soutien à la consommation. En ce qui concerne l'inflation au Royaume-Uni, nous prévoyons un recul à court terme, mais une stabilité relative en 2020. Dans ce contexte, la banque centrale maintiendra sa politique actuelle, avec une tendance à la baisse en cas d'aggravation du ralentissement mondial ou de turbulences liées au Brexit.

Dans notre scénario de référence, nous prévoyons une croissance de l'économie britannique de 1,1% en 2019 et de 0,6% en 2020 avec un taux d'inflation proche de 2% (1,9% en 2019 et 1,8% en 2020). En cas de Brexit sans accord, nous nous attendons à une récession que les autorités monétaires et fiscales combattront avec des mesures fortes. Dans un tel scénario, la banque centrale devrait procéder à des baisses de taux d'intérêt et à un redémarrage des mesures d'assouplissements quantitatifs (Term Funding Scheme et QE). Dans le cas d’un Brexit avec accord ou de révocation de l‘Article 50, nous nous attendons à ce que la banque centrale apporte une ou deux hausses des taux tandis que la politique budgétaire fournira probablement un stimulus économique.

Japon : Décélération de la croissance économique

Bien que les dépenses en capital aient été fermes au premier semestre de 2019, l'économie japonaise commence à ressentir la chaleur des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine. La faiblesse des exportations et l'incertitude accrue au sujet du commerce international risquent de retarder les investissements dans la seconde moitié de l'année, en particulier dans les secteurs manufacturiers. La consommation privée devrait également s'essouffler en raison d'une hausse prévue de la TVA en octobre.

Alors que l'économie ralentit, le gouvernement devrait réagir au quatrième trimestre de 2019, avec une série de mesures représentant 1% du PIB. La croissance moyenne au deuxième semestre 2019 et en 2020 devrait se maintenir  0%. Nous prévoyons une croissance de l'économie japonaise de 1,2% en 2019 et de 0,2% en 2020.

Concernant la politique monétaire, la Banque centrale du Japon pourrait réduire davantage les taux d'intérêt en territoire négatif en réponse au ralentissement mondial, bien que ce ne soit pas notre scénario de base. Nous prévoyons également l'introduction d'une fourchette cible élargie autour de l'objectif central de rendement à 10 ans de 0 %, de ± 20 points de base à ± 30 points de base. Malgré de nombreuses années d'assouplissement vigoureux de la part de la banque centrale, l'inflation mesurée par l'indice de référence ne s'est pas accélérée et devrait passer de 0,8 % en 2018 à 0,5 % en 2019 et 0,1 % en 2020.   

Marchés émergents : Croissance plus faible, taux plus bas

La montée des tensions commerciales internationales et le ralentissement de la croissance mondiale ne sont pas de bonnes nouvelles pour les économies émergentes. Nous nous attendons à ce que la croissance soit affectée par une incertitude mondiale accrue, non seulement par une baisse des exportations, mais aussi par un ralentissement de l'investissement.

Des perspectives de croissance plus faibles et un taux d'inflation historiquement bas ont entraîné des baisses de taux d'intérêt dans les marchés émergents, une tendance qui devrait s'intensifier au cours des prochains mois. De nombreuses banques centrales se concentrent principalement sur les cibles d'inflation et, dans une moindre mesure, sur les fluctuations de taux de change. Nous nous attendons donc à ce que les pays émergents qui connaissent un ralentissement de l'inflation terminent l'année avec des taux directeurs plus bas. L’ attitude accommodante de la Fed indiquerait également un assouplissement monétaire sur les marchés émergents.

En Chine, la plus grande incertitude et la confiance plus faible semblent nuire davantage à la demande domestique qu'au secteur extérieur. Nous nous attendons à ce que la baisse des exportations, les limites imposées à l'investissement immobilier et l'affaiblissement des effets des politiques publiques aient un effet négatif sur la croissance économique. La croissance économique de la Chine ralentira sous l'objectif de 6,0%-6,5% fixé par le gouvernement, pour s'établir à 5,9 % en 2019 et à 5,6 % en 2020, selon nos prévisions. La réponse politique du gouvernement chinois sera un nouveau stimulus  pour freiner la décélération de la croissance. La banque centrale a adopté une attitude accommodante en réduisant les taux d'intérêt et les réserves obligatoires des banques. Les autorités budgétaires devraient également accroître leurs dépenses d'infrastructure et améliorer l'efficacité des mesures existantes.

La croissance économique de l'Inde s'est considérablement ralentie en 2019, chutant à 5 % (en glissement  annuel) au deuxième trimestre, son rythme le plus lent depuis 2013.  Afin de répondre aux préoccupations de croissance, la Réserve Banque d’Inde (RBI) a procédé à une baisse non conventionnelle de 0,35 % de son taux d'intérêt en août, pour la quatrième fois en 2019. La réduction cumulative du taux directeur a été de 110 points de base depuis le début de l'année. Comme l'inflation demeure inférieure à la cible de 4 % de la RBI, nous prévoyons de nouvelles baisses de taux d'intérêt de 40 points de base jusqu'à la fin de 2019, laissant le taux directeur à 5 %, avant une stabilisation en 2020.

Le gouvernement a fait des progrès en matière de réformes structurelles, mais le soutien de l'économie sur le plan budgétaire devrait être limité. Enfin, nous avons revu à la baisse nos prévisions de croissance à 6,5% en 2019 et 6,3% en 2020.

Le Brésil se redresse lentement, le taux de chômage élevé pesant sur la croissance. La consommation privée augmente, mais l'environnement international difficile et le manque de marge de manœuvre budgétaire pèsent sur l'économie. Le Président Bolsonaro a récemment réussi à faire adopter une réforme cruciale sur les retraites qui se traduira par des économies substantielles au cours des dix prochaines années, mais des mesures supplémentaires d'assainissement budgétaire sont nécessaires pour assurer la viabilité de la dette. La banque centrale du Brésil (BCB) a amorcé un cycle d'assouplissement monétaire en juillet avec deux baisses consécutives de 50 points de base qui ont porté le taux directeur à 5,5 %. Nous prévoyons de nouvelles réductions de la part d’ici à la fin de l'année, car l'inflation reste inférieure à la cible de 4 % du BCB. Malgré l'importante détente monétaire, nous prévoyons que la croissance économique du Brésil plafonne à 0,5 % en 2019 et qu'elle atteindra un taux de 2 % en 2020.

En Russie, la croissance économique s'est accélérée pour atteindre 0,9% au deuxième trimestre après un début d’année difficile, mais les perspectives de croissance restent moroses. L'inflation a commencé à ralentir, passant de 5,3 % en mars à 4,3 % en août. Dans ce contexte, les autorités monétaires russes ont adopté une politique accommodante en ramenant le taux directeur à 7 % en septembre, avec trois baisses consécutives de 25 points de base depuis avril. Malgré l'importante détente monétaire et les plans du gouvernement visant à accroître la productivité, nous prévoyons une croissance modeste de 2,3 % en 2019 et un ralentissement marqué à 1,2 % en 2020.

 

Guy Ertz

Chief Investment Advisor
BNP Paribas Wealth Management

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