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#Philanthropie — 12.12.2017

La solidarité féminine, un facteur de puissance, et maintenant de prospérité

Aux États-Unis, les femmes milliardaires autodidactes privilégient la collaboration et axent leurs actions philanthropiques sur l'aide aux femmes et aux jeunes filles.

En matière de philanthropie, les femmes américaines ont toujours joué un rôle majeur. Des personnalités célèbres telles que Melinda Gates et Peggy Dulany (de la dynastie Rockefeller) ont tenu à mettre leur fortune au service de causes nobles et ont su donner l'exemple. Cependant, la plupart de ces femmes milliardaires étaient soit issues de milieux fortunés, soit mariées à des hommes riches : très peu d'entre elles avaient acquis leur fortune par leur propre entreprise.

Mais c'est en train de changer. Bien que les femmes autodidactes ne représentent que 2,7 % des milliardaires à l'échelle mondiale, leur nombre augmente. De plus en plus de femmes se lancent dans des carrières prestigieuses, à l'instar de la directrice des opérations de Facebook Sheryl Sandberg, et de Meg Whitman, PDG de Hewlett Packard. Elles sont aussi de plus en plus nombreuses à être artisans de leur propre fortune, comme l'animatrice et productrice Oprah Winfrey, ou à jouer un rôle égal à celui de leur époux, à l'image de Laura Dangermond, co-fondatrice de l'éditeur de logiciels de cartographie 'Esri.

Cette année, la liste Forbes des femmes milliardaires autodidactes comptait 56 personnes, dont 17 venant des États-Unis, un record par rapport aux années précédentes. Et cette liste devrait vraisemblablement s'allonger, dans la mesure où le nombre de femmes milliardaires autodidactes a doublé depuis 2009, tandis que la valeur de leur patrimoine a renchéri de 50 % ces cinq dernières années selon le magazine Forbes.(1) Elles possèdent 16 % de la fortune totale détenue par les femmes milliardaires aux États-Unis.

Plus de femmes milliardaires, plus de philanthropie ?

La hausse du nombre de femmes milliardaires autodidactes a-t-elle des répercussions sur l'avenir de la philanthropie aux États-Unis ? Bien que la générosité soit une qualité partagée par les deux sexes, certaines recherches révèlent qu'il pourrait y en avoir davantage chez les femmes. Une enquête menée par le Women's Philanthropy Institute (WPI) de l'Université d'Indiana a montré que la propension au don dans les ménages avec un revenu annuel supérieur à 103 000 USD était plus élevée quand le chef de famille était une femme (96 %) qu'un homme (76 %).(2) Les femmes sont aussi celles qui donnent le plus en moyenne : 1 910 USD par an, contre 984 USD pour les hommes.

Les femmes milliardaires autodidactes de la liste Forbes participent activement à des cercles philanthropiques. Parmi les 17 femmes américaines de cette liste, 80 % ont créé leur propre fondation. Selon Melissa Durda, directrice du Global Philanthropists Circle du Synergos Institute, aux États-Unis (réseau de philanthropes fondé par Peggy Dulany), les femmes fortunées autodidactes sont devenues plus à l'aise avec le concept de don. Des modèles comme Oprah Winfrey, Sheryl Sandberg et Sara Blakely, la fondatrice de la marque de lingerie Spanx, ont contribué à mettre en valeur les dons de femmes fortunées. « Dans certaines familles, c'était une question de rôles. Quand la fortune provenait de la profession de l'homme, la femme avait du mal à se l'approprier et jouait de ce fait un rôle plus discret dans l'action philanthropique », explique Melissa Durda. « Certaines [femmes] ne se sentaient pas à l'aise pour médiatiser leur cause et lui associer leur nom. »

Solidarité féminine

Les experts révèlent que ces femmes ont un style de philanthropie bien particulier, qui se caractérise entre autres par la priorité qu'elle accorde aux causes liées aux femmes et aux jeunes filles. D'après une étude conduite l'an dernier par le WPI, parmi les personnes ayant effectué un don, plus de 46 % des femmes ont soutenu au moins une cause liée aux femmes et aux jeunes filles, contre 37 % chez les hommes.(3) Une caractéristique que Melissa Durda observe invariablement chez les femmes du Synergos Institute. À travers leurs fondations, Oprah Winfrey, Sheryl Sandberg et Sara Blakely soutiennent toutes les trois des initiatives d'émancipation des femmes et des jeunes filles par l'éducation, l'entrepreneuriat et le mentoring au travail.

Maverick Collective, une organisation à but non lucratif basée à Washington DC, et créée pour mettre à profit les dons de femmes philanthropes, espère bien faire perdurer cette tendance. Maverick Collective a été fondé l'année dernière par Kate Roberts, vice-présidente senior de Population Services International, un organisme de bienfaisance lié au domaine de la santé, avec la princesse héritière de Norvège Mette-Marit. Ses 23 membres se sont engagés à verser respectivement au moins 1 million USD sur trois ans pour améliorer la santé des femmes et des filles dans les pays en développement.

L'idée est née de la rencontre des deux femmes au Forum économique mondial et de leur décision de s'associer. « Nous avons pris conscience qu'à peine 8 % [des participants au forum] étaient des femmes. Nous allions à ces tables rondes, semblables d'année en année, et les sujets abordés ne couvraient pas les problèmes essentiels que rencontrent les femmes », explique Kate Roberts. Selon la Banque mondiale, sur chaque dollar consacré au développement, seuls 2 cents bénéficient aux adolescentes.(4)

Une approche collaborative

Les experts soulignent également que les femmes changent la face de la philanthropie à travers leur propension à collaborer. L'enquête annuelle du WPI sur les modèles de don a révélé que plus de la moitié des cercles de donateurs américains sont composés uniquement de femmes. L'étude par ailleurs a observé que le meilleur moyen d'inciter les hommes à donner serait d'établir un lien entre la cause défendue et l'intérêt personnel et individuel des donateurs. « J'ai le sentiment que les femmes engagées à nos côtés agissent plus en fonction de leur cœur que de leur égo », explique Melissa Durda. « Elles comprennent donc mieux l'importance de travailler en réseau avec des pairs, au lieu de faire cavalier seul. »

Kate Roberts est du même avis. « Je vois nos membres s'encourager les unes les autres. » Loin d'être en compétition, elles se serrent les coudes. Des amitiés se créent. Beaucoup de nos membres ont commencé des collaborations de leur propre chef. Elles visitent des programmes ensemble et mettent mutuellement leurs compétences au profit de leurs projets. »

Une philanthropie mesurable

Ces femmes d'affaires qui ont réussi apportent également plus de rigueur, ainsi qu'un regard plus critique dans l'évaluation de l'impact de leurs actions philanthropiques. Une bienfaitrice de Maverick Collective a financé et sponsorisé un projet pilote de dépistage à faible coût du cancer du col de l’utérus en Inde. Cette dernière « tenait absolument à pouvoir mesurer l'impact et les retombées de ce projet », raconte Kate Roberts. Grâce aux résultats positifs obtenus dans 3 districts, les autorités locales ont décidé d'étendre le projet à 28 districts.

Malgré la fortune et le succès, les stéréotypes liés au genre sont toujours présents. Destiné à générer des profits tout en accomplissant de bonnes actions sur le plan social, l'investissement d'impact, ou impact investing, est de plus en plus populaire, principalement chez les jeunes bienfaiteurs. Toutefois, ce domaine reste étroitement lié à la finance, et il est toujours difficile d'étendre ce type d'initiative à d'autres secteurs où les hommes sont majoritaires, confie Melissa Durda. Étant donné leur propension à collaborer, les femmes doivent coopérer étroitement avec celles qui sont présentes dans ces domaines, augmenter leur présence et braver les stéréotypes sexistes.

Les efforts en ce sens sont encore au stade de prémisses. Pour Kate Roberts, il est cependant essentiel de tirer profit de cette jeune génération de bienfaiteurs afin de « ne laisser passer aucune opportunité de don. » Elle ajoute : « Nous essayons de reproduire le modèle de Maverick Collective partout où cela est possible, car il y a une réelle demande. Grâce aux femmes, la philanthropie est en train de connaître un tournant décisif. »

 

Cet article est le premier d'une série sur le rôle des femmes milliardaires en philanthropie, prenant ici le cas des États-Unis. Cette série d'articles s'inscrit dans le cadre d'un programme plus large sur la philanthropie écrit par The Economist Intelligence Unit, et fait suite au rapport BNP Paribas sur la Philanthropie Individuelle 2017.

(1) https://www.forbes.com/sites/chloesorvino/2017/03/08/the-worlds-56-self-made-women-billionaires-the-definitive-ranking/#2958684668a2

(2) Debra J Mesh, Women Give 2010. New research about women and giving, Women’s Philanthropy Institute, Centre de philanthropie de l'Université d'Indiana, octobre 2010.

(3) Giving to Women and Girls: Who Gives, and Why?, Women’s Philanthropy Institute, Lilly Family School of Philanthropy, mai 2016.

(4) Measuring the Economic Gain of Investing in Girls, Banque mondiale, août 2011