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#Investissements — 08.12.2017

Stratégie actions : impact de la réforme fiscale américaine et rotation sectorielle

Guillaume Duchesne

Le Congrès américain pourrait voter la réforme fiscale avant la fin de l’année. La nouvelle a entrainé une rotation sectorielle sur le marché américain.

Le feuilleton de la réforme fiscale aux Etats-Unis se poursuit. Le 2 décembre dernier, sans doute pressés par les prochaines échéances politiques (les élections de mi-mandat auront lieu en novembre 2018), les sénateurs américains ont finalement réussi à voter – à une courte majorité – un projet de réduction de la fiscalité pour les entreprises et dans une moindre mesure les particuliers. L’impôt sur les sociétés pourrait passer de 35% à 20%, celui sur les bénéfices rapatriés de l’étranger être réduit et certaines déductions fiscales révisées. La baisse d’impôts sur les dix prochaines années pourrait ainsi s’élever à 1400 milliards de dollars.

La partie n’est pourtant pas encore gagnée. Les deux chambres – Chambre des représentants et  Sénat – doivent à présent trouver un compromis entre leurs versions respectives. Les taux d’imposition définitifs ne sont donc pas encore connus. Néanmoins, les observateurs politiques semblent à présent plus confiants sur la possibilité d’une « réconciliation » entre les versions des deux chambres.

Dans ce contexte, quels sont les effets sur les marchés boursiers ? La mise en place d’une baisse d’impôt significative devrait sans aucun doute avoir un effet positif sur les bénéfices des entreprises américaines. La politique de rapatriement des bénéfices internationaux ainsi que la baisse de l’impôt sur les sociétés aux Etats-Unis inciteront les analystes financiers à revoir leurs perspectives bénéficiaires à la hausse. Avec des bénéfices par action plus élevés, la valorisation du marché boursier américain se détendra mécaniquement.

Au-delà de cet effet général sur la profitabilité des entreprises, on peut s’interroger sur les véritables gagnants (et perdants) de la réforme fiscale. Même si l’impact sur une entreprise dépend avant tout de sa situation fiscale spécifique, des différences peuvent se dessiner entre les industries. Le taux d’imposition effectif de l’une peut être différent d’une autre en fonction de l’organisation de son activité. Ainsi, une entreprise avec une grande part de ses activités aux Etats-Unis devrait a priori profiter d’effets positifs plus importants. Ces derniers seront évidemment directs (baisse d’impôts immédiate), mais aussi indirects  (croissance économique plus forte et donc demande plus élevée aux Etats-Unis).

Un exercice simple consiste donc à classer les industries américaines en fonction de leur part de revenus en provenance des Etats-Unis. Les entreprises télécoms (plus de 90% de revenus d’origine domestique), financières (80%) et services aux collectivités (plus de 90%) dépendent largement de la demande domestique tandis que la technologie est le secteur le plus international (45% de revenus domestiques et seulement 15% pour le sous-secteur des semi-conducteurs). Or, sur les marchés boursiers, les deux premières ont justement rebondi après le vote du sénat… au détriment des valeurs technologiques (valeurs de croissance) qui se trouvaient s’échanger  à des niveaux de valorisation élevés.

La rotation sectorielle plutôt en faveur de secteurs « value » pourrait se poursuivre durant les prochains mois. La perspective d’une réforme fiscale aux Etats-Unis donne en effet l’espoir que le cycle économique, déjà bien avancé, sera rallongé. La croissance économique américaine pourrait s’élever à 3% en 2018, soutenue par la consommation et l’investissement. Le taux de chômage pourrait atteindre son plus bas niveau en cinquante ans et, dans ces conditions, l’inflation est susceptible de remonter progressivement. Cet environnement reflationniste offre donc a priori du potentiel pour les valeurs décotées, plutôt cycliques (financières notamment). Il sera donc primordial de suivre ces prochaines semaines à la fois la conjoncture économique américaine et le débat fiscal pour savoir s’il est pertinent de maintenir son intérêt pour les secteurs « value » sur le marché boursier américain.